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Le budget des médicaments en dérapage incontrôlé


Le budget consacré aux produits pharmaceutiques a été dépassé de pas moins de 267 millions d'euros en 2017. Encore une fois, parce qu'on a dépensé beaucoup plus que prévu ces dernières années. "Il y a tellement de nouveaux médicaments, souvent vendus très chers sur le marché, que les dépenses dérapent sérieusement. Or, la valeur ajoutée de ces médicaments n'a pas toujours été démontrée d'un point de vue médical", s'insurge Jean Hermesse, Secrétaire général de la MC.

267 millions d'euros en 2017. 184 millions d'euros en 2016. Et 225 millions d'euros en 2015. Sur un budget de 4,1 milliards d'euros. Les dépassements dans le budget des produits pharmaceutiques se sont accumulés ces dernières années malgré le pacte conclu par la ministre fédérale de la Santé, Maggie De Block, avec le secteur pharmaceutique. Dans le cadre de ce pacte, une croissance de 0,5% par an était accordée au budget des médicaments. Nous dépassons de manière importante cette norme de croissance.

La principale cause de ce dépassement budgétaire est à trouver dans la vague de nouveaux médicaments, entre autres pour le traitement du cancer. Ces nouvelles spécialités sont souvent très chères. Et ces dernières années, des procédures ont été mises en place pour accélérer la mise sur le marché de nouveaux médicaments, ce qui a eu un impact majeur sur les dépenses de l'assurance obligatoire.

"Bien sûr, nous sommes favorables à l'innovation médicale. Si un nouveau médicament est vraiment efficace, nous pensons que c'est une bonne chose que les patients y aient accès, explique Jean Hermesse. Mais tous les nouveaux médicaments ne sont pas non plus innovants. Il y a aussi ceux qui ont peu ou pas de valeur ajoutée thérapeutique par rapport à tous les traitements disponibles. Mais en attendant, cela nous coûte cher".

Prescrire.org, un organisme international indépendant de recherche et de formation pour des soins de qualité, a constaté que sur les 92 nouveaux médicaments mis sur le marché en 2017, seuls 10 offrent une réelle valeur ajoutée sur le plan médical. Pour 18 médicaments, il est question d'une valeur ajoutée probable. "L'évolution d'une mise sur le marché toujours plus rapide constitue également une menace pour la qualité des soins, poursuit Jean Hermesse. En accélérant les procédures, les patients pourraient être exposés à des médicaments testés de manière moins approfondie".

La MC dénonce également le manque de transparence du secteur pharmaceutique. "Nous ne savons pas combien coûte la recherche pour développer un médicament ni ce que représente le coût de production réel. Nous nous demandons dès lors si les prix élevés des nouvelles spécialités sont toujours justifiés. En fin de compte, n'oublions pas que les médicaments sont remboursés avec des fonds publics".

En tant que mutualité santé, la MC plaide pour un débat de fond sur le coût des médicaments. Jean Hermesse : "Nous ne pouvons dépenser chaque euro qu'une seule fois. Plus on consacre de l'argent pour les médicaments, moins il y en a pour les autres secteurs des soins de santé où les besoins sont aussi importants. Le dépassement du budget dans le secteur pharmaceutique annule les efforts réalisés dans tous les autres secteurs de la santé. Suite à ce dépassement, il n'y a plus de marge pour répondre à de nouveaux besoins ou pour améliorer les remboursements existants. Nous devons nous demander quelle est la valeur ajoutée effective d'un médicament et combien nous sommes prêts à payer pour cela. Si nous ne le faisons pas, nous risquons de mettre gravement en péril le budget des soins de santé dans les années à venir"

Pour plus d'informations :

Joëlle Delvaux - Pôle presse

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