Vaincre la dépression
Bien que très connue par tous, la dépression reste une maladie bien mal comprise. Et en particulier pour ce qui concerne ses aspects médicaux. Le grand public considère cette maladie comme un problème purement psychologique, estimant dès lors que la solution n’est qu’une question de volonté et de résistance morale. Une vision complètement faussée, car la dépression est une véritable maladie.
Si l’on ne peut se remettre, après une longue période, d’une sensation de grave morosité, alors on parle de dépression. Environ une personne sur cinq est confrontée à ce problème de santé mentale, qui est dès lors le plus courant. La dépression se retrouve aussi bien chez des jeunes que chez des personnes plus âgées, la maladie touchant tous les âges. En général, une dépression guérit après quelques mois. Mais 10 à 20% des patients vont développer une forme plus chronique de la maladie, qui va donc traîner plus longtemps.
Plaintes typiques
Sur le plan physique, la dépression se manifeste par une inhibition typique. Le rendement lors d’efforts est moindre ; les gens sont plus vite fatigués ; l’appétit et le sommeil sont perturbés et la libido diminue.
Les patients expriment souvent les conséquences psychiques de la même façon : « Je n’en peux plus, j’ai le moral à zéro ». Ils ont perdu toute estime d’eux-mêmes ainsi que le contrôle de leur vie, entretiennent une mauvaise image d’eux-mêmes et peuvent difficilement se concentrer. La maladie peut aussi se manifester par de la colère, de l’indécision, un manque de confiance en soi et des idées suicidaires.
Des causes multiples
La dépression trouve son origine dans des causes biologiques, psychologiques ou sociales. Mais très souvent, c’est une combinaison de ces trois types de causes qui joue. Les causes biologiques sont en partie héréditaires, mais peuvent aussi être la conséquence d’autres maladies (par exemple, des maladies thyroïdiennes), certains médicaments, une consommation excessive d’alcool ou l’usage de drogues. Elles perturbent l’équilibre dans la « matière » responsable de l’activité cérébrale.
Les causes psychologiques sont étroitement liées aux capacités personnelles et psychiques de chacun. En particulier le caractère, l’aptitude à résoudre des problèmes et le soutien de l’entourage immédiat.
Enfin, des causes sociales peuvent aussi mener à une certaine fragilité, voire à une dépression. Par exemple des événements négatifs (des conflits conjugaux, une maladie, un décès, des tensions au travail, la perte d’un emploi, la solitude), mais aussi des événements positifs qui entraînent un chamboulement total, comme la naissance d’un enfant.
Non Jef, t'es pas tout seul !
Il est important d’identifier une dépression le plus tôt possible, pour pouvoir consulter un médecin rapidement. La famille joue un rôle essentiel, aussi bien pour reconnaître la maladie et inciter la personne à aller en parler à son médecin, que pour le soutien et l’accompagnement du malade. Les personnes dépressives ont besoin d’un soutien affectif et émotionnel. Ceci implique de la compréhension, de la patience, de l’affection et de l’apaisement, tout en sachant mettre des limites.
Pour finir, voici quelques conseils pour ceux qui luttent contre la dépression.
Il est important de faire comprendre à la personne dépressive que son état n’est que temporaire et de l’aider à dissiper tout sentiment de culpabilité pour prévenir les tentatives de suicide. Il ne faut surtout pas l’accuser d’être faible, paresseux ou sans volonté.
Traitement sur mesure
La dépression est une maladie comme une autre. Son traitement sera fonction de sa sévérité. Mais comme il n’existe encore aucune définition claire entre ces stades de gravité, les médecins la subdivisent en trois catégories : légère, modérée et sévère. Pour classer la dépression dans l’une de ces trois catégories, le médecin tient compte de la personnalité et des plaintes. Mais la durée et l’intensité des symptômes ainsi que leur impact sur la vie sociale et le fonctionnement en société vont aussi jouer un rôle. Le médecin recherchera aussi si d’autres maladies ou atteintes psychiques influencent sur cet état.
