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La consommation de Rilatine par les enfants est interpellante

Bien connu sous le nom de Rilatine ou d’Equasym, le méthylphénidate a été remboursé l’an dernier à plus de 32 000 enfants pour traiter un trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Mais derrière ce nombre se cachent des disparités entre provinces et régions, pointe une étude de la Mutualité chrétienne (MC). Interpellant aussi : dans une même classe scolaire, les plus jeunes sont davantage susceptibles d'utiliser ce médicament que les autres. Et parmi tous les adolescents sous traitement, un sur cinq en consommait déjà il y a 10 ans. Or, le méthylphénidate est loin d'être anodin pour la santé.

Le méthylphénidate est un psychostimulant proche de l'amphétamine. Il est prescrit dans le cadre du TDAH depuis une vingtaine d'années. En Belgique, deux spécialités - la Rilatine et l'Equasym - sont remboursées par l'assurance soins de santé obligatoire pour cette indication aux enfants de 6 à 18 ans (voir annexes).

Selon l’étude MC, dans notre pays, 32 260 enfants [1] de cette tranche d'âge (soit 2% d’entre eux) se sont vu prescrire et rembourser du méthylphénidate en 2016. « Ce pourcentage est similaire à celui de pays comparables. On serait donc tenté de s'en réjouir. Mais l'utilisation de ce médicament est en réalité beaucoup plus élevée si l’on comptabilise les volumes vendus hors remboursement, y compris à des adultes. En 2016, ils étaient équivalents aux volumes remboursés, constate Jean Hermesse, Secrétaire général de la MC. Par ailleurs, on ne dispose d'aucune donnée ni sur les indications ni sur le profil des patients qui ont bénéficié de telles prescriptions médicales. »

L'étude MC met en évidence d'autres constats interpellants :

  1. En Flandre, 2,4% des enfants sont « sous » méthylphénidate remboursé, contre 0,9% en Wallonie et 0,6% en Région bruxelloise.
    « Proportionnellement, les jeunes flamands sont près de trois plus nombreux que les jeunes wallons et quatre fois plus que les Bruxellois à consommer du méthylphénidate. Il n'y a pas d'explication épidémiologique à cette différence, commente Jean Hermesse. Une hypothèse serait qu'en Flandre, on suit davantage le "modèle" médical anglo-saxon où l'on psychiatrise davantage les problèmes psychiques et où l'on recourt plus vite aux médicaments. »
  2. Sur 3 800 enfants de 7-8 ans qui prenaient du méthylphénidate en 2006, 21 % continuent à l'utiliser aujourd'hui, dix ans plus tard.
    Ainsi, une partie non négligeable d'enfants consomme du méthylphénidate durant la quasi-totalité de leur scolarité. « Or, ce médicament doit être utilisé le moins longtemps possible, et toujours en combinaison avec d'autres approches thérapeutiques - psychologiques, éducatives et pédagogiques, insiste Jean Hermesse. Le méthylphénidate n'est pas anodin pour la santé. Divers effets indésirables peuvent apparaître : troubles du sommeil, diminution de l'appétit, maux de tête... À long terme, il peut entraîner un retard de croissance, une instabilité émotionnelle, de l'apathie, voire des troubles psychiatriques et des convulsions (surtout en cas de surdosage). Sans parler du risque accru de maladies cardio-vasculaires. Des phénomènes d'accoutumance et de dépendance sont également possibles. »
  3. Les enfants nés entre septembre et décembre - et donc souvent les plus jeunes dans leur classe scolaire - ont 50 % de risque supplémentaire de se voir prescrire du méthylphénidate que ceux nés entre janvier et mars.
    Le constat de la MC recoupe des observations similaires effectuées dans d'autres pays. « La frontière entre TDAH et immaturité semble devenir floue, analyse Jean Hermesse. Ce constat confirme la tendance d'une médicalisation de processus naturels tels que le développement psychomoteur. »

Pour la MC, les risques de sur-diagnostic du TDAH et de sur-utilisation du méthylphénidate sont réels. « Au vu de nos résultats, on peut s’interroger sur les rythmes scolaires imposés indifféremment à tous. La course à la performance provoque aussi un stress énorme chez les élèves. Or, une éventuelle "immaturité" ne se soigne pas à coups de dopants ! s'insurge Jean Hermesse. Nous plaidons pour une approche plus tolérante des enfants "turbulents" et pour le développement d'un trajet de soins pluridisciplinaires pour les jeunes souffrant de TDAH. En prescrivant trop rapidement du méthylphénidate, on expose inutilement des enfants à de nombreux effets secondaires et risques pour la santé.»

[1] Chiffres MC extrapolés à l’ensemble du pays

Annexes

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