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Activités physiques

Oser les vacances à vélo

Porté par la popularité du vélo électrique et l'expansion des circuits balisés, le cyclotourisme conquiert un public toujours plus large, séduit par des vacances originales, vertes et abordables.  

Publié le: 13 avril 2026

Mis à jour le: 13 avril 2026

Par: Sandrine Warsztacki

6 min

famille en vélo

Photo (c) Adobe: Pédaler, explorer, respirer : une autre façon de voyager.

Dans l’imaginaire collectif, le voyageur à vélo renvoie encore à l'image du baroudeur filant sur les pistes dans un nuage de poussière ou de l’adepte de l'entrainement intensif, bardé des pieds aux mollets de l’équipement dernier cri. Pourtant, depuis quelques années, le cyclotourisme touche bien au-delà de ces clichés.

Les chiffres le confirment : en 2023, le cyclotourisme a généré 213 millions d'euros de retombées économiques directes en Belgique et permis la création de 3.358 emplois, selon un rapport sur l’économie du vélo commandé par le SPF Mobilité

L'arrivée de l’assistance électrique — les ventes de vélos électriques dépassent désormais celle des modèles classiques — et le développement d’itinéraires sécurisés ont ouvert la voie à de nouveaux publics. "Avec l'électrique, beaucoup de gens ont pu se mettre ou se remettre en selle, se félicite Jasmina Fiasse, chargée de projets vélotourisme chez Pro Velo. En vacances, on voit des couples, des familles - certains sur des vélos classiques, d’autres sur des électriques - qui peuvent ainsi rouler ensemble, au même rythme. Je trouve ça juste magique !"

La pandémie a aussi joué comme déclencheur inattendu. Après des mois de restrictions et d'horizons réduits, beaucoup ont redécouvert le plaisir de pédaler — et avec lui, un tourisme plus local et durable. "Avec le Covid, il y a eu une prise de conscience de l'importance de prendre soin de sa santé physique et mentale. Et aussi qu'on peut découvrir des endroits magnifiques sans faire 5.000 kilomètres en avion", commente Adrien Devyver, cycliste passionné et animateur du Beau Vélo de Ravel sur la RTBF, dont la MC est cette année partenaire.

Du RaveL à l'EuroVelo

Cet élan se mesure aussi en kilomètres. Lancé à la fin des années 1990 par la Fédération européenne des cyclistes (ECF), le réseau EuroVelo a considérablement développé ses infrastructures ses dix dernières années affichant un total au compteur de 57.000 km balisés (sur 90.000 visés à terme) répartis sur 17 itinéraires à travers une quarantaine de pays ! Certains tronçons — comme la Vélodyssée le long de la côte atlantique française, les Châteaux en Val de Loire ou le Danube jusqu’à Vienne — sont devenus de véritables "autoroutes cyclistes", appréciées notamment par les familles et les seniors. Autour de ces axes se sont développés de nombreux services : location de vélo avec dépôt à l'arrivée, transport de bagages, voire séjours organisés clé en main.

"Mais pour une toute première expérience, le mieux reste de commencer près de chez soi, par un itinéraire de deux ou trois jours, conseille la spécialiste de Pro Velo Jasmina Fiasse. Cela permet de vérifier son matériel, d'évaluer sa condition physique, trouver son rythme, la longueur d'étapes qui nous convient le mieux. Et, tout simplement, voir si on accroche."

En Wallonie, le Ravel propose 1.500 km de parcours balisés, empruntant principalement d'anciens chemins de fer ou de halage, avec un dénivelé raisonnable. En Flandre, le territoire s'est organisé autour d'un système de points-nœuds (knooppunten) numérotés, couvrant 12.000 km, permettant de composer librement ses itinéraires en empruntant digues, canaux et routes secondaires peu fréquentées. Pour un circuit de plusieurs jours, des parcours comme la Vennbahn — 125 km à travers les Ardennes, entre Belgique, Luxembourg et Allemagne — ou les "Neuf routes iconiques de Flandre"  offrent des options variées et parfaitement balisées où l'on peut se laisser porter par le paysage sans (presque) jamais avoir à se soucier de la navigation.

L'aventure pour toutes et tous

Si le cyclotourisme n'est plus réservé aux aventuriers, le sentiment d'aventure, lui, reste au cœur du voyage — que l'on parcoure 10.000, 1.000 ou 100 kilomètres. "Ce que j'aime dans le voyage à vélo, c'est le sentiment de liberté. Tu avances à ton rythme, sans contrainte, juste toi et ton vélo. Tu prends le temps de contempler le paysage, de te reconnecter à la nature", témoigne Ken, qui a organisé son premier voyage — de Bruxelles à Ostende — en solo.

Pour d'autres, la découverte passe par le collectif. L’été dernier, Christopher a rejoint un séjour inclusif organisé par Altéo. Avec une vingtaine d’autres participants et participantes en situation de handicap, il a sillonné les routes de la région de Liège. "Il faut être motivé, parfois mordre sur sa chique, parce que c'est crevant. Mais avec le groupe, on ose faire des choses qu'on n'aurait pas osées seul. On s’entraide, les moniteurs nous encouragent." Pour lui, l'aventure aura été autant humaine que sportive. "Parler avec des gens me fait du bien, mais je suis timide. Avec le vélo, ça vient plus facilement et, à la fin, tu parles tellement que tu ne vois plus passer les kilomètres", poursuit Christopher, si conquis par l’expérience qu’il s’est réinscrit, cette fois en tant qu’accompagnateur volontaire. 

Mais qui dit aventure dit aussi… mésaventures. Fred en sait quelque chose. Parti avec sa famille sur la Vennbahn pour son baptême du cyclotourisme, la petite expédition déraille dès le premier jour. "Mon vélo électrique est tombé en panne direct, on n'avait même pas atteint le début de l'itinéraire !" Les cyclistes contactent Europ Assistance, qui leur envoie... une dépanneuse pour voiture. Mais la chance sourit aux audacieux : à quelques kilomètres de là, la famille finit par dénicher un magasin spécialisé dans la marque du vélo de Fred, une marque plutôt rare... "Au fond, les imprévus, ça ajoute du piment. Quand on raconte ses vacances, c'est toujours par là qu'on commence", commente-t-il, philosophe.

Une paire de chaussettes sèches après une journée de pluie, une boisson bien fraiche dans un fietscafé après une étape trop longue, ou juste une bonne anecdote à raconter… "Quand on voyage à vélo, les petites choses de la vie prennent mille fois plus de valeur. Il y a une notion d’effort et de récompense qui nous ramène à l'essentiel, à ce qui fait le vrai bonheur", conclut Adrien Devyver avec enthousiasme.