La migraine
Une douleur dans la moitié du crâne. C’est ainsi qu’on peut traduire « hemicrania », le mot latin à l’origine de migraine. L’affection touche environ 10% de la population mais elle est trois fois plus fréquente chez la femme que chez l’homme. On ne peut pas guérir la migraine, mais, en général, les plaintes diminuent avec l’âge.
Les causes réelles de la migraine sont encore inconnues. On sait cependant qu’il y a souvent des dispositions familiales. On a également démontré l'implication de neuro-transmetteurs cérébraux, ce qui exclut l’assimilation de la migraine à une maladie psychique.
Les crises
La migraine provoque des crises de douleur intense ressentie sous forme de battements violents, la plupart du temps d’un seul côté de la tête. Les crises durent de quelques heures à maximum trois jours. Le mal de tête peut être accentué par les mouvements ; il est souvent accompagné de nausées, de vomissements et d’une hypersensibilité à la lumière et au bruit. Habituellement, la douleur augmente progressivement et la personne en proie à une crise de migraine n’est pas en état de travailler. La fréquence des crises est variable. Elles peuvent être quotidiennes ou espacées de quelques mois. Entre les crises, les plaintes disparaissent complètement.
Les signes précurseurs
Il existe différentes formes de migraine. La plupart du temps, elle surgit brusquement, mais elle peut aussi être précédée de signaux spécifiques. Dans le cas des migraines accompagnées, on distingue deux types de signes précurseurs qui, habituellement, se suivent : les signes annonciateurs précoces et l’aura.
Les signes précoces apparaissent dans une première phase. Ils varient de l’agitation à l’irritation, en passant même par l’humeur joyeuse. Les personnes concernées peuvent également avoir très froid, être extrêmement fatiguées, bâiller démesurément ou avoir envie d’un aliment particulier, comme de chocolat ou d’une autre sucrerie. Une hypersensibilité aux odeurs, à la lumière ou au bruit peut constituer un premier indice d’une crise imminente, de même qu’une rétention d’eau, provoquant un gonflement des chevilles ou des mains ou une sensation de ballonnement.
L’aura précède immédiatement la céphalée. Elle est caractérisée par des phénomènes visuels (vision d’éclairs lumineux, de taches mouvantes, d’images en mosaïques, de scotomes (petites taches aveugles) scintillants ou même d’une perte de la vision), des troubles de la parole (impossibilité de trouver ses mots ou des syllabes), des troubles de la sensibilité (sensation de fourmillement de la peau, impression d’engourdissement), des troubles moteurs et/ou des symptômes généraux de maladie (malaise, vomissements).
Et les enfants ?
La migraine peut apparaître dès l’enfance, mais c’est heureusement rare. Les enfants n’étant souvent pas capables de bien décrire la douleur, cela prend parfois un certain temps avant de pouvoir conclure qu’ils souffrent de migraine. En outre, les maux de tête chez les enfants sont souvent causés par certaines circonstances, le stress ou leurs comportements (plusieurs heures devant le petit écran par exemple).
Les crises de migraine durent généralement moins longtemps chez les enfants que chez les adultes. La céphalée est généralement bilatérale. C’est seulement plus tard qu’elle se concentrera d’un seul côté. Les crises disparaissent chez une bonne moitié des enfants vers la puberté.
Le journal de la migraine
La migraine ne peut hélas être guérie. Si elle vous tourmente, vous pouvez essayer de prévenir les crises ou d’en diminuer leur impact. C’est plus vite dit que fait. En effet, souvent, seule une longue recherche permet de trouver les facteurs déclenchant les crises et le traitement adéquat.
Si vous avez des crises plus de deux fois par mois, il est conseillé de tenir un journal dans lequel vous noterez, jour après jour, ce que vous avez mangé et fait, quand la crise a commencé, s’il y a eu des signes annonciateurs, où était située la douleur, comment elle se manifestait, combien de temps elle a duré, comment vous l’avez combattue et quel en a été le résultat.
Les facteurs déclenchants
Le journal offre entre autres une aide précieuse pour identifier ce qui peut déclencher vos crises. Vos notes permettent en effet souvent de retrouver si la céphalée a été provoquée par des tensions inhabituelles, des circonstances spéciales (déménagement, début de vacances…), des habitudes de sommeil ou alimentaires, des médicaments ou d’autres facteurs.
Quand vous pensez que certains aliments ont pu provoquer une crise, vous pouvez les supprimer provisoirement de vos menus. Ensuite, vous les réintroduisez un à un, pour pouvoir repérer le coupable.
Dès que vous connaissez les facteurs déclenchants, évitez-les autant que possible ou essayez de les contrôler. Evidemment, sur certains facteurs - comme le temps -, certaines tensions ou les facteurs hormonaux, vous n’avez aucune maîtrise. Dans ces cas, vous pouvez vous ménager en faisant des exercices de relaxation et en faisant les choses plus calmement.
Comment vous soigner ?
Ce qu’il y a lieu de faire lors d’une crise, c’est à vous de le découvrir. Généralement, c’est en s’allongeant dans une pièce sombre et silencieuse qu’on la supporte le mieux.
En ce qui concerne la médication, dès les premiers signes, les enfants dès 12 ans et les adultes pourront prendre un médicament contre les vomissements (par exemple à base de dompéridone). Cela permet entre autres une bonne assimilation d’un antidouleur qu’on prendra idéalement une demi-heure plus tard en une dose suffisamment élevée. Par exemple, pour les adultes, 1000 mg de paracétamol ou 1000 mg d’acide acétylsalicylique (aspirine, etc.). Si ces antidouleurs font trop peu d’effet, ils peuvent être remplacés par 600 mg d’ibuprofène.
On conseillera pour les enfants de moins de 12 ans un antidouleur à base de paracétamol dont la posologie sera adaptée à leur âge.
Enfin, encore deux conseils importants : lisez toujours attentivement la notice avant de prendre un médicament. Vérifiez surtout qu’il n’y ait pas de contre-indications. Ensuite, ne prenez jamais d’antidouleur tous les jours. Cela peut en effet entraîner des effets secondaires, aggraver la migraine, voire même la provoquer.
Faut-il consulter un médecin ?
Généralement, votre prise en charge ne suffira pas et vous devrez consulter un médecin pour trouver la médication adéquate. De nouveaux médicaments, souvent assez efficaces, sont disponibles sur le marché.
Vous aurez à jouer un rôle important dans cette recherche du médicament qui vous convient le mieux, c’est-à-dire qui donne le meilleur résultat et le moins d’effets secondaires. Pour cette raison, évaluez toujours avec votre médecin le traitement qu’il vous a prescrit.
Pour prévenir les crises, votre médecin peut vous proposer une médication prophylactique d’entretien. Cette thérapie peut être envisagée quand vous avez plus de deux crises mensuelles ou lorsqu’il est plus avantageux pour vous d’avoir moins de crises, même si vous subissez les effets secondaires des médicaments. Un tel traitement prophylactique permet chez la moitié des patients de diminuer effectivement le nombre de crises.
Dr Callens - Article paru dans le journal En Marche du 15 novembre 2007

