AccueilInfos et actualitésCommuniqués de presseCommuniqués de presse (2018)

Les résidents des maisons de repos massivement sous antidépresseurs


Près de 40 % des résidents des maisons de repos et maisons de repos et de soins (MR-MRS) consomment des antidépresseurs. Et la situation n’est guère meilleure pour les antipsychotiques puisque presque 20 % des résidents en consomment. Par ailleurs, les résidents reçoivent trop souvent des antidépresseurs et antipsychotiques inappropriés aux personnes âgées. "Les médicaments ne peuvent être la première et l'unique solution", martèle Jean Hermesse, Secrétaire général de la Mutualité chrétienne (MC).

Antidépresseurs

Parmi les membres MC qui séjournent en MR-MRS, 39 % d’entre eux ont consommé un antidépresseur durant au moins 30 jours. La situation s’est à peine améliorée depuis les études précédentes. C’est surprenant, car depuis le 1er avril 2015, les médicaments délivrés dans les services résidentiels pour personnes âgées sont facturés à l’unité, donc non plus par boîte complète mais par comprimé. La mesure avait précisément pour intention de lutter contre la surconsommation de médicaments.

Plus inquiétant est le fait que plus de la moitié des résidents qui consomment des antidépresseurs reçoivent des antidépresseurs inappropriés aux personnes âgées. Ce sont des médicaments qui ne sont pas recommandés pour cette catégorie d’âge, qui entraînent des effets secondaires néfastes ou sont plutôt prescrits pour d’autres maladies.

Dès qu’une personne est admise en maison de repos, le risque qu’elle consomme des antidépresseurs augmente de 18 %. Il s’agit souvent d’un usage durable, voire permanent. Les résidents des MR-MRS consomment également davantage d’antidépresseurs que les personnes âgées au profil similaire qui vivent encore à domicile (respectivement 46 % et 32 %).

Antipsychotiques

L’usage des antipsychotiques chez les personnes âgées est également préoccupant. Ce médicament a un effet inhibiteur sur l’anxiété et l’agitation, mais il est normalement utilisé pour traiter les symptômes du délire et les hallucinations.

Sur l’ensemble des résidents des MR-MRS qui sont membres MC (en 2016), pas moins de 19 % d’entre eux consomment des antipsychotiques et plus de deux tiers d'entre eux reçoivent des antipsychotiques inappropriés. Par ailleurs, dès qu’une personne est admise en maison de repos, l’usage de antipsychotiques augmente de près de 40 %. Ici aussi, il s’agit généralement d’un usage durable. Les personnes âgées à domicile consomment nettement moins d’antipsychotiques que les personnes au profil de soins similaire en maison de repos (respectivement 7 % et 24 %).

De grandes différences

Ces chiffres sont tout simplement alarmants. "En tant que mutualité santé, la MC plaide pour un usage judicieux des antidépresseurs et des antipsychotiques, déclare Jean Hermesse. Bien entendu, ces médicaments ont démontré leur utilité dans certaines circonstances pour les personnes âgées, mais leur administrer un comprimé ne peut pas devenir un automatisme au moindre symptôme de déprime, d’anxiété ou d’agitation. Les soins de santé mentale vont bien au-delà d’une simple médication. Respecter les attentes et les besoins des résidents, prendre du temps avec eux, les écouter, entendre leurs préoccupations légitimes, leur offrir un accompagnement adapté,… peuvent faire des merveilles pour améliorer le bien-être de tous. Un travail collectif mené en 2010 par l'UCP (ex-Enéo) auprès de résidents et de professionnels du secteur avait déjà mis en lumière les bonnes pratiques à même d'améliorer la qualité de vie en maison de repos. C’est précisément sur ce terrain à la fois si vaste et si concret que de nombreuses institutions peuvent faire des progrès. Pour donner un exemple, les résidents se plaignent souvent qu’on ne leur demande quasiment jamais leur aide ou leur avis".

Cette situation n'est pourtant pas une fatalité. Les importantes disparités entre les maisons de repos le prouvent. Par exemple, dans certaines d'entre elles, près de 46 % des résidents totalement autonomes consomment des antidépresseurs. A l'inverse, les maisons de repos ayant le meilleur score affichent un taux de 12 % de résidents autonomes sous antidépresseurs. "Certaines maisons de repos sont parvenues à réduire l’usage de psychotropes. Elles misent par exemple sur une concertation intensive entre les médecins, le personnel, les résidents et leurs familles. Ces expériences doivent être partagées au maximum afin que d’autres institutions puissent leur emboîter le pas".

Produire de la qualité de vie

Avec les résultats de sa recherche, la MC veut ouvrir un large débat sur la qualité de vie en maison de repos. Elle rappelle que la mission essentielle de ces services résidentiels est d'accompagner la vie des personnes âgées et non de gérer des aboutissements de vie. "Il faut concevoir ces institutions comme des lieux de vie ouverts. Les résidents doivent pouvoir s'y sentir chez eux et être valorisés et respectés. Tout le personnel des maisons de repos doit avoir le temps de s'impliquer dans l'accompagnement des résidents. Ce sera la seule manière de réduire l’usage des antidépresseurs et des antipsychotiques en maison de repos", conclut Jean Hermesse.

Pour plus d'informations

Joëlle Delvaux : service presse MC
Téléphone : 0473 52 77 37