La Mutualité chrétienne face à la société de consommation
En marche : Les gens se comportent de plus en plus en tant que consommateurs, à la recherche de la meilleure opportunité. Comment pouvons-nous, comme mutualité, ramer contre ce courant puissant ? Edouard Descampe : Les mutualités ont un statut juridique propre et un statut fiscal original. Au niveau européen, elles font l'objet de discussions depuis longtemps. Les mutualités ne sont-elles pas perçues comme différentes des assurances commerciales ? Nous avons un cadre réglementaire clair qui précise ce que peuvent et ne peuvent pas faire des mutualités organisées sur la base de la solidarité, notamment en refusant la sélection des risques. C'est à partir de là que nous pouvons justifier notre spécificité. Si nous nous laissons aller à faire de la sélection de risques, à mettre en place des primes proportionnelles aux risques, à mettre fin à certains contrats après des sinistres coûteux, comme le font les sociétés d'assurance commerciales, il sera alors très difficile de défendre notre statut original de mutualité.
J'ai surtout peur de la mentalité libérale et individualiste qui se glisse de plus en plus dans notre société. Certaines mutualités se permettent d'attirer uniquement les membres en bonne santé, les plus intéressants parce que moins coûteux. C'est la mentalité consumériste qui se contente de demander : combien vais-je payer et que vais-je recevoir pour ce prix ? Dans ce raisonnement, il n'y a pas de place pour la solidarité, et cela met gravement péril nos systèmes de protection sociale.

