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Pour la Mutualité chrétienne, les assurances hospitalisation pourraient devenir inutiles


La pose d’un pacemaker dans un hôpital coûte en moyenne 179 € au patient. Du moins s’il opte pour une chambre double ou commune. S’il choisit une chambre individuelle, il lui faudra débourser 1 731 €, soit près de dix fois plus. « Un tel écart est injustifié, souligne Jean Hermesse, Secrétaire général de la Mutualité chrétienne. Nous devons mettre un terme aux suppléments d’honoraires afin que les chambres individuelles deviennent la norme et soient accessibles à tous. » Ainsi, les sommes investies dans les assurances hospitalisation pourraient être réinjectées dans le budget des soins de santé obligatoire.

Pour la quatorzième année consécutive, la MC décortique les tarifs pratiqués par les hôpitaux belges. Cette année, la MC s'est penchée tout particulièrement sur douze interventions spécifiques parmi lesquelles l’accouchement, la pose d’une prothèse de hanche, l'opération de la cataracte, celle du ménisque ou encore l’ablation de la vésicule biliaire. Cette analyse livre, pour 2017, des résultats étonnants. Une constante se dessine : les hôpitaux se montrent de plus en plus « créatifs » pour engranger des recettes supplémentaires.

Ils le font essentiellement via les suppléments d’honoraires facturés en chambre individuelle. Pour une hospitalisation classique, ils ont à nouveau augmenté. En 2017, la hausse se situe à 3,5 % en moyenne au-dessus de l’index. De ce fait, l'écart du coût à charge du patient ne cesse de se creuser selon qu'il séjourne en chambre double/commune ou en chambre individuelle. Un accouchement en chambre double ou commune coûte en moyenne ainsi 181 € à la patiente, contre 1 390 € en chambre individuelle. La pose d’un stent revient en moyenne à 254 € en chambre double ou commune, alors que la facture atteint la bagatelle de 2 074 € en chambre individuelle.

L’hospitalisation avec nuitée privilégiée

« L’hospitalisation de jour n’est pas épargnée. Des suppléments d’honoraires y sont de plus en plus fréquemment facturés en chambre individuelle, ajoute Jean Hermesse. Au total, les membres MC ont payé près de 200 millions € de suppléments d’honoraires en 2017, toutes admissions confondues (avec ou sans nuitée). Le montant ne cesse d’augmenter d’une année à l’autre. Et cette tendance ne semble pas prête de s’inverser. En 2018, une vingtaine d’hôpitaux ont encore majoré leurs suppléments d’honoraires maximum par rapport à 2017. Et malheureusement, les suppléments d’honoraires ne sont pas les seuls frais répercutés par les hôpitaux et les médecins sur la facture du patient. »

La MC a ainsi pu constater que certaines interventions, comme l’ablation de la vésicule biliaire, sont très majoritairement pratiquées en hospitalisation classique avec nuitée(s). Selon les experts, dans la moitié des cas, cette intervention pourrait pourtant parfaitement être pratiquée en hospitalisation de jour. Selon Jean Hermesse, le fait qu'une admission avec nuitée rapporte davantage à l'hôpital qu’une hospitalisation de jour peut expliquer le choix de pratiquer davantage certaines interventions en admission classique.

La santé, un luxe ?

Autre constat regrettable : certains hôpitaux facturent des forfaits pour l’hébergement ou des suppléments de ‘confort’ au patient, sans que ce dernier n'ait la possibilité d’opter véritablement et explicitement pour ces "extras", comme la télévision, le téléphone, le Wi-Fi ou un frigo dans la chambre. Ces suppléments sont majoritairement demandés en chambre double ou commune. « Les hôpitaux semblent ainsi contourner l’interdiction de porter en compte des suppléments de chambre dans ce type de chambres. »

Le baromètre hospitalier montre également que les suppléments de chambre facturés en chambre individuelle sont particulièrement élevés dans certains hôpitaux, y compris en hospitalisation de jour. Pour se remettre d’une opération de la cataracte, il vous faudra débourser parfois plus de 150 € de supplément de chambre. Ces suppléments peuvent grimper jusqu'à plus de 259 € par jour en maternité, sans la moindre justification.

Les risques d’une santé à deux vitesses

Le baromètre hospitalier dresse en l’occurrence un sombre tableau pour le patient. « Nous évoluons lentement mais sûrement vers des soins de santé à deux vitesses, s’inquiète Jean Hermesse. D'un côté, il y a les patients qui paient une assurance hospitalisation facultative coûteuse (ou qui en bénéficient via leur employeur tant qu'ils ont un emploi) et, de l'autre, il y a tous ceux pour qui une hospitalisation représente un coût énorme. C’est une évolution que nous ne pouvons absolument pas tolérer en tant que mutualité. Même si nous avons pleinement conscience du fait que les hôpitaux ont besoin de moyens financiers suffisants pour fonctionner correctement. Nous souhaitons dès lors chercher avec eux des solutions qui préservent financièrement le patient. »

Enjeu sociétal majeur en vue des élections

À quelques mois des élections régionales, fédérales et européennes, la MC plaide pour une interdiction totale des suppléments d’honoraires en cas d’hospitalisation. « Si nous extrapolons les chiffres du baromètre hospitalier MC à l’ensemble de la population, les patients ont payé près de 1,4 milliard d'euros de leur poche à l’hôpital en 2017, dont – selon nos estimations – 541 millions d’euros de suppléments d’honoraires. Pour les assurances facultatives, telles que les assurances hospitalisation, qui couvrent entre autres ces frais, les Belges (particuliers et employeurs) paient aujourd'hui ensemble environ 1,7 milliard d’euros de primes, souligne Jean Hermesse. Si les suppléments disparaissaient, les assurances hospitalisation ne seraient, en définitive, plus nécessaires. Les sommes ainsi libérées par les assurés et les employeurs pourraient être réinjectées dans l’assurance soins de santé obligatoire. On parviendrait de cette façon à un financement correct et transparent des hôpitaux et des médecins. Le patient a tout à y gagner. Les chambres individuelles deviendraient la norme, sans que personne n’ait à se préoccuper de sa facture d’hôpital. » La MC a, d’ores et déjà, transmis ses propositions aux interlocuteurs sociaux.

La MC souhaite dès lors une révision globale du financement des hôpitaux. « On ne peut pas admettre que les hôpitaux se trouvent en difficultés financières. Et les médecins doivent, à juste titre, être correctement rémunérés. Dès lors, la transparence doit être de mise pour mener à bien cet exercice. Or, à ce jour, nous ne savons pas comment les recettes provenant des suppléments d’honoraires sont réparties entre l'hôpital et les médecins hospitaliers. Le patient a tout intérêt à ce que nous travaillions à l’avenir main dans la main, conclut Jean Hermesse.

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