Incapacité de travail
Alors que les canicules s'enchaînent, végétaliser la ville s'impose comme une réponse concrète aux défis climatiques. Et les bénéfices ne s'arrêtent pas au thermomètre — une récente étude de la MC le confirme, la présence d'espaces verts soigne aussi nos esprits.
Publié le: 07 juillet 2026
Par: Sandrine Warsztacki
4 min
4 bonnes raisons de planter des arbres en ville
Ils rafraîchissent nos étés. En apportant de l’ombre et en limitant les îlots de chaleur, la végétation urbaine aide à mieux supporter les canicules et peut contribuer à sauver des vies lors des fortes chaleurs.
Ils freinent le réchauffement. En absorbant du CO₂, la végétation urbaine s'attaque aussi à la racine du problème, pas seulement à ses symptômes.
Ils nettoient l'air. La végétation haute capte une partie des particules fines, cette pollution invisible qui pèse lourdement sur notre santé.
Ils font du bien au moral. Se détendre, bouger, se rencontrer : les espaces verts réduisent le stress, l'anxiété et les risques de dépression.
Douze jours meurtriers. La canicule qui a frappé la Belgique, du 18 juin au premier juillet, a engendré une surmortalité de + 1747 décès (dont 280 parmi les moins de 65 ans), selon les derniers chiffres communiqués par Sciensano. Une telle hausse de la mortalité n'avait plus été observée depuis la première vague du Covid...
Les personnes âgées, socialement isolées et/ou vivant dans des logements vétustes ont été les premières à affluer vers les services d’urgence ... Cet épisode a ainsi rappelé une réalité dérangeante : nous ne sommes pas égaux face aux effets de la crise climatique. La canicule "est d'abord une crise sociale", résumait Philippe Devos, directeur d'Unessa, la principale fédération d'hôpitaux et d'institutions de soins en Wallonie, dans Le Soir.
Ces chaleurs extrêmes ne sont malheureusement plus l'exception : elles deviennent la norme, et les villes n'ont d'autre choix que de s'y adapter. Face à ce défi de taille, réintroduire la nature en ville peut sembler une réponse toute simple. Elle est pourtant d'une efficacité redoutable : une étude publiée en 2023 dans The Lancet, portant sur 93 villes européennes dont plusieurs villes belges, conclut qu'une couverture arborée de 30 % permettrait de réduire environ un tiers les décès liés aux îlots de chaleur urbains.
Végétaliser les villes contribue à la lutte contre le réchauffement climatique — en absorbant une partie du CO₂ présent dans l'atmosphère — tout en nous protégeant de ses conséquences caniculaires.
Cette végétalisation offre en outre de nombreux bénéfices pour la santé respiratoire. Elle capte une partie des particules fines, une pollution responsable d'environ 250.000 décès par an en Europe, selon l'OCDE.
Last but not least, la nature en ville joue un rôle clé pour la santé mentale. En offrant des espaces de détente, de rencontre et d’activité physique, les espaces verts contribuent à réduire le stress, l’anxiété et les risques de dépression, comme le montrent de plus en plus d’études internationales.
En Belgique, la MC a mené la première recherche de grande ampleur sur le sujet. Ses chercheurs ont croisé les factures de soins de santé mentale de ses 4,3 millions de membres avec la présence d'espaces verts. Résultat : une hausse de 20 % de la surface d'espaces verts dans un quartier est associée à une baisse de 3,73 % du recours aux soins psychologiques de première ligne. Une diminution qui peut sembler modeste, mais qui, à l'échelle de la crise de santé mentale à laquelle la population est confrontée, représente une différence non négligeable.
L'étude de la MC montre que les effets bénéfiques des espaces verts se manifestent indépendamment du niveau de revenu du quartier et de ceux qui y vivent. Avec une nuance de taille, toutefois : cet effet protecteur disparaît chez les personnes les plus vulnérables sur le plan socio-économique (dans l'étude, les bénéficiaires du statut BIM). Parce que la présence bénéfique d'espaces verts y pèserait trop peu face à d'autres déterminants sociaux, comme le mal-logement ou la précarité de l'emploi, s’interrogent les auteurs de l'étude ?
Dans un contexte où les inégalités sociales de santé ne cessent de se creuser — comme le montre une autre étude récente de la MC — verduriser les villes n'est qu'une pièce sur le grand puzzle des déterminants sociaux de la santé. Une pièce qui n'en reste pas moins essentielle.
Longtemps rangée au rayon de lubie un peu "bobos" - la végétalisation urbaine est désormais reconnue pour ce qu'elle est, preuves scientifiques à l'appui : un enjeu de santé publique, de justice sociale et climatique.
"Nous avons besoin d’une politique de santé qui dépasse largement le cadre des soins. Un environnement sain est un droit fondamental, pas un privilège, rappelle Elise Derroitte, vice-présidente de la MC. Mais nous devons veiller à ce que les investissements dans les espaces verts bénéficient à l’ensemble de la population, et pas uniquement à celles et ceux qui sont déjà les mieux lotis."