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Troubles du sommeil ou malentendus ?

Les éveils nocturnes ne sont pas rares

Près d'un quart des bébés entre 6 mois et un an s'éveillent fréquemment la nuit. Entre l'âge de 1 et 2 ans, un cinquième des enfants s'éveillent souvent la nuit. Vers 4 ans, la moitié des enfants éprouvent encore des difficultés à s'endormir le soir et se réveillent la nuit. Plus grave, parmi les 14% d'enfants entre 7 et 11 ans et qui ont régulièrement des insomnies, 4% prennent des somnifères (1). Pourtant, la plupart des troubles du sommeil chez l'enfant peuvent être corrigés sans le moindre traitement médicamenteux.

Malentendus et problèmes de limites

Sur la base de son expérience, le Pr. Kahn répartit les troubles du sommeil les plus courants en malentendus d'une part et en problèmes de limites d'autre part.

  • Les malentendus

    "Un enfant normal s'éveille spontanément cinq à sept fois par nuit quelques secondes ou minutes. L'enfant ouvre les yeux, suce sa tétine ou son pouce, bouge dans son lit, pousse de petits cris ou pleure. Il se rendort tout seul et ne garde aucun souvenir de ces "micro-éveils".

    Si par contre l'enfant a mal, ou s'il est dérangé par son environnement, ou encore s'il est conditionné par de mauvaises habitudes, il ne pourra se rendormir seul. Les conditions dans lesquelles l'enfant a pris l'habitude de s'endormir le soir sont aussi celles dont il aura besoin pour retrouver le sommeil à chaque fois qu'il s'éveille la nuit. Un enfant qu'on endort en le berçant réclamera d'être bercé à chaque réveil nocturne. Celui qui s'endort en buvant son biberon ou en suçant sa tétine aura besoin d'un nouveau biberon ou de sa "tute" pour se rendormir la nuit et réclamera donc l'aide de ses parents. Ceux-ci arrivent ainsi à des situations qui peuvent paraître absurdes. Comme cette petite fille à qui l'on donne un litre de grenadine par nuit au biberon, ou cette autre enfant qui demande d'être bercé toutes les heures entre 1h et 5h du matin. 

    Personne ne doit se sentir coupable du développement de ces situations. Il s'agit d'habitudes prises pour favoriser le sommeil de son enfant... alors qu'il avait des coliques, "faisait une dent", avait fait un cauchemar, passait un cap difficile (entrée à l'école, naissance d'un petit frère/sœur...). La raison première n'a pas d'importance. Ces interventions qui deviennent des habitudes sont la source de ce que Kahn appelle les malentendus. Malentendus car les solutions apportées ne sont pas les bonnes.

  • Trop peu de limites

    Des problèmes peuvent également survenir lorsque les parents ne savent pas imposer des limites claires à leur enfant. Ils ne savent pas dire non et instaurent des compromis pour arriver à faire dormir leur enfant. Un exemple est celui d'une fillette de 8 ans dont les parents ont remarqué que l'endroit où elle s'endormait le mieux, était le canapé de la salle de séjour en compagnie de ses parents. Ainsi dès 20h, le papa, la maman et la gamine dorment dans le living ! Ces comportements sont plus difficilement modifiables, car ils demandent que les parents changent d'attitude vis-à-vis de leur enfant. Les limites aident l'enfant à comprendre comment se comporter, elles le rassurent, lui permettent d'avoir confiance en lui. Il n'est jamais trop tard pour redéfinir les règles, le tout est de s'y tenir car l'enfant ne manquera pas de "tester" ses parents à plusieurs reprises.

  • D'autres causes...

    Outre les limites et les malentendus, il existe bien sûr d'autres causes aux troubles du sommeil : les limites particulières pendant la phase d'œdipe de l'enfant, la maltraitance, l'anxiété provoquée par des situations précises plus ou moins graves (changement de puéricultrice à la crèche, parents qui se disputent, vol dans la maison...),. Les insomnies peuvent être d'origine physique lorsque l'enfant connaît des problèmes de santé (coliques, reflux...), des ennuis diététiques (déséquilibres, intolérances alimentaires...), ou des problèmes respiratoires (apnée, asthme). Nous ne pouvons aborder tous les cas ici. 

Apprendre progressivement

La règle d'or est d'apprendre à l'enfant à être autonome le soir. Si on le dépose seul dans son lit, calme, mais éveillé, l'enfant trouve seul son sommeil. Cet apprentissage peut se faire progressivement. Les parents vont d'abord expliquer à l'enfant comment ils vont s'y prendre désormais; ils vont veiller à mettre en place ou à respecter un rituel. Si l'enfant pleure, les parents le laissent pleurer seul 5 minutes puis viennent voir si tout se passe bien en évitant de le caresser, en ne lui donnant pas à boire, en ne le prenant pas dans les bras. Ils le laissent ensuite pleurer pendant 10 minutes, puis 20 minutes et ensuite vont voir toutes les 20 minutes si tout se passe bien. Idem si l'enfant s'éveille la nuit. Ce qui est étonnant, c'est de voir combien les enfants peuvent facilement se défaire de ces habitudes que les parents pensent immuables... Il faut en général entre une et quatre nuits d'efforts pour que l'enfant s'endorme seul le soir sans pleurer et ne se manifeste plus la nuit. 

Il est clair que si l'enfant est malade, fait une dent, ou vit un moment difficile... il faut répondre à sa demande et l'entourer de tous les soins nécessaires et de tout l'amour dont il a besoin. Rien ne sert de se braquer en le laissant pleurer dans de telles situations transitoires. 
 
Quelle que soit la situation, il est indispensable de rester à l'écoute de son enfant, de l'observer pour mieux l'aider. Et si les parents se sentent dépassés par les événements, ils ne doivent pas hésiter à parler de leurs problèmes à leur pédiatre ou aller consulter au besoin un spécialiste du sommeil.


(1) Chiffres basés sur plusieurs travaux réalisés en Europe et aux Etats-Unis repris du livre d'A. Kahn "Le sommeil de votre enfant".


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