La Mutualité chrétienne et ses bénévoles
En marche : Dans ce contexte, la mutualité ne doit-elle pas valoriser sa dimension sociale par la participation de milliers de bénévoles dans son organisation ? Marc Justaert : Nous restons partisans du bénévolat. Car, à côté de l'exécutant et du cogérant de l'assurance maladie nous sommes aussi un mouvement social qui a la volonté d'être proche des gens et veut tenir compte de leurs soucis et de leurs souhaits. Grâce à la présence des volontaires dans nos instances administratives, nous recevons des signaux importants dans la politique à suivre. Et nous prenons au sérieux la participation des volontaires. Le volontaire dans le Conseil d'administration de la Mutualité chrétienne a beaucoup plus à dire qu'un administrateur dans un Conseil d'administration bancaire, dans une société d'assurance ou dans un hôpital. Il y a une véritable dynamique de la participation parce qu'il y a un plus grand espace pour l'écoute et la parole. Le bénévolat est une valeur que nous continuerons à cultiver. Edouard Descampe : Nos volontaires sont l'antidote de l'individualisme. Ils sont dynamiques, actifs, connaissent ce qui se vit sur le terrain. Cette capacité de mobilisation m'impressionne beaucoup. Et pas seulement dans nos instances. Nous trouvons toujours des volontaires pour soutenir des malades chroniques et des personnes handicapées, pour les transporter, pour les accompagner pour des soins, dans la vie quotidienne ou pour des vacances, pour les faire sortir de leur isolement. Marc Justaert : La question est comment convaincre nos contemporains de la valeur de la solidarité. Comment persuader les gens qui ont des moyens et qui vivent en bonne santé de s'engager pour une mutualité dont le métier de base est d'organiser la macro-solidarité et la solidarité de proximité ? Nous devons "vendre" la solidarité en des termes contemporains. Edouard Descampe : C'est alors la légitimité de notre sécurité sociale qui serait remise en question. Et ceux qui trouvent que le système coûte trop cher, sont-ils prêts pour autant à soigner eux-mêmes les personnes âgées ou les parents qui ont besoin de soins à domicile ? C'est bien de cela qu'il s'agit. Marc Justaert : Les médias jouent sur cette vague individualiste et commerciale. Pourtant, dans toutes les études scientifiques, on souligne l'intérêt de la vie associative comme moyen de répondre à la solitude et de défendre la démocratie. Mais dans la pratique les gens se replient de plus en plus sur eux-mêmes. C'est le dilemme de notre société moderne auquel nous avons à répondre.
Nous trouvons toujours des volontaires pour organiser nos vacances familiales et les vacances des jeunes. Nous avons un potentiel énorme de dévouement bénévole et c'est notre force. C'est la pédagogie de la micro-solidarité, la solidarité de proximité et celui qui s'engage chez nous comme bénévole comprend aussi la valeur de la macro-solidarité organisée dans le cadre de la sécurité sociale.
Savez-vous que les malades et les personnes âgées étaient autrefois accueillies au sein de leur famille et soignées chez elles ? Lorsque le contexte social ne l'a plus permis, la solidarité générale a permis de créer des organisations qui s'occupent des soins à domicile. Mais, où va-t-on, si demain on ne souhaite plus financer cette macro-solidarité ?
Je suis persuadé que le primat du commercial ne tiendra pas dans la durée et que les gens s'apercevront que cette tendance est superficielle. Nous ne devons donc pas nous laisser entraîner sur cette pente.
Il est toutefois dommage que toutes les mutualités ne partagent pas cette opinion. Les pratiques agressives et commerciales de certains collègues ne correspondent pas en effet aux missions des mutualités et peuvent nuire gravement à l'image et au rôle des mutualités.

