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Les traitements contre le cancer, impayables à l’avenir ?


Le coût des traitements contre le cancer s’envole à un point tel que ces dépenses pourraient représenter 10 à 20 % du budget total de soins de santé ! Impayable, insupportable pour la société ? La Ligue flamande de lutte contre le cancer (Vlaamse Liga tegen Kanker - VLK), après consultation de nombreux experts, formule des propositions interpellantes pour relever ce défi.

Le coût des traitements contre le cancer s’envole à un point tel que ces dépenses pourraient représenter 10 à 20 % du budget total de soins de santé ! Impayable, insupportable pour la société ? La Ligue flamande de lutte contre le cancer (Vlaamse Liga tegen Kanker - VLK), après consultation de nombreux experts, formule des propositions interpellantes pour relever ce défi.

Entre 2001 et 2011, les dépenses pour les médicaments oncologiques ont été multipliées par trois. Aux Etats-Unis, on estime que les coûts des traitements contre le cancer vont croître de 39 % d’ici 2020. L’innovation dans ce domaine s’oriente vers des traitements ciblés, individualisés qui coûtent entre 50 000 à 100 000 euros par patient. Si on suit ces tendances, on pourrait atteindre un coût supplémentaire de 2,5 à 5 milliards d’euros par an en soins de santé pour les patients atteints d’un cancer. Il apparaît clairement que rembourser ces dépenses fera exploser le budget des soins de santé. Et cela, sans même compter d’autres investissements tout aussi prioritaires en matière de santé et de prévention dans le domaine des pensions, de l’enseignement, de la mobilité... Pour éviter que demain les traitements de pointe ne soient réservés qu’aux riches, la Ligue flamande de lutte contre le cancer formule pas moins de 44 recommandations. En voici quelques-unes.

Plus de transparence sur les coûts et résultats

Plusieurs recommandations peuvent être regroupées sous le thème de la transparence.

Exiger de la transparence sur les prix : pour fixer le prix d’un nouveau médicament, les firmes se réfèrent au prix acceptable par le marché, c'est à-dire le prix maximal que la société est prête à payer pour cette innovation. Face à ces pratiques, les pouvoirs publics devraient en fait exiger plus de données sur la réalité du coût d’un nouveau médicament. Le prix « acceptable » ne cache-t-il pas des profits extravagants ? Dans ce domaine, une négociation au niveau européen donnerait plus de poids aux pouvoirs publics.

Exiger la transparence sur les ristournes : il arrive que les hôpitaux obtiennent des ristournes auprès des firmes pharmaceutiques, allant parfois jusqu’à trois quart du prix d’un médicament. De tels accords devraient être rendus publics.

Exiger la transparence des résultats : ni les autorités publiques, ni les patients ne disposent d’informations sur les résultats qualitatifs des traitements appliqués dans les différents hôpitaux. L’enregistrement et la communication des indicateurs de qualité peuvent améliorer l’efficacité des traitements.

Plus de sélectivité dans les traitements et les centres

Le principe de la sélectivité est un autre fil conducteur qui traverse plusieurs recommandations intéressantes.

Des traitements plus sélectifs : la plupart du temps, les nouveaux médicaments ne sont efficaces que pour certains groupes de patients bien définis. Mais les critères de sélection des patients ne sont pas clairement identifiés. Ils devraient pourtant faire partie des indications de remboursement.

Sélectionner les centres spécialisés : les traitements efficaces du cancer exigent de l’expérience de la part des soignants. Aujourd’hui, certains traitements complexes ou rares sont effectués dans des hôpitaux qui n’en pratiquent que quelques-uns par an, insuffisamment pour acquérir un niveau de qualité optimal. Limiter et reconnaître les centres de référence permettrait de concentrer une expérience et une pratique suffisantes.

Des remboursements sélectifs en fonction des résultats : afin de rendre les traitements innovants plus rapidement accessibles, tout en limitant le risque financier pour l’assurance soins de santé, il faudra imaginer de nouvelles modalités contractuelles avec les firmes pharmaceutiques. On pourrait, par exemple, lier le remboursement d’un médicament à la réussite du traitement.

Une information claire à l’égard de la société et des patients

Des maladies comme le cancer suscitent peur, angoisse et compassion. La lutte contre le cancer est chargée de beaucoup d’émotions. En même temps, elle est au centre d’enjeux financiers importants. Comment éviter que les émotions, parfois montées en épingle par les firmes pharmaceutiques, guident à elles seules les choix de société et les pratiques thérapeutiques ? Davantage de clarté dans les enjeux à l’oeuvre devrait permettre d’éviter cette tendance.

Clarté sur le coût de traitement : quel prix la collectivité est-elle prête à payer pour une année de vie gagnée par un individu : 50 000, 100 000, 300 000 euros ? Faut-il fixer une limite ? Ce débat, déjà mené dans plusieurs pays, est en cours en Belgique. Il participe d’une clarification utile aux firmes pharmaceutiques notamment : qu’elles sachent d’entrée de jeu le risque qu’elles prennent en investissant dans la recherche.

Clarté sur les choix en matière de recherche : l’industrie détermine l’orientation de la recherche principalement en fonction de la rentabilité économique attendue par le traitement. Ses priorités ne correspondent pas nécessairement aux besoins prioritaires en termes de santé publique. Même si les choix en la matière sont cornéliens, les autorités publiques pourraient être plus interventionnistes, en indiquant clairement les domaines de recherche prioritaires où les besoins médicaux ne sont pas ou mal couverts.

Clarté dans la communication au patient : tant au niveau des coûts à charge du patient et de la collectivité qu’en ce qui concerne les aspects thérapeutiques (résultats possibles, risques, effets secondaires), il est recommandé de communiquer davantage.



La lutte contre le cancer nécessitera de mobiliser des moyens importants dans l’avenir. Pour que les traitements restent accessibles, il faudra notamment faire preuve de transparence, de sélectivité et de clarté dans l’information. La VLK n’est pas seule à porter ces préoccupations. D’autres acteurs dans le domaine des soins de santé comme la Fondation contre le cancer, le Centre d’expertise fédéral des soins de santé (KCE), la Fondation Roi Baudouin… les partagent et se mobilisent.

Jean Hermesse, Secrétaire général