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La Mutualité chrétienne plaide pour un déremboursement partiel des médicaments anti-Alzheimer

Parmi les personnes atteintes de démence, près d'une sur cinq s'est vu prescrire, en 2018, des médicaments de la maladie d'Alzheimer alors que leur utilité n'est pas démontrée et que leurs effets indésirables sont conséquents. C'est l'un des constats d'une étude réalisée par la Mutualité chrétienne. "Chaque année, l'assurance obligatoire débourse près de 5 millions d'euros et les patients 1 million pour ces médicaments, s'insurge Jean Hermesse, secrétaire général de la MC. "Nous proposons dès lors de mettre partiellement fin à ce remboursement et que la somme économisée soit consacrée à l'accompagnement des personnes atteintes de démence".

En Belgique, deux types de médicaments sont remboursés par l'assurance soins de santé obligatoire – depuis 2002 - dans le cadre de la maladie d'Alzheimer : les inhibiteurs de cholinestérase et la mémantine. Pourtant, comme le précise le Centre belge d'information pharmacothérapeutique (CBIP), la place de ces médicaments dans la maladie d'Alzheimer est limitée : il n'y a pas d'arguments en faveur d'un effet neuroprotecteur ou préventif sur le développement de la maladie d'Alzheimer. Rien ne permet de montrer qu'ils améliorent la qualité de vie des patients ni qu'ils postposent le placement dans une institution spécialisée. Par contre, ces médicaments présentent fréquemment de nombreux effets indésirables : nausées, diarrhées, incontinence urinaire… C'est pour ces raisons d'ailleurs qu'en France, ces médicaments ont été retirés du remboursement par la sécurité sociale en août 2018.

Surtout les neurologues

La MC a analysé l'évolution de l'utilisation des deux types de médicaments chez les personnes atteintes de démence (la référence à l'échelle de Katz a été utilisée pour ce faire) qu'elles vivent chez elles ou en maison de repos et de soins. Sur les 103.801 membres MC concernés, 17% ont reçu un médicament de la maladie d'Alzheimer, la toute grande majorité (84%) étant âgée de plus de 75 ans. Des différences géographiques se marquent sans qu'elles puissent s'expliquer de manière rationnelle : en Flandre, le pourcentage d'utilisateurs s'élève à 19% contre 14% en Wallonie et moins de 11 % en Région bruxelloise. Avec des variations importantes aussi entre provinces : la consommation la moins élevée se situe dans le Hainaut (8% d'utilisateurs) et la plus forte dans les provinces de Namur et du Luxembourg (environ 20%). Dans 57% des cas, c'est le neurologue qui est à la base du traitement. Par ailleurs, 64% des patients se voient attribuer ces médicaments de manière continue.

Mais si le nombre de cas de démence a augmenté de 29% entre 2010 et 2018, on constate que le pourcentage de patients ayant bénéficié d'un remboursement pour ces médicaments a quant à lui diminué de 18%. Tout cela a cependant un coût : extrapolées, les données de la MC indiquent qu'en 2018, l'Inami a consacré environ cinq millions d'euros à ces médicaments anti-Alzheimer, alors qu'un autre million a été pris en charge par les malades.

Économiser pour mieux accompagner

Ces dépenses sont-elles réellement justifiées ? "À la Mutualité chrétienne, nous estimons qu'il est essentiel de veiller à ce que des ressources suffisantes soient fournies pour assurer un soutien humain et social à tous les patients atteints de démence, pas seulement ceux atteints de la maladie d'Alzheimer", déclare Jean Hermesse. La MC plaide dès lors pour un arrêt partiel du remboursement des inhibiteurs de cholinestérase et de la mémantine. De la sorte, seuls les utilisateurs actuels continueraient d'être remboursés. La MC a d'ailleurs entamé une procédure en ce sens auprès de la Commission de remboursement des médicaments (CRM). Au final, les économies ainsi réalisées pourraient être dévolues dans l'accompagnement des patients et, pourquoi pas, dans la recherche scientifique visant à trouver des alternatives aux médicaments actuels. Alors qu'une personne sur trois meurt de démence (et que 50% d'entre elles décèdent des suites de la maladie d'Alzheimer) et, à quelques encablures du "tsunami de la vieillesse" prédit depuis plusieurs années par les projections démographiques, il est alarmant de constater que l'industrie pharmaceutique investit douze fois moins dans ce domaine que celui, primordial il est vrai, de la lutte contre le cancer. La piste des universités et des centres de recherche pour assurer les avancées dans les traitements contre la démence semble intéressante à explorer, selon la MC.

Pour plus d'informations

  • Joëlle Delvaux - pôle presse de la MC : 02/246.46.24 • 0473/52.77.37 • presse@mc.be
  • Julien Marteleur – pôle presse de la MC : 02/246.56.33 • 0479/42.12.41 • presse@mc.be

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