Soins de santé
Faute de recul, les effets de la vape sur la santé restent difficiles à évaluer. Si la cigarette électronique ne doit pas constituer une porte d’entrée vers l’addiction, les données récentes confirment qu’elle demeure bien moins nocive que le tabac pour les fumeurs souhaitant en sortir.
Publié le: 22 avril 2026
Par: Julie Luong
4 min
Photo: ©AdobeStock// Parce que le vapotage est un comportement relativement récent, l'évaluation du risque sanitaire demeure en réalité très difficile.
Aujourd’hui, en Belgique, environ 6 % des adultes — très majoritairement des anciens fumeurs — vapotent, selon la dernière enquête santé de Sciensano (2023-2024) En quelques années, la cigarette électronique s’est en effet imposée dans l’arsenal du sevrage tabagique. Mais que sait-on réellement des risques pour la santé ? Pour le savoir, les experts de l’Anses ont analysé quelque 3.000 articles et rapports scientifiques afin de proposer une synthèse des connaissances actuelles.
Il en ressort premièrement que les e-liquides contenant de la nicotine ont tendance à augmenter la pression artérielle. "La nicotine augmente la fréquence cardiaque et la tension, donc c’est tout à fait normal qu’on retrouve ces effets avec la cigarette électronique", commente Adrien Meunier, tabacologue au Centre d’aide aux fumeurs (CAF) du CHR de la Citