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Budget des médicaments: un milliard d'euros de dépassement en quatre ans


En 2018, le budget des médicaments a été dépassé de 392 millions d'euros, quasiment 50% de plus qu'en 2017. Ces dernières années, les dépenses ont connu une augmentation constante. "Les nouveaux médicaments en particulier, souvent très coûteux, provoquent un dérapage budgétaire. Et cela alors que la valeur ajoutée thérapeutique est souvent incertaine"

Plus de 4,1 milliards d'euros: c'est le montant de l'enveloppe allouée au budget des médicaments en 2018. Un an plus tard, son déficit s’élève à 392 millions d’euros, annonçait ce lundi le Comité de l'assurance de l'Inami. Ce chiffre n'étonne guère puisque ces dernières années, ce budget a toujours été dépassé: 267 millions d'euros en 2017, 184 millions d'euros en 2016 et 225 millions d'euros en 2015. En quatre ans, le surplus budgétaire flirte avec la barre du milliard d'euros.

La ministre fédérale de la santé, Maggie De Block, avait pourtant conclu un pacte avec le secteur pharmaceutique qui prévoyait une croissance annuelle de son budget de 0,5%. Mais, entre 2015 et 2018, les dépenses nettes en médicaments ont augmenté de 9,3%, soit bien plus que les 1,5% prévus.

Cette augmentation peut être attribuée à l'arrivée de nouveaux médicaments, entre autres pour le traitement du cancer, au développement souvent très coûteux. Ces dernières années, un certain nombre de mécanismes ont été mis en place pour mettre plus rapidement ces nouveaux médicaments sur le marché, ce qui a fortement impacté les dépenses dans le secteur pharmaceutique.

De tels médicaments sont souvent distribués en hôpital de jour. Leurs dépenses ont augmenté de plus de 80% entre 2013 et 2018. Durant la même période, les dépenses pour les médicaments délivrés dans les pharmacies classiques sont, quant à elles, restées stables.

"Nous sommes bien sûr favorables au progrès. Lorsqu'un nouveau médicament est vraiment efficace, c'est une bonne chose que les patients y aient rapidement accès", affirme Jean Hermesse. "Mais ce n'est pas parce qu'un médicament est nouveau qu'il est forcément innovant. Certains n'offrent pas ou peu de plus-value thérapeutique quand on les compare avec d'autres traitements déjà disponibles. Entre-temps, la sécurité sociale paie ces médicaments au prix fort."

En 2018, la revue médicale indépendante "Prescrire International"* a testé 99 nouveaux médicaments. Résultat: seuls 13 d'entre eux offraient une réelle plus-value thérapeutique et 22 autres pouvaient être considérés comme "potentiellement innovants" . "Mettre plus rapidement des médicaments sur le marché menace la qualité des soins", alerte Jean Hermesse. "En accélérant la procédure, il existe un danger que le patient soit confronté à des médicaments testés superficiellement".

La MC dénonce également le manque de transparence du secteur pharmaceutique. "Les coûts de production et de développement d'un nouveau médicament sont rarement connus. Comment être certain dès lors que les prix de ces nouveaux médicaments soient toujours justifiés ? De plus, les autres secteurs des soins de santé réalisent des économies depuis plusieurs années, qui servent au final à compenser les dépassements du secteur pharmaceutique. Or, plus on consacre de l'argent aux médicaments, moins on en dépense dans les autres secteurs des soins de santé, où les besoins sont pourtant nombreux. Le dépassement du budget dans le secteur pharmaceutique hypothèque toutes les possibilités d'améliorations dans les autres secteurs (santé mentale, dentisterie, kinésithérapie, optique, hôpitaux…)."

Plus d'informations :

Joëlle Delvaux - joelle.delvaux@mc.be - 0473527737

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