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Autrefois abondant, le lézard vivipare perd du terrain. Des chercheurs prouvent que les relevés citoyens sont essentiels pour comprendre les dynamiques de population et la perte de biodiversité.
Publié le: 28 janvier 2026
Par: Clotilde de Gastines
3 min
Photo ©: Hubert Balthus // le lézard vivipare (Zootoca vivipara) est menacé le long du sillon Sambre-et-Meuse.
Une fois sorti d’hibernation, il aime lézarder au soleil, se révèle un excellent nageur et vit en moyenne 4 à 5 ans. Mais ce petit reptile devient de plus en plus vulnérable, en particulier dans le bandeau formé par le Condroz, la Famenne et la Calestienne, en raison du réchauffement climatique et de l’intensification des pratiques agricoles. En 14 ans, l’espèce a perdu près de 12 % de son aire de répartition totale en Wallonie. Ce déclin a été mis en évidence par une étude pilote publiée mi-octobre 2025 dans le European Journal of Wildlife Research. Un constat qui n’aurait jamais pu voir le jour sans l’apport des observations citoyennes.
"Avec mes collègues herpétologues, nous constations le déclin de cette espèce dans différentes régions de Wallonie et d'Europe, sans pour autant être capable de le prouver statistiquement", explique un des auteurs de l’étude, Thomas Duchesne, biostatisticien et herpétologue (spécialiste des reptiles et amphibiens) chez Natagora. Longtemps considéré comme commun et abondant, le lézard vivipare ne faisait en effet l’objet d’aucun suivi standardisé.
Dans ce contexte, les données participatives, enregistrées par des citoyens via des plateformes naturalistes comme Observations.be et ses applications associées, se sont révélées décisives. Depuis 2010, 2.000 personnes ont encodé au moins une espèce, et une trentaine d’observateurs aguerris font des encodages systématiques — "tel un réseau sentinelle", apprécie le spécialiste, qui a co-signé l’étude avec Olivier Lourdais du CNRS et son collègue Eric Graitson.
Les chercheurs ont observé à la loupe toutes les données récoltées pour affiner les statistiques. La carte de la Wallonie a été découpée en 16.230 parcelles de 1 km2, pour étudier trois paramètres : la date de l’encodage (saisonnalité), les coordonnées GPS de l’encodage (qui renseigne sur le type de territoire occupé : couverture végétale, altitude…) et le comportement d’encodage du naturaliste amateur ou aguerri.
"Par exemple, si un observateur encode 5 espèces de reptiles à une même date dans un carré kilométrique, il est fort probable qu’il cherchait activement les reptiles et que par conséquent, il aurait encodé un lézard vivipare s’il en avait vu un. Ce raisonnement permet de contrôler les biais de détection/non-détection, de valider les données citoyennes et de piloter des modèles statistiques", se réjouit Thomas Duchesne, qui est en train de perfectionner une méthode analogue pour estimer la dynamique des oiseaux en Wallonie.
Pour encourager les vocations d’observateurs amateurs, Natagora co-gère le portail Observations.be et a développé des applications gratuites : ObsMapp pour Android, iObs pour Apple, ou Obsidentify (Android et Apple). Et pour favoriser la population de lézards, Natagora rappelle que le lézard vivipare aime les recoins, les herbes folles, les sols humides et les tas de branches, qui fournissent de précieux abris contre la surchauffe et la prédation. De mars à octobre, l’association conseille de laisser au moins 10 % de son jardin en friche dans les creux de verdure les plus ensoleillées, idéalement près d'un point d'eau.