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Le travail est trop souvent responsable de l’incapacité de travail

Une charge de travail excessive, de mauvaises relations avec les responsables ou les collègues, ou un travail très physique : plus de la moitié des personnes qui restent à la maison pendant de longues périodes* en raison d'une maladie ou d'un accident, voient leur travail comme en étant, au moins en partie, la cause. C'est ce que révèle une enquête à grande échelle menée par la Mutualité chrétienne (MC). « Il est grand temps d'accorder beaucoup plus d'attention au bien-être sur le lieu de travail », déclare Elisabeth Degryse, Vice-présidente de la MC.

En 2020, notre pays comptait 470 000 personnes en arrêt de travail depuis plus d'un an. En quinze ans, leur nombre a plus que doublé. Si on y ajoute les personnes en incapacité de travail depuis moins d'un an, les dépenses liées aux indemnités de maladie s'élevaient déjà  à  8,6 milliards d'euros en 2019. En 2010, ce montant atteignait 4,7 milliards d'euros, ce qui représente une augmentation 7% par an. Avec le lourd impact de la crise sanitaire, cette tendance ne s'inversera probablement pas de sitôt. « Cela devrait déclencher toutes les sonnettes d'alarme, mais les solutions fondamentales ne sont pas au rendez-vous pour l'instant ».

Car derrière ces chiffres inquiétants se cachent des histoires sur lesquelles nous avons moins de visibilité aujourd'hui. La MC a interrogé les personnes en incapacité de travail, soit 4 350 membres ont participé , juste avant la pandémie, à son enquête. La MC les a questionnés sur leurs problèmes, leurs besoins et leurs attentes avant, pendant et après la période d'incapacité de travail.

Fait marquant : pas moins de 56 % des personnes interrogées estiment que leur travail est (en partie) responsable de leur arrêt de travail. C'est particulièrement le cas pour les personnes confrontées à un burn-out (90 %) ou à une maladie mentale (69 %). Elles citent principalement la charge de travail élevée et les mauvaises relations avec les responsables comme raisons de leur absence. Les personnes souffrant de maladies du système ostéoarticulaire et des tissus conjonctifs (par exemple, mal de dos) pointent souvent (64 %) du doigt leur travail, bien que pour elles la cause réside plus souvent dans la charge physique. D'une manière générale, il existe également un lien avec l'autonomie dont bénéficie une personne sur le lieu de travail. Les personnes qui peuvent décider elles-mêmes de la manière dont elles accomplissent leurs tâches seront moins susceptibles de désigner leur situation professionnelle comme cause de leur incapacité de travail.

Même si une personne n'est plus au travail en raison d'une maladie ou d'un accident, l'employeur peut encore jouer un rôle dans le processus de rétablissement. Les malades de longue durée indiquent qu'il est principalement important de leur laisser le temps de se rétablir. Le soutien des responsables et des collègues peut également faire la différence. Pourtant, plus de la moitié des personnes interrogées ont déclaré ne pas se sentir soutenues par leurs collègues. Bien que quatre personnes sur dix se sont sentis soutenus par leur supérieur hiérarchique.

Ces dernières années, cette question de la reprise du travail après une incapacité de travail a fait l'objet d'une attention accrue, or même ceux qui reprennent le travail se heurtent encore à des obstacles. Dans 40% des cas, ceux qui ont demandé un aménagement de leur travail c'est-à-dire à travailler moins d'heures, à avoir une fonction adaptée ou à  bénéficier d'horaires plus flexibles , n'ont pu les obtenir. Et quand l'employé est moins performant, une personne sur cinq ne ressent aucune compréhension sur son lieu de travail.

« Nous ne devons pas pointer du doigt. Beaucoup d'entreprises et d'organisations font actuellement des efforts considérables pour que le travail reste fonctionnel », explique Elisabeth Degryse. « Mais nous ne pouvons pas ignorer les faits : si 470 000 personnes sont malades pendant une longue période, il se passe certainement quelque chose. Il faut un changement de paradigme, une approche globale pour relever cet immense défi sociétal. La réintégration sur le lieu de travail est un aspect de la question, mais il faudra aller beaucoup plus loin. Nous devons éviter que les personnes tombent en incapacité de travail et nous concentrer plus que jamais sur le bien-être sur le lieu de travail. Les gens ne travaillent pas seulement pour gagner de l'argent. Un emploi donne également un sens à la vie, offre aux gens un réseau social sur lequel s'appuyer et leur donne la satisfaction de se rendre utile à la société. Et il en va de notre responsabilité collective de faire tout ce que nous pouvons pour que le travail reste viable. Au lieu de rendre malade, un travail doit maintenir en bonne santé. »


*L'assurance maladie fait officiellement la distinction entre l'incapacité de travail (moins d'un an d'arrêt de travail pour cause de maladie ou d'accident) et l'invalidité (plus d'un an d'arrêt de travail). L'étude a porté sur les deux groupes.

Annexe

Pour plus d'informations

Elodie Debrumetz, 04 97 23 67 67, presse@mc.be