Santé publique

Se loger, c'est se soigner

Et si la crise du logement était aussi une crise sanitaire ? Insalubrité, surpeuplement et précarité résidentielle pèsent sur la santé physique et mentale des Belges. Derrière les murs, une urgence de santé publique se profile.

Publié le: 27 août 2026

Mis à jour le: 24 août 2026

Par: Julien Marteleur

3 min

un homme se repose dans son canapé

Photo : ©AdobeStock// Notre habitat conditionne de nombreux aspects de notre vie.

Il suffit de pousser la porte d’un logement insalubre, de discuter avec une famille confrontée au surpeuplement ou d’écouter les acteurs de terrain pour le comprendre : l’habitat influence le sommeil, le stress, la qualité de l’air, les relations sociales et même les chances de guérison lorsqu’une maladie survient.
"Le rôle originel d’un logement est de nous protéger contre les dangers, rappelle Jean-Rémy Martin, docteur en sciences cognitives et professeur à l'ULB. Le logement est donc un aspect essentiel pour la survie de l’individu." Or cette fonction protectrice est aujourd’hui fragilisée : en Belgique, plus de 326.000 personnes sont en attente d’un logement social. Dans la capitale, le délai d'attente varie entre 9 et 13 ans, selon la Fédération bruxelloise unie pour le logement (Fébul). Des chiffres qui étourdissent, d'autant que l’ensemble du pays pourrait faire face à une pénurie structurelle de plusieurs centaines de milliers de logements dans les prochaines décennies. 

L'angoisse du logement

Pour Stefania Marsella, chargée de projets à la Fédération des maisons médicales et assistante sociale, l'impact de cette crise reste sous-estimé. "Parmi tous les déterminants non médicaux de la santé, l'habitat est probablement celui qui conditionne le plus d’aspects de la vie." 
Dans un marché immobilier en tension croissante, où les loyers flambent à Bruxelles et continuent de progresser en Wallonie (+5 % d'augmentation des prix planchers pour les baux signés en Provinces de Liège et Luxembourg rien qu'en 2024, par exemple), l'insécurité résidentielle génère un stress chronique. Les psychologues observent régulièrement une augmentation des symptômes anxieux, des troubles du sommeil et de la détresse psychologique chez les personnes confrontées à des difficultés de logement. 
Cette réalité ne touche pas uniquement les personnes les plus précaires. "Les travailleurs à faibles revenus, les familles monoparentales, les étudiants ou encore les pensionnés sont de plus en plus nombreux à consacrer une part importante de leurs ressources à leur habitation, au détriment parfois de leur santé", déplore les auteurs du dernier rapport de l'asbl Action Vivre Ensemble.

Des murs qui rendent malade

Le logement agit aussi directement sur le corps. Un habitat inadéquat augmente les risques de maladies respiratoires, d’accidents domestiques, d'intoxications… L’humidité et les moisissures favorisent l’apparition ou l’aggravation de l’asthme, des allergies et des infections respiratoires. Les enfants y sont particulièrement sensibles, car leurs poumons et leur système immunitaire sont encore en développement. 
Le surpeuplement représente également un problème croissant. Selon les données de l'Institut bruxellois de statistique et d'analyse (IBSA), 31 % des habitants de Bruxelles vivaient dans un logement surpeuplé en 2023. Ce manque de place pèse particulièrement pour les enfants :   difficultés scolaires, conflits familiaux et repli sur soi peuvent en découler. 

Changer le paradigme

Au fond, la crise du logement rappelle une évidence : la santé se construit d’abord à la maison. Dans un logement suffisamment sec, chauffé, financièrement accessible, qu'on peut rendre encore plus confortable par de petits gestes individuels. Par ailleurs, l'accessibilité aux espaces verts doit être facilitée : en croisant les données de facturation de ses membres, la MC a pu corréler la proximité avec la nature à une diminution de la consommation d'antidépresseurs. Mais pour élargir ce champ des possibles, il faut que les pouvoirs publics changent de paradigme et cessent de penser uniquement en mètres carrés, en loyers ou en taux d’intérêt quand on parle de logement. Il faut aussi parler d’asthme, d’anxiété, de dépression, de sommeil et de bien-être. Car derrière chaque logement inadapté, trop cher ou trop exigu, c’est un peu de santé de ses habitants qui s’étiole…