Charles est âgé de 60 ans. Il souffre de la colonne vertébrale et est reconnu invalide depuis l’âge de 45 ans. Il porte un regard teinté d’ironie sur son état, un regard où pointent la clairvoyance et le dynamisme. Son credo, c’est l’adaptation.

De fil en aiguille...

Fils d’un commerçant en fruits et légumes, il commence, dès l’âge de 17 ans, à aider son père. Avec les années, son dos commence à se manifester douloureusement. La malformation qu’il a depuis sa naissance s’aggrave progressivement suite à la manutention quotidienne de caisses et de cageots.

D’arrêts de travail en congés de maladie, il finit par déclarer forfait. Une opération à la colonne vertébrale lui permet de reprendre momentanément un autre travail. Il devient pendant quelque temps représentant en produits pharmaceutiques puis en lunetterie. Malheureusement, la route a raison de sa persévérance et de sa colonne, décidément trop fragile. Six ans plus tard, il sera en invalidité.

Et maintenant ? Capituler, ruminer ou réagir ?

Plongé dans la peau d’un invalide, Charles refuse de se résigner. Baisser les bras, ce n’est pas dans son caractère. Il décide d’occuper utilement son nouveau temps libre. « Dans la salle d’attente d’un médecin, explique-t-il, j’ai lu un numéro du journal “En Marche” parlant d’Altéo, mouvement social de personnes malades, valides et handicapées et, le lendemain, je me suis présenté à la Mutualité chrétienne pour proposer mes services. »

Charles est aujourd’hui responsable d’un club sportif où les disciplines sont accessibles à tous, quelles que soient leurs capacités physiques. Pour lui, le repli sur soi est le pire ennemi. « Je suis devenu invalide à 45 ans. Je ne voulais pas rester chez moi à ruminer. Je me disais : plus on est confiné à la maison, plus on a des problèmes de santé. Sans parler des problèmes de couple ! Il fallait que je sorte le plus possible. Grâce à mes activités, je me suis à nouveau senti utile. Dans ce groupe, on est écouté en toute discrétion et sans être questionné... On s’y fait des amis. Lors d’une de nos dernières excursions, deux personnes habitant à 500 mètres l’une de l’autre se sont rencontrées : elles ne se connaissaient pas, elles ignoraient que l’autre était invalide. Maintenant, elles sont copines, un peu grâce à moi. Et ça c’est formidable. Bref, je me suis reconstruit une vie, avec de nouvelles relations, avec des nouvelles perspectives et des projets. »

Une aide professionnelle est parfois indispensable

Pour la sauvegarde de sa colonne vertébrale et pour son mieux-être, Charles doit perdre du poids. Il consulte une diététicienne qui lui ouvre les voies d’une alimentation différente.
« J’ai perdu dix kilos sans trop me priver », explique-t-il. « Et depuis, je suis devenu quasiment végétarien. Ma femme s’y est mise également. Elle a appris à cuisiner autrement. »

À chacun ses limites

Charles veut entreprendre un maximum de choses mais, à chaque fois, il est confronté à ses limites. « J’aime bricoler et jardiner, mais je suis vite fatigué. Comme je ne parviens plus à bêcher, j’ai acheté une machine électrique qui fait le travail à ma place. Je voudrais aussi changer la moquette du salon. Avant je l’aurais fait seul, maintenant, je demande de l’aide.»

Curieux de nature, Charles a élargi l’éventail de ses activités, mais en tenant toujours compte de ses capacités. « J’ai lu dans un article que le yoga pouvait être bénéfique pour la colonne. Je me suis inscrit dans un club, je fais les mouvements, les exercices de respiration et la relaxation, mais pas les poses. Je m’adapte. »

Optimiste jusqu'à la moelle !

Charles reste néanmoins lucide. « La méchanceté des gens existe. Je crains la dénonciation même si je n’ai rien à me reprocher. Je fais attention en allant au yoga avec mon sac de sport. Certains pourraient penser : c’est un invalide, il va se balader, il n’a rien à faire, il a la belle vie. La culpabilité rôde. Pourtant ce n’est pas parce qu’on est invalide qu’on doit rester cloué chez soi ! ». Philosophe, il conclut : « il n’y a rien à faire, il faut que je vive avec mon corps diminué, mon incapacité de travail. Avec mon incapacité tout court ! Mais n’avons-nous pas chacun la nôtre ? »

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