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Santé publique

L'obésité, un défi majeur pour la médecine

Maladie chronique aux nombreuses complications, l'obésité se répand comme une pandémie silencieuse. La faute à notre mode de vie… et à notre cerveau.

Publié le: 17 avril 2026

Mis à jour le: 12 mai 2026

Par: Joëlle Delvaux

3 min

Un patient en obésité discute avec son chirurgien

Photo: ©Adobestock//la recherche ne cesse d’avancer dans la compréhension de cette maladie complexe.

Selon les données les plus récentes de Sciensano, 49 % de la population belge âgée de 3 ans et plus est en surpoids ou en obésité. La prévalence de cette maladie, en particulier dans les groupes les plus vulnérables (faible niveau socio-économique, personnes âgées), continuera de croître si aucune mesure structurelle n’est mise en place, mettent en garde les experts qui qualifient déjà cette tendance d’"insoutenable" pour les systèmes de santé, en raison des maladies associées (diabète, maladies cardiovasculaires, cancers, apnées du sommeil, arthrose…). 

Le défi est de taille, notamment chez les jeunes. Agir tôt peut changer la donne, estiment les professionnels de la santé qui accompagnent des enfants en obésité dans des centres spécialisés. 

Dans le combat contre l'obésité, de nouveaux médicaments — les analogues de l'hormone intestinale GLP-1— soulèvent un enthousiasme légitime. Efficaces sur la perte de poids, moins invasifs que la chirurgie bariatrique, ils ne sont pourtant pas une solution miracle. En effet, l'obésité ne se résume pas au déséquilibre entre apports et dépenses caloriques et nécessite une prise en charge pluridisciplinaire. De nombreux facteurs entre en jeu : génétiques, endocriniens (autrement dit, hormonaux), médicamenteux (certains traitements augmentent le risque), psychologiques, sociologiques et environnementaux. Et la recherche ne cesse d’avancer dans la compréhension de cette maladie complexe. Ainsi, l'effet "obésogène" de certaines substances chimiques (bisphénol A, phtalates...) est maintenant prouvé. Elles peuvent stimuler la création de cellules adipeuses, augmenter le stockage de graisses, perturber les hormones régulant la satiété ou la dépense énergétique. Dans certains cas, les conséquences ne s’expriment que tardivement, voire se transmettent aux générations suivantes... (Lire la suite de l'article ci-après).

Une maladie ancrée dans le cerveau

Vivre avec une obésité, c'est souvent porter le poids de la culpabilité et des regards désapprobateurs, comme nous en ont fait part plusieurs témoins. Rosalia Rodriguez Rodriguez, professeure à l'Université de Catalogne, estime qu'il est temps de mettre fin à cette stigmatisation. "L’obésité n'est pas due à un manque de volonté. Il ne s’agit pas non plus d’un problème individuel, martèle-t-elle dans un article scientifique publié dans The Conversation. L’obésité est profondément enracinée dans un cerveau adapté à la survie en période de pénurie". Durant 95 % de notre histoire évolutive, marcher, chasser et cueillir étaient indispensables pour se nourrir. En réponse, le cerveau a développé des mécanismes de survie puissants pour défendre ses réserves de graisses. L'origine de l'obésité résiderait donc dans le système nerveux central, en particulier dans l’hypothalamus qui agit comme thermostat énergétique, maintenant le poids autour d'une valeur de consigne stable. 

Alors que notre environnement est devenu totalement obésogène — aliments hypercaloriques disponibles en permanence, sédentarité, stress chronique, troubles du sommeil et régimes alimentaires ultra-transformés — le cerveau continue de fonctionner selon ces règles ancestrales. Ce déséquilibre est amplifié chez les personnes présentant des prédispositions génétiques. Dans ces conditions, maintenir une perte de poids sur le long terme se révèle extrêmement compliqué, y compris avec des médicaments aussi révolutionnaires que le sémaglutide, convient la chercheuse, qui plaide pour une double approche : promouvoir des modes de vie sains et, si nécessaire, recourir à des thérapies qui agissent précisément sur les circuits cérébraux régulant le poids. Dans ce domaine, la nanomédecine ouvre de nouvelles perspectives qui pourraient compléter ou renforcer l'action des analogues des GLP-1 tout en réduisant les effets secondaires. "C’est dans le cerveau que se livre dorénavant la bataille scientifique la plus prometteuse contre l'obésité", conclut-elle.