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La solidarité, c'est bon pour la santé

La Mutualité chrétienne s'affiche et affirme : "la solidarité, c'est bon pour la santé". Nous avons demandé à Edouard Descampe, Secrétaire général et Jean Hermesse, Secrétaire national de la Mutualité chrétienne, de nous expliquer pourquoi et comment la solidarité mutualiste reste aujourd'hui le chemin le plus sûr vers la santé, pour tous et pour chacun. (*)

E.M. - Quel lien faites-vous entre solidarité et santé ?

Jean Hermesse -  Des observations, menées dans divers pays, ont montré que plus les liens sociaux sont intenses, au mieux se porte la santé de tous et de chacun. Autrement dit, la solidarité "produit de la santé" alors que l'isolement engendre la maladie et le recours aux soins de santé. Depuis une centaine d'années, à l'origine de la création de la Sécurité sociale, les mutualités, et la Mutualité chrétienne en particulier, ont ainsi hautement contribué à hisser la Belgique parmi les pays les plus développés en termes de bien-être humain.

E.M. - Comment la mutualité vit-elle cette solidarité ?

Les béquilles sont formées de mains qui se joignent pour offrir le soutien nécessaire au patient. Un soutien psychologique et social que la Mutualité chrétienne offre à ses membres, notamment via ses services et mouvements socio-éducatifs.

Jean Hermesse - La Mutualité chrétienne poursuit des objectifs sociaux et non pas commerciaux. Voilà qui fait notre différence avec les assurances commerciales. Nous n'avons pas d'actionnaires à rétribuer. Mais nous avons des affiliés.

La Mutualité est une organisation sociale fondée sur la participation démocratique. Parce qu'elle se doit d'être "proche des gens" - tous les six ans - la Mutualité chrétienne invite ses membres à élire celles et ceux qui vont les représenter dans les assemblées générales et les conseils d'administration. Ainsi, ce sont les besoins et les intérêts des membres qui servent de fil conducteur à l'action de la Mutualité chrétienne. Quelle société d'assurance commerciale, mais aussi quelle entreprise de service public, confierait la composition de son assemblée générale et de ses conseils d'administration à des clients, ou à des usagers, à des élus et à des bénévoles ?

E.M. - Mais la démocratie ne peut se résumer à voter tous les six ans !

Edouard Descampe - La démocratie mutualiste se vit aussi grâce aux nombreuses organisations, associations et institutions médico-sociales qui constituent un réseau mutualiste très actif. A la Mutualité chrétienne, les membres participent aux orientations fondamentales de la mutualité en portant au cœur des assemblées les préoccupations de santé des familles, des travailleurs, des personnes âgées, des malades, des personnes handicapées... Les individus ne peuvent rester longtemps seuls face à leurs difficultés. Ils cherchent à se rassembler. Ils veulent se coaliser. Le renouvellement des liens sociaux passe par une revitalisation de la participation au sein des mouvements sociaux.

E.M. - Le "modèle mutualiste" n'est-il pas mis en question par des initiatives commerciales de plus en plus nombreuses dans le secteur de l'assurance santé ?

Edouard Descampe - Effectivement. Le modèle mutualiste subit aujourd'hui de fortes pressions. Sous la bannière du grand marché européen, un seul modèle économique tend à s'imposer : celui du marché et de la libre concurrence qui active les réflexes de l'individu en tant que consommateur et l'éloigne du souci du bien commun. Ce mouvement de fond touche tous les services, y compris des services d'intérêt général tels que la santé. Or, nous savons que la logique commerciale, dans le domaine des soins de santé, conduit nécessairement à exclure les assurés qui coûtent trop cher, c'est-à-dire, comme on dit dans le jargon professionnel, à sélectionner "les meilleurs risques". Mutualités et assurances commerciales ne sont pas comparables. Nos missions et nos pratiques sont profondément différentes. 

Les entreprises d'assurances cherchent un rendement financier, ce qui les amène immanquablement à refuser d'assurer certaines personnes, à calculer les primes en fonction des risques et parfois même à exclure des personnes qui deviennent trop âgées ou trop malades. Les dépenses de santé sont en effet assez concentrées sur les personnes les plus fragiles : 5% de la population "consomme" 60% du budget. Il suffit donc d'avoir un peu moins de ces 5% de personnes "fragiles" dans sa clientèle pour voir ses dépenses diminuer fortement et ses bénéfices augmenter d'autant. 

La Mutualité chrétienne ne peut fonctionner comme cela. Personne ne peut en être exclu.

E.M. - Peut-on dire que la Mutualité chrétienne défend une logique de service public ?

Jean Hermesse - Face à des lobbys puissants, la Mutualité chrétienne a effectivement toujours défendu une logique de service public afin d'assurer la santé de tous et de chacun. Sans ce contre-pouvoir, les dérives marchandes seraient encore plus importantes. Et la volonté est grande dans le secteur marchand de réduire le rôle des mutualités. 
Les grands groupes pharmaceutiques et les producteurs de matériel médical revendiquent plus de liberté sur les prix, plus de publicité directe en direction des patients, plus de protection des brevets afin de prolonger leurs profits. 

Si la privatisation commerciale de la santé est en marche, c'est, entre autres, parce que les politiques ne donnent pas toujours priorité à l'assurance maladie obligatoire. Pour maintenir une cohésion sociale forte entre les citoyens, il faut une couverture d'assurance maladie générale, solidaire et performante. Cela suppose un bon financement collectif et une gestion rigoureuse, c'est-à-dire un encadrement ferme des dépenses en concertation avec les professionnels de la santé.

Vous souhaitez devenir membre de la Mutualité chrétienne ? Cliquez ici.

Photo Jean Hermesse : copyright Alexis Taminiaux/RH Tribune.
Photo Edouard Descampe : copyright Eric De Maegd.

(*) Cet article a été rédigé en mars 2006. 
Edouard Descampe a quitté la Mutualité chrétienne le 31 décembre 2006. Sa pré-pension est active puisqu’il est notamment depuis peu et pour un mandat de quatre ans le nouveau Président du Conseil général de l'assurance soins de santé de l'INAMI.
Jean Hermesse est maintenant l'actuel Secrétaire général de l'Alliance Nationale des Mutualités Chrétiennes.
Alda Greoli occupe le poste de Secrétaire nationale.


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