AccueilInfos et actualitésCommuniqués de presseCommuniqués de presse (2018)

Jamais autant de jeunes en situation d'urgence pour abus d'alcool


En Belgique, 2.334 jeunes âgés de 12 à 17 ans ont été admis aux urgences hospitalières en 2017 après avoir consommé trop d'alcool. Soit environ 45 par semaine. C'est le nombre le plus élevé jamais atteint en dix ans. Le bilan est également noir chez les 18 à 29 ans, d'après les données fournies par l'Agence intermutualiste (AIM). "Il s’agit d’un signal sérieux. La politique de santé publique en matière d'alcool doit être bien plus offensive", déclare Jean Hermesse, Secrétaire général de la Mutualité chrétienne.

Ces dernières années, nous semblions aller dans la bonne direction. En effet, depuis 2014, le nombre de mineurs admis dans les services d’urgence ou qui ont dû passer une nuit à l’hôpital à la suite d'un abus d'alcool, était en légère diminution. Pourtant entre 2016 et 2017, la tendance s’est inversée puisqu'on assiste à une augmentation d'au moins 8% de jeunes admis à l'hôpital pour intoxication alcoolique (mesurée par la concentration d’alcool dans le sang). Depuis que l'AIM compile les données de soins de santé pour tous les assurés sociaux, le nombre d'admissions à l'hôpital pour abus d’alcool n'a jamais été aussi élevé. Dans le groupe des 18 à 29 ans, ce nombre est aussi en hausse – de 2% - passant de 11.325 à 11.554 en un an.

Autant de filles que de garçons

Au moins 4 verres d’alcool absorbés en 2 heures pour une femme et au moins 6 verres pour un homme, telle est la définition du binge drinking donnée par le Conseil supérieur de la santé. L'alcoolisation excessive et rapide augmente le risque de s’intoxiquer à l'alcool et de se retrouver aux urgences de l'hôpital.

Il est frappant de constater que, parmi les jeunes âgés de 12 à 17 ans qui arrivent aux urgences pour une intoxication présumée à l'alcool, les filles soient maintenant aussi nombreuses que les garçons. La progression de l'alcoolisation excessive chez les jeunes filles s'observait déjà depuis quelques années. Par ailleurs, les jeunes qui bénéficient de l'intervention majorée en soins de santé en raison de faibles revenus dans la famille sont plus souvent admis à l'hôpital pour intoxication alcoolique que les autres (42 pour 10.000 contre 29 pour 10.000).

Des lendemains difficiles… et des conséquences à long terme

"L’intoxication alcoolique chez les jeunes est loin d'être anodine, s’inquiète Jean Hermesse. "Celui qui se saoule ne risque pas seulement d'être malade et d'adopter des comportements qu'il regrettera le lendemain. L’abus d’alcool peut aussi gravement nuire à la santé des jeunes à plus long terme. Il peut, par exemple, entraîner des lésions cérébrales irréversibles avec des conséquences sur les capacités d’étude. Les réussites scolaires se font plus rares, ce qui réduit aussi les chances de succès sur le marché du travail. Ce risque sérieux n’est, hélas, pas encore suffisamment connu des parents et des jeunes eux-mêmes".

De l'alcoolisation à la dépendance

Enfin, la répartition géographique de l’intoxication alcoolique est interpellante sur le plan de la santé publique. En effet, l'abus d'alcool chez les jeunes de moins de 18 ans est le plus fréquent dans les provinces limitrophes de la France : Flandre occidentale, Hainaut et Luxembourg. Ce sont aussi les provinces où les cancers qui peuvent être liés à l'alcool sont les plus fréquents (cancers du foie, de l’estomac, du colon, de l’œsophage, de la bouche, et de la gorge). De plus, le lien existe entre l’abus d’alcool durant la jeunesse et le risque accru de problématique alcoolique par la suite.

Un vrai plan anti-alcool !

"Ces chiffres résonnent comme une sonnette d’alarme", continue Jean Hermesse. "La ministre fédérale de la Santé a décidé de modifier la législation sur la vente et la mise à disposition d'alcool aux moins de 18 ans à partir de janvier prochain. Mais elle maintient l'autorisation de vendre, offrir ou servir de la bière et du vin à partir de l'âge de 16 ans. C'est un très mauvais signal. Dans un récent avis (mai 2018) sur les risques liés à la consommation d'alcool, le Conseil supérieur de la santé recommande de fixer la limite d'interdiction de tout alcool à 18 ans. Dans 22 des 28 pays de l'UE, la limite d'âge est déjà fixée à 18 ans. La Belgique reste à la traîne. Les nouveaux chiffres sur l’abus d’alcool montrent que la sensibilisation à elle seule ne suffit pas. Une véritable politique anti-alcool auprès des jeunes doit d'urgence être mise en œuvre".

Pour plus d’informations :

Elodie Debrumetz

elodie.debrumetz@mc.be

0497 23 67 67

Téléchargement