Soins de santé
La chercheuse Lisa Quertinmont invite à dépasser une vision étroite de l’évaluation des traitements médicaux, centrée sur l’efficacité clinique et les coûts financiers, en y intégrant des critères environnementaux et éthiques.
Publié le: 01 juin 2026
Par: Joëlle Delvaux
3 min
Photo: © AdobeStock//Des résidus de substances médicamenteuses se retrouvent dans le milieu naturel.
Quels nouveaux médicaments ou traitements rembourser? Quelles technologies financer? Aujourd'hui, les décideurs publics utilisent le Health Technology Assessment (HTA), un outil d'évaluation centré sur la sécurité, l'efficacité clinique et le coût pour la sécurité sociale pour guider leurs décisions. Le but ? Que chaque euro investi maximise le nombre d’années de vie en bonne santé pour le patient.
"Ce modèle souffre d'un angle mort majeur : il ignore totalement les coûts environnementaux", s'émeut Lisa Quertinmont, qui a consacré son mémoire de master en santé publique à la question. Le système de santé soigne mais, comme d'autres secteurs, il produit des déchets, épuise les ressources naturelles, pollue les sols et les cours d'eau et menace la biodiversité dont dépend pourtant la recherche pharmacologique. Il compromet par là même l’état de santé de la population… et la survie du vivant.
"Continuer à évaluer les technologies de la santé comme si ces impacts n’existaient pas est éthiquement problématique", affirme celle qui est désormais chercheuse à l’Institut de recherche santé et société (UCLouvain). Elle dénonce également une forme d'injustice mondiale. "Dans les pays du Nord, nous profitons massivement des médicaments généralement produits dans les pays du Sud où les populations en subissent les conséquences négatives sans pouvoir accéder aux traitements."
Lisa Quertinmont
Pour Lisa Quertinmont, il est indispensable de passer d'un cadre d'évaluation centré sur la santé de l'individu à une vision collective de la santé du vivant, des écosystèmes et des générations futures. Dans le même temps, elle plaide pour sortir le débat de la sphère des experts et démocratiser les choix en santé.
Comment relever ce défi ? La chercheuse suggère d'intégrer un outil d’évaluation basé sur "des expérimentations à choix discrets", une méthode d'enquête quantitative utilisée pour explorer les préférences des individus sur des produits et des services. Appliqué aux traitements, le principe est simple : soumettre à des patients des scénarios variant en fonction de critères (efficacité, coût, durée, origine de la production, impact sur la biodiversité…) et leur demander ce qu'ils préfèrent. Cet exercice permet de déterminer quels compromis les patients sont prêts à accepter. Par exemple, payer plus cher ou suivre un traitement plus long s’il préserve la biodiversité ou est produit en Europe.
"En matière d'alimentation, beaucoup de gens sont déjà attentifs à consommer local, bio et de saison, à manger moins de viande aussi”, observe Lisa Quertinmont. Peut-on imaginer une évolution comparable dans le domaine des soins ? Le sujet, qui touche à la maladie, à la souffrance et à la mort, est sans doute plus sensible, convient-elle. Mais quelques ajustements pourraient déjà montrer leur utilité. Par exemple, réduire la consommation d'antibiotiques, d'anti-inflammatoires et d'antidépresseurs, des molécules qui contaminent lourdement les cours d'eau.
Sans prétendre apporter de solution clé en main, le travail de Lisa Quertinmont – qu'elle va approfondir dans une thèse de doctorat – ouvre un espace de réflexion essentiel : sommes-nous prêts à contribuer à une médecine plus respectueuse de la planète ?
Organisés depuis 14 ans par la Fondation pour les générations futures, les Hera Awards valorisent des travaux de masters dans 12 catégories. Joëlle Delvaux, journaliste à En Marche, a participé au jury 2026 du prix "sustainable health".
Lisa Quertinmont a été nominée aux côtés de Camille Lemaître qui a consacré son mémoire à la santé environnementale dans des projets de redéveloppement de friches industrielles en Wallonie et en Écosse.
La lauréate du prix est Laura La Giola qui a exploré les voies d'actions à mobiliser pour combattre la contamination des Pfas dans les eaux continentales européennes.