Environnement

Régime flexitarien : ce que notre alimentation peut changer

Fruits, légumes, snacks ou fast-food : ce que nous mangeons impacte à la fois notre santé et celle de la planète. Alors, que mettre dans nos assiettes ? 

Publié le: 28 mai 2026

Mis à jour le: 28 mai 2026

Par: Florence Marot

6 min

Un homme est un en train de préparer un repas sain

Photo : ©AdobeStock // Notre alimentation est un puissant levier pour protéger à la fois notre santé et l’environnement.

Manger est souvent un plaisir, parfois une contrainte ou une simple routine. Mais notre alimentation est aussi un puissant levier pour protéger à la fois notre santé et l’environnement. C’est la conviction de la prestigieuse commission EAT-Lancet. Ce panel de scientifiques, réuni sous l’égide de la fondation EAT et de la revue médicale The Lancet, a conçu un régime capable de nourrir toute l’humanité sans détruire la planète. Une véritable boussole pour repenser nos menus. 

Notre alimentation sous tension 

La commission scientifique est partie d'un double constat. D’une part, notre alimentation menace aujourd’hui notre santé. Surpoids, diabète, maladies cardiovasculaires, cancers… sont devenus des enjeux majeurs de santé publique. D’autre part, nos modes de production alimentaires exercent une pression considérable sur notre environnement, entre épuisement des sols, perte de biodiversité, déforestation et réchauffement climatique.  

La viande rouge illustre bien la multiplicité des enjeux. En manger trop augmente les risques de maladies chroniques. Produite à grande échelle, elle est aussi l’un des aliments les plus polluants pour la planète. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’élevage intensif est responsable de 12 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il mobilise également d’immenses surfaces agricoles et contribue à la déforestation. 

Récemment, les preuves s’accumulent pour alerter sur les risques d’un autre incontournable de nos frigos : les aliments ultra-transformés. Plats préparés, snacks, desserts industriels… Ces préparations riches en sel, sucres et graisses saturées sont régulièrement pointées du doigt pour leurs effets néfastes sur la santé. Avec leurs nombreuses étapes de transformation en usine, "leur impact environnemental est aussi très important, car leur production entraine une surconsommation d’énergie", explique Claire Dénos, autrice principale d’une étude de l’Institut de santé publique Sciensano sur le sujet (2). 

Selon cette étude, un Belge émet en moyenne 4,4 kg de gaz à effet de serre par jour rien qu’avec son alimentation. La viande rouge constitue la principale source de ces émissions (35 %), devant les sodas (16 %), les produits laitiers (12 %) et les snacks (10 %). Mais alors que manger, au juste ? 

Une abondance de végétaux 

Rassurez-vous : il ne s’agit pas de tout supprimer. En 2019, la commission EAT-Lancet mettait sur la table un régime alimentaire en phase avec les dernières recommandations de santé publique. Il a été actualisé l’an dernier pour intégrer les limites écologiques de la planète*.  

Dans ce "régime de santé planétaire", l’assiette se compose pour moitié de fruits et légumes. Un quart est dédié aux grains complets (blé, riz, boulgour…) et le dernier quart privilégie les légumineuses et protéines végétales comme les lentilles, les pois chiches, les haricots secs ou le soja. Relégués au second plan, les produits d’origine animale ne disparaissent pas complètement : une petite portion de viande rouge, deux de volaille et deux de poisson sont encore autorisées par semaine. Le steak-frites du dimanche est donc sauvé ! Néanmoins, le sel, les sucres ajoutés et les graisses saturées doivent être réduits au minimum.  

Ces recommandations posent un cadre général, adaptable aux différentes cultures alimentaires. Mais globalement, il revient à "plus que doubler la consommation de fruits, légumes, légumineuses et noix tout en réduisant de moitié les aliments les moins favorables à la santé, en particulier la viande rouge et les produits sucrés, surtout dans les pays où ils sont fortement consommés", précise le dernier rapport EAT-Lancet, publié en 2025. 

Les bénéfices potentiels sur la santé sont considérables : si le monde entier adoptait ce régime, 11 millions de décès prématurés pourraient être évités chaque année, estiment les chercheurs. Et pour la planète, ce virage flexitarien permettrait de réduire l’élevage intensif, diminuer les émissions de gaz à effet de serre et libérer des surfaces agricoles pour des cultures moins polluantes. 

*Les limites planétaires font référence à un cadre scientifique qui définit 9 grands seuils écologiques à ne pas dépasser pour maintenir une Terre stable et habitable (climat, biodiversité, eau douce, sols, cycles de l’azote et du phosphore, etc.).

Vers des pratiques plus durables 

Mais pour protéger les ressources planétaires, repenser nos menus ne suffit pas. Pour la commission EAT-Lancet une transformation en profondeur des systèmes agricoles reste incontournable. Parmi les solutions mises en avant, elle préconise l’agroécologie. Cette approche s’appuie sur les principes de l’écologie pour réduire l’usage des engrais et pesticides, tout en préservant la santé des sols et la biodiversité.  

Autre levier majeur : lutter contre le gaspillage alimentaire afin d’alléger la pression exercée sur les écosystèmes. Aujourd’hui, près de 30 % des denrées produites dans le monde sont perdues ou gaspillées, selon la FAO. 

Un idéal à adapter 

Et si nous adoptions tous le régime EAT-Lancet à l’échelle locale ? Selon des chercheurs de la faculté Gembloux Agro-Bio Tech de l’Université de Liège, un tel changement en Wallonie permettrait de produire localement suffisamment de nourriture pour l’ensemble de la population, à condition de revoir l’usage des surfaces agricoles et de réduire le gaspillage alimentaire. 

Mais cela impliquerait de profonds changements dans nos habitudes alimentaires. "Il faudrait réduire fortement la consommation de bœuf et de porc, au profit de protéines végétales comme les légumineuses", commente Tom Desmarez, auteur principal de l’étude. 

De plus, le régime EAT-Lancet ne correspond pas tout à fait au contexte wallon. "Près de la moitié des terres agricoles sont des prairies permanentes, précise le chercheur.  Avec un régime EAT-Lancet strict, il n’y aurait plus assez de bovins pour les entretenir, alors qu’elles jouent un rôle important pour la biodiversité."  

Pour concilier santé, alimentation et environnement, les chercheurs privilégient plutôt le scénario TYFA (pour Ten Years For Agroecology). Il s’agit d’un régime alternatif qui vise une transition agroécologique de l’Europe d’ici 2050. Plus flexible, il mise lui aussi sur les légumineuses, mais limite moins la consommation de bœuf. "C’est plutôt celle de porc et de volaille qui diminue", résume Tom Desmarez. Avec ce régime, la Wallonie pourrait rester autonome sur le plan alimentaire tout en adoptant une alimentation plus durable. 

Des bénéfices partagés 

En fin de compte, qu’importe le régime choisi, les constats convergent : manger plus végétal, réduire le gaspillage alimentaire et soutenir des pratiques agricoles durables profite à la fois à notre santé et à l’environnement. Moins de maladies chroniques, moins d’émissions de gaz à effet de serre, une meilleure qualité de l’environnement et de notre alimentation : les co-bénéfices sont nombreux. Et si la transformation concerne toute la chaîne alimentaire, elle commence aussi, très concrètement, au bout de notre fourchette.