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Des drains souvent placés inutilement dans les oreilles des enfants

En 2017 et 2018, plus de 16.000 membres MC, âgés de moins de 10 ans, se sont fait poser des drains dans les tympans parce qu’ils souffraient fréquemment d’otites. Pourtant, cette intervention chirurgicale est souvent inutile. Les différences de pratique entre hôpitaux sont importantes. Les enfants qui consultent un médecin spécialiste ORL ont jusqu'à 14 fois plus de risques de subir une telle intervention dans un hôpital que dans un autre.

Les otites aigues sont des infections de l'oreille fréquentes chez les nourrissons et les enfants. Généralement, elles guérissent spontanément. Il arrive aussi que du liquide demeure dans l'oreille moyenne après la guérison apparente des symptômes. On parle alors d'otite séreuse. Cela provoque un sentiment de compression et une perte d’audition. Mais cet épanchement, lui aussi, disparaît souvent de manière spontanée après quelques mois. Dans des cas spécifiques - une otite séro-muqueuse risquant d'altérer l'audition de l’enfant, en raison du mauvais fonctionnement de la trompe d'Eustache par exemple - un drain placé dans le tympan peut s’avérer utile. Grâce à un petit tuyau (sorte de mini-diabolo) laissant passer l'air, le liquide qui stagne dans l'oreille s'assèche.
Après quelques mois, le drain tombe spontanément et le tympan se referme.

Inconvénients

Cependant, dans de nombreux cas, le placement de drains transtympaniques ne semble pas nécessaire. Les drains peuvent aussi présenter des inconvénients, comme un épanchement auriculaire passager ou chronique, des lésions du tympan, une perte auditive, des cicatrices ou une perforation permanente du tympan. Sans parler des risques liés à l'intervention elle-même, qui se fait sous anesthésie générale. Pourtant, cela reste une intervention courante dans notre pays. Rien qu’en 2018, 8.100 membres de la MC âgés de 0 à 9 ans se sont fait placer un drain dans l'oreille. En l'espace de dix ans, le nombre d’enfants bénéficiaires a diminué de plus de 30 %, mais le placement de drains est encore une option trop rapidement adoptée par les médecins spécialistes en oto-rhino-laryngologie (ORL).
Le risque de subir une telle intervention chirurgicale dépend aussi fortement du lieu où l'enfant réside. Ainsi, en Flandre, près de 2 % des enfants se sont fait poser des drains en 2018. En Wallonie, ce taux n’était que de 1 % et à Bruxelles de 0,6 %.

Un hôpital n’est pas l’autre

Les différences entre hôpitaux sont encore plus importantes. Une consultation (1) chez un chirurgien de la gorge, du nez, des oreilles à l’hôpital général Alma à Eeklo conduit, dans 27 % des cas, à la pose de drains. À l’hôpital universitaire Reine Fabiola à Bruxelles, il ne s’agit même pas de 2 % des consultations.

"Bien-sûr, des écarts entre hôpitaux peuvent se justifier en raison de différences de population, affirme Jean Hermesse, Secrétaire général de la MC. Mais pour les drains auriculaires, les chiffres varient tellement qu’il n’est pas possible de les expliquer autrement que par le fait que la chirurgie est souvent effectuée trop rapidement dans certains hôpitaux. Nous demandons donc aux médecins ORL de discuter de ces différences inexplicables et de suivre les directives de bonnes pratiques. Quant aux parents, nous leur conseillons d’examiner attentivement avec leur médecin les avantages et les inconvénients de la pose de drains chez leur enfant avant de prendre toute décision. Aux Pays-Bas, depuis le début de l'année, un médecin a été spécialement engagé pour extraire de l'hôpital tous les actes et traitements inutiles. Les drains transtympaniques en font partie car le fait d'attendre s'avère souvent aussi efficace qu'une intervention chirurgicale. Nous pourrions également envisager une telle forme de monitoring dans notre pays ".

Réduire le nombre d'interventions chirurgicales permettra de dégager des moyens financiers dans l'assurance soins de santé obligatoire. L'opération en elle-même et l'admission en hôpital de jour ne coûtent généralement rien au patient car ces frais médicaux sont intégralement remboursés (2). Pour l'assurance soins de santé, par contre, le coût s'élève à environ 100 euros pour l'opération et 215 euros pour les frais de séjour en hôpital de jour. Globalement, le coût à charge de la sécurité sociale est d'environ 3,7 millions d'euros.


(1) Si plusieurs consultations ont été effectuées pour un même patient, seule la première a été prise en compte.
(2) Le patient n'est pas à l'abri de coûts à sa charge (suppléments d'honoraires et de chambre en cas de choix d'une chambre individuelle, médicaments non remboursés…).

Pour plus d'informations

  • Joëlle Delvaux, pôle presse de la MC : 02/246.46.24 • 0473/52.77.37 • presse@mc.be

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