Garantir l'accès aux soins de santé en développant les mutualités et la solidarité dans le monde entier
Dans de nombreuses régions du monde, les populations vivent une contradiction fondamentale : d’un côté croissance économique, développement des équipements médicaux, progrès des connaissances liées aux maladies et aux soins, et de l’autre côté aucune amélioration de l’accès à la santé. Les inégalités ont même tendance à s’aggraver. Au cours de la dernière décennie, la mondialisation a changé le monde en un village. Nos habitudes de vie, nos consommations, le développement des marchés, notre modèle de société ont des conséquences sur la santé, sur l’accès aux soins, sur la protection sociale dans notre pays, mais aussi ailleurs dans le monde. Nos destins sont devenus interdépendants. Ces changements sont autant de défis et nous obligent, en tant que mutualités, à adapter notre stratégie en vue d’atteindre un accès à la santé pour tous. Dans le monde industrialisé, la société tend vers l'individualisme et la surconsommation. C’est particulièrement le cas dans le secteur des soins de santé, où des services tels que des maisons de repos, des cliniques spécialisées, des laboratoires ont été privatisés et commercialisés dans le monde entier. Ces « entreprises » privées vendent désormais leurs services sur un marché mondial, entraînant une explosion du tourisme médical. Les médicaments sont devenus l'un des produits assurant des profits gigantesques aux compagnies multinationales et leurs actionnaires. Ils ont d’ailleurs un impact important et inquiétant sur la politique sanitaire dans de nombreux pays du monde. Dans de nombreuses assurances maladie nationales, le principe de solidarité entre les « nantis » et les « pauvres » a été remplacé par une sélection des risques qui renvoie les groupes sociaux plus faibles vers la charité. Cet ensemble de facteurs menace l’équilibre et la qualité de vie des populations dans les pays d'Europe centrale et de l'Est où les anciens soins de santé publics et théoriquement gratuits ont été remplacés par un système de sécurité sociale revu à la baisse, laissant un large espace aux assurances maladie commerciales. En Afrique et en Amérique latine également, les régimes de sécurité sociale existants sont plus théoriques qu’effectifs et ne s’adressent qu’aux travailleurs du secteur formel. Par conséquent, près de 80 % de la population du monde ne bénéficie d’aucune protection sociale. Les mutualités sont une réponse possible à ce problème majeur. Associations sans but lucratif, elles réunissent des personnes afin d'organiser des activités communes, basées sur la solidarité et la participation démocratique. Les objectifs principaux des mutualités visent un accès général à des soins de santé de qualité, des structures de gestion des soins de santé plus transparentes et l'amélioration de la situation de santé des populations en mettant l’accent sur l'éducation à la santé et sur la prévention. Par la règlementation des prix et la fourniture de services, elles garantissent l'accessibilité aux soins de santé, contrôlent la qualité et garantissent la participation de leurs membres dans la gestion du système de santé. Au niveau local et communautaire, les mutualités prouvent chaque jour qu’elles sont efficaces comme organismes à la base pour impulser des changements au sein de la population, chez les prestataires et les autorités. Mais la plupart d’entre elles ne touchent que des groupes spécifiques et réduits, comme les personnes du secteur informel en Afrique ou les groupes sociaux plus faibles en Europe centrale. L'institutionnalisation, c’est-à-dire la création d’un cadre juridique reconnu pour les associations mutuellistes et leur intégration dans les politiques sanitaires nationales, est d'une importance essentielle afin de renforcer la protection sociale dans toutes les régions du monde, y compris en Belgique. Ce processus augmentera l'impact des actions mutualistes en Afrique et en Amérique latine, atteignant des parties de la population non couvertes jusqu’alors. En Europe centrale, l’institutionnalisation doit permettre aux mutualités d’intégrer la société civile dans la gestion et le financement des systèmes de santé. Les associations mutuellistes deviendraient ainsi un acteur égal, complémentaire au système public et une alternative à l'assurance santé privée. Les Mutualités chrétiennes sont actives depuis plusieurs décennies dans ce mouvement mutualiste mondial. En 1995, un plan stratégique a été élaboré pour ses actions de coopération internationale, avec comme objectif principal l'accès à des soins de santé de qualité pour tous, en Belgique comme dans d'autres pays. Des projets ont été mis en place dans différentes régions du monde, afin de soutenir structurellement des associations mutualistes locales dans leur processus de développement, d’extension et d’intégration au sein des schémas de protection sociale.
Afin d'intégrer l’ensemble du Mouvement ouvrier chrétien (MOC) dans la solidarité internationale pour la santé, nos actions en Afrique de l’ouest sont développées dans le cadre de la stratégie d’extension de la protection sociale menée par Solidarité Mondiale (WSM). En outre, des partenariats ont été créés entre les Mutualités chrétiennes régionales et les partenaires étrangers. Actuellement, 22 partenariats ont été tissés dans 12 pays. Ces partenariats sont développés dans un esprit de respect mutuel, visant l’échange de solidarité, l'expérience technique, etc. La route est longue et difficile pour que le monde soit plus équitable, mais la coopération internationale nous offre des prises non seulement pour réfléchir mais aussi pour agir sur le changement social dans ce contexte de mondialisation.
Certains de ces projets sont devenus eux-mêmes des modèles qui peuvent être reproduits en tout ou en partie dans d'autres localités ou régions du pays. Cette politique a été réalisée dans des régions cible spécifiques (Afrique centrale, Europe centrale, Afrique de l’Ouest) en coopération avec un grand nombre d'acteurs internationaux et locaux. Depuis 1995, la solidarité internationale est financée par une contribution des membres de la MC, complétée par des financements de projets obtenus via les programmes de la coopération belge, l’ONG Solidarité Mondiale, les gouvernements régionaux flamands et wallons, l'Union européenne, l'Organisation internationale du Travail, etc.

