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Maladies chroniques

Obésité infantile : un trajet de soins sur mesure pour grandir en meilleure santé

Agir tôt chez un enfant en obésité peut changer la donne : un accompagnement adapté limite les risques liés à la prise de poids et lui permet de grandir plus sereinement avec la maladie. 

Publié le: 22 avril 2026

Mis à jour le: 22 avril 2026

Par: Soraya Soussi

7 min

Une ado en obésité assise sur une machine de sport à l'extérieur se tient le visage en pleurant

Photo : ©AdobeStock // L'histoire des enfants pèse autant, si pas plus, que les chiffres inscrits dans la case "Indice de masse corporelle"

8h30, arrivée à la salle de réunion du bâtiment VIS, 3e étage route 171. Des fiches médicales défilent sur les murs, projetées comme les profils d’un casting hollywoodien. Les "futures stars" ? Des enfants et des adolescents en situation d’obésité sévère et suivis à la Clinique poids junior (CPMO) de l’Hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola (Huderf). Ici, chaque enfant bénéficie d'un trajet de soins sur mesure, construit par une équipe de super-héroïnes. Ensemble, elles établissent un plan d'action pour réussir leur quête : permettre à ces jeunes patients d'aller mieux dans toutes les dimensions de leur santé (sociale, physique, psychologique, etc). 

1er acte : les 4 (fantastiques) M 

Pour comprendre et définir la gravité de l'obésité chez un enfant, les professionnels de santé s’appuient sur la méthode d'Edmonton : les 4 M. Chaque “M” -métabolique, mécanique, mental, milieu — reçoit un score de 0 à 3.  

Au niveau métabolique, on identifie des troubles parfois silencieux : résistance à l’insuline, diabète de type 2, stéatose hépatique (accumulation de graisses dans le foie). Le versant mécanique regroupe douleurs articulaires, essoufflement à l’effort et troubles du sommeil, comme l’apnée. 

Mais une grande partie de la prise en charge se joue ailleurs : "Un accompagnement complet passe par les questions liées au mental comme l'anxiété, la dépression, l'image de soi, les troubles du comportement alimentaire… Et celles liées au milieu de vie, comme la précarité financière, l'accès limité à une alimentation de qualité, l'environnement familial difficile, le harcèlement scolaire ou encore l'impossibilité d'exercer une activité physique", insiste Mélissa Moretti, diététicienne et coordinatrice à la CPMO. Pour les professionnelles de santé qui accompagnent ces jeunes, leur histoire pèse autant, si pas plus, que leur "indice de masse corporelle" (IMC).  

Un levier reste central : la précocité de la prise en charge. Chez l’enfant, tout est en construction. Les habitudes, les repères, le rapport au corps et à l’alimentation. "Il faut adapter le traitement à chaque patient et intervenir au bon moment", insiste la diététicienne. Plus la prise en charge est tardive, plus les complications s’installent, plus les changements deviennent difficiles. L’enjeu est là : offrir à l’enfant les conditions pour grandir autrement. Avec moins de contraintes, moins de stigmatisation, plus de possibilités. 

2e acte : l'équipe en action 

Chaque semaine, l'équipe de l'Huderf passe au peigne fin le parcours de chaque jeune. Julia (prénom fictif), 8 ans, est patiente à la CPMO depuis 6 mois. Les causes de son obésité sont génétiques et ancrées dans un contexte familial complexe. Les parents travaillent énormément. Ils sont souvent absents. Pour pallier le manque et l'ennui, Julia mange. Beaucoup et souvent n'importe quoi. Personne n'est là pour encadrer son alimentation.  

Autour de la table, chacune prend la parole. Les échanges sont directs, parfois rapides, souvent très empathiques. Et toujours transparents. "Un patient ne dit pas la même chose à tout le monde, confie Mélissa Moretti. Il peut minimiser certains aspects avec la diététicienne et se livrer davantage à la psychologue." C’est précisément pour cela que le travail d’équipe est indispensable. Chaque professionnel détient une partie de l’histoire, mais aucune vision n’est complète en soi. 

