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La santé à deux vitesses en Belgique, une réalité


En vue des prochaines élections de mai 2019, la Mutualité chrétienne ne cesse de plaider pour la suppression complète des suppléments d’honoraires en cas d’hospitalisation. Aujourd’hui, la MC dénonce comment, en raison de la pratique systématique des suppléments d'honoraires en chambre individuelle, des soins de qualité sont devenus inaccessibles à une partie de la population et engendre une santé à deux vitesses.

Les suppléments d’honoraires se justifieraient par le besoin de rétribuer correctement l’expertise des prestataires et de garantir la bonne santé financière des hôpitaux, mise à mal ces dernières années. Mais la surenchère des suppléments d’honoraires incite une bonne partie de la population à contracter une assurance hospitalisation facultative. Or les primes de ces assurances sont de plus en plus élevées, particulièrement pour les personnes âgées.
Jean Hermesse dénonce ce système : « La spirale des suppléments d’honoraire nous enfonce dans un système de santé à deux vitesses, contraire au principe de solidarité de la sécurité sociale qui a pour but d’offrir un accès équitable aux soins de santé. Nous nous dirigeons vers une privatisation des soins à l’américaine. »

Comment définir la santé à deux vitesses ?

Concrètement, il est question de système de santé à deux vitesses lorsque des personnes se voient refuser des soins ou d’être soignés par le prestataire de leur choix, ou encore subissent des pressions sur le choix de leur chambre afin de pouvoir être soigné. Le fait d’être contraint de prendre une assurance hospitalisation et de choisir une chambre individuelle pour être mieux soigné, sont aussi des exemples de médecine duale.

La MC alerte sur les pressions du secteur hospitalier et de certains prestataires de soins sur les patients. Via son service de Défense de membres, elle reçoit des témoignages qui attestent de l’existence d’un système de santé favorisant l’accès à ceux qui ont plus de moyens.

Des témoignages édifiants

Un membre de la MC l’a notamment contacté après avoir obtenu l’accord du médecin-conseil pour la prise en charge d’une plastie de réduction mammaire. Avant l’intervention, il a reçu un document de l’hôpital reprenant les modalités de facturation en fonction du type de chambre choisi : soit 2.680,15 € d’honoraires divers si hospitalisation en chambre commune à payer au moins 5 jours avant l’admission, soit 200% de suppléments d’honoraires si hospitalisation en chambre particulière, sans versement anticipée de la somme ou d’un acompte. L’affilié, ne bénéficiant pas d’une assurance hospitalisation facultative prenant en compte les suppléments d’honoraires, a fait le choix d’une chambre commune et a donc dû s’acquitter du montant réclamé avant l’intervention. En somme, cette pratique – illégale - est contestable au motif que l’acompte maximum demandé ne peut correspondre à la totalité de la facture et qu’elle induit une forme de pression sur le patient pour opter pour une chambre individuelle. De même que tous les patients n’ont pas la possibilité de s’offrir une assurance facultative, tout le monde ne peut pas s'acquitter de telles sommes avant une hospitalisation.

Un autre membre de la MC, après une consultation chez un urologue, apprend qu’il doit subir une circoncision pour raisons médicales. Le spécialiste lui a indiqué clairement qu'il recommande la chambre individuelle afin de réduire les risques d'infections et rempli l’admission en ce sens. À la question de savoir s'il dispose d'une assurance hospitalisation, le jeune patient a répondu qu'il n’était pas couvert et qu'il refusait l’hospitalisation en chambre individuelle surtout que l'opération ne nécessitait pas de nuitée. Le spécialiste refusa d’opérer le patient s’il optait pour une chambre commune. Le seul geste consenti par le spécialiste était de faire un effort en demandant des suppléments d'honoraires moins élevés que prévu. Le jeune patient a en fin de compte consulté un autre urologue dans un autre hôpital. Il ne regretta pas son choix : le médecin consulté a jugé que d'autres traitements pourraient sans doute permettre d'éviter l'opération. Ce qui s'est avéré vrai.

« Nous ne voulons pas jeter l’opprobre sur tous les prestataires de soins et hôpitaux, mais nous nous devons de dénoncer les pratiques de certains qui entachent tout un secteur et mettent à mal notre système de soins de santé », explique Jean Hermesse. « Refuser de reconnaître que ces suppléments d’honoraires nous conduisent à une santé à deux vitesses est indigne de ces professions qui ont voué leur carrière à soigner autrui. Ne pas stopper la spirale infernale des suppléments d'honoraires est irresponsable de la part de nos responsables politiques. »

Recommandations en vue des élections

En vue des élections européennes, fédérales et régionales de mai 2019, la MC recommande que les chambres individuelles deviennent la norme dans les hôpitaux et soient accessibles à tous. Pour cela, elle réclame la suppression totale des suppléments d’honoraires. Sans nécessité de souscrire à une assurance hospitalisation, des sommes pourraient être libérées par les assurés et les employeurs et réinjectées dans l’assurance soins de santé obligatoire. On parviendrait de cette façon à un financement correct et transparent des hôpitaux et des médecins.
La MC invite aussi chaque citoyenne et citoyen à interpeller les différents partis politiques sur leur programme en la matière et diffuse en ce sens une campagne sur les réseaux sociaux à partir de ce mardi. La MC demande également aux futurs responsables politiques d'agir pour que les soins de santé ne deviennent pas un luxe.

Pour plus d'informations

Elodie Debrumetz : elodie.debrumetz@mc.be - 0497 23 67 67

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