Commencer par le dialogue
Les médicaments antidépresseurs ne sont pas utiles dans les formes légères de la dépression et le médecin adoptera alors une attitude d’attente. Il cherchera d’abord à aider la personne à trouver une solution à ses problèmes. Dans bien des cas, de simples discussions constructives peuvent avoir un effet favorable, et le patient pourra ainsi sortir de la crise. Le médecin pourra ainsi déterminer avec le patient quelques objectifs à court terme, pour ensuite évaluer avec lui s’ils ont été atteints. Le médecin examinera aussi comment le patient fonctionne à la maison et au travail. S’absenter du travail n’est pas absolument nécessaire. Une organisation claire de la journée, une activité physique suffisante et des contacts sociaux peuvent aider à se remettre d’aplomb. Il vaudra mieux limiter sa consommation d’alcool.
Quid de la psychothérapie ?
La psychothérapie est basée sur le dialogue avec le thérapeute. Un médecin spécialisé, un psychologue ou un psychiatre apprend au patient comment le fait de poser un regard différent sur sa vie peut mener à diminuer les plaintes. Ensemble, ils vont rechercher la façon de les supprimer totalement. Si le premier thérapeute rencontré ne semble pas convenir à la personne en recherche d'aide, elle ne doit pas hésiter à rencontrer une ou plusieurs autres personnes jusqu'à ce qu'elle trouve un thérapeute avec lequel elle se sent en confiance et avec qui elle a le sentiment "de progresser".
Dans une psychothérapie interpersonnelle, on essaie d’aborder les causes principales de la dépression. Dans une thérapie cognitivo-comportementale, on essaie de modifier certains schémas de pensée automatiques.
Quand les antidépresseurs s'imposent
Mais parfois, les discussions, le soutien, l’organisation de la vie quotidienne et la résolution des problèmes ne suffisent pas. Alors, le médecin pourra prescrire des médicaments pour lutter contre les formes modérées et sévères de la dépression. Ceux-ci influencent différents processus chimiques qui se déroulent dans le cerveau, pour essayer d'améliorer l’humeur. Le patient peut à tout moment évaluer avec son médecin l’efficacité de ce traitement. S’il est efficace, le traitement doit être pris durant une longue période. Mais il ne doit jamais être interrompu brutalement ; l’arrêt devra être décidé en concertation avec le médecin. L’effet des antidépresseurs ne se fait ressentir qu’après trois semaines. Lorsque la dépression s’accompagne d’angoisses, de tensions, d’un mauvais sommeil ou d’insomnies, le médecin peut aussi prescrire d’autres médicaments temporairement, histoire de passer ce cap difficile.
Les effets indésirables
Lors de la prise d’antidépresseurs, des effets secondaires peuvent se faire ressentir dès le début du traitement. Résultat : certaines personnes vont l’arrêter trop vite ou diminuer les doses. Au lieu de cela, le patient ne doit pas hésiter à discuter avec son médecin et son pharmacien des effets secondaires qu’il rencontre.
Il existe beaucoup de sortes d’antidépresseurs, donc beaucoup d’effets secondaires possibles… Le médecin choisira le traitement qui convient le mieux à son patient.
Les autres traitements
Le médecin généraliste peut estimer utile de référer son patient dépressif chez un psychiatre. Il peut le faire entre autres si l’accompagnement ou le traitement aux antidépresseurs n’a pas eu l’effet escompté, s’il détecte un risque accru de tentative de suicide ou si le patient ne peut plus avoir un fonctionnement social normal. Ce spécialiste peut si nécessaire prescrire un autre médicament ou initier un autre traitement (photothérapie…). En cas de dépression sévère et si le risque pour que le patient attente à ses jours est élevé, le médecin, en concertation, pourra le diriger vers des personnes de référence capables de lui fournir un soutien supplémentaire.
Dr Michael Callens