La pédiatre analyse les paramètres cliniques, pose les diagnostics, ajuste les traitements. La diététicienne explore les habitudes alimentaires, sans jugement, en tenant compte du quotidien de l’enfant. La psychologue ouvre un espace de parole souvent absent ailleurs. L’assistante sociale intervient lorsque les difficultés dépassent le cadre strictement médical. Exemple concret : Justine (prénom fictif), 12 ans vit seule avec sa mère atteinte de divers troubles comportementaux. "Sa maman a tendance à prendre toute la place lors des rendez-vous. C'est toujours très compliqué. Apparemment, le seul moyen pour Justine d'exister, c'est de manger. On sait que la mère se sent coupable de ses troubles donc elle la laisse manger sans limite", rapporte la pédiatre. Au-delà de cet aspect psychologique, cette dernière souhaite prendre contact avec les services d’aide et d’accompagnement pour les familles. L'assistante sociale, se chargera de ce volet, en passant dans un premier temps le médecin scolaire.    

Malgré cette organisation, les limites restent réelles. Le nombre de consultations (remboursées dans le cadre du trajet de soins) est restreint, tout comme les ressources humaines. "On ne peut pas voir tous les patients aussi souvent qu’on le voudrait. En même temps, nous sommes aussi conscients de la lourdeur d'un trajet de soins", reconnaît Mélissa Moretti. Certains suivis doivent être espacés, d’autres écourtés. 

3e acte : le rôle de la famille 

Qui dit travail d'équipe, dit implication de toutes les parties autour de l'enfant. Plus la famille est présente, mieux le suivi médical se déroule. Mais ce n'est pas toujours le cas. Les situations varient d'un cas à l'autre. Certains parents sont moteurs, prêts à changer les habitudes familiales, à soutenir le jeune et à s'investir dans son parcours de soins. D’autres sont dépassés, en difficulté eux-mêmes comme la maman de Justine. Parfois, l’enfant est demandeur… mais pas son entourage. À contrario, l'enfant peut être démotivé par les multiples contraintes de ce suivi (nombreux rendez-vous hospitaliers, efforts importants, temps long avant résultats positifs, etc.). "Il faut que tout le monde soit au même stade de motivation", explique la diététicienne. Un décalage peut freiner, voire bloquer toute progression. 

Dans ce contexte, les soignants avancent avec prudence. Ici, pas d’injonction ni de discours culpabilisant. "On doit faire preuve à la fois de bienveillance et de diplomatie tout en protégeant l'enfant quand c'est nécessaire. On n’est pas là pour imposer, mais pour donner des outils", insiste Mélissa Moretti. L'alliance indispensable avec la famille n’est donc jamais acquise. Elle se construit lentement. 

4e acte : le poids des responsabilités 

L’enfant est progressivement amené à devenir acteur de sa prise en charge. Fixer ses propres objectifs, identifier ce qui est à sa portée, à l’instant où il en est. Les actes sont parfois très simples : marcher un peu plus, réduire certaines boissons sucrées, adopter de meilleures habitudes pour le sommeil. Mais ces changements, même minimes, sont essentiels. Ils créent une dynamique. Ils redonnent aussi un sentiment de contrôle et de motivation.  

Si les patients sont acteurs de leur santé, ils ne peuvent porter toute la responsabilité de leur situation. "Les enfants grandissent dans un environnement qui favorise des choix peu favorables à la santé : publicité omniprésente pour des boissons sucrées ou des fast-foods, produits ultra-transformés très accessibles, marketing ciblé…", rappelle la diététicienne. Les sources de stress qui favorise l'obésité sont également nombreuses : des standards de beauté qui fragilisent l'image de soi, un environnement scolaire difficile, etc. "On ne peut pas leur demander de lutter seuls contre cela."  

Épilogue : savourer la victoire  

Dans l’imaginaire collectif, la réussite passe par la perte de poids. Pas pour l'équipe de l'Huderf — ni aucune autre clinique du poids pour enfant d'ailleurs. "Ce qui compte, c’est l’amélioration de la santé globale. Et quand la première ligne — le médecin généraliste, par exemple — peut à nouveau assurer le suivi du jeune patient", rappelle Mélissa Moretti. L'équipe, elle, réévalue annuellement les 4M. "La réussite, c’est voir son score évoluer, même sans perte de poids", précise la coordinatrice. 

Il ne s’agit pas de "guérir" au sens classique, mais d’apprendre à vivre avec son obésité. De stabiliser une situation, d’éviter les aggravations liées à la sévérité de l’obésité, de retrouver un équilibre. Une approche bien plus réaliste et durable pour dompter cette maladie, tout au long de la vie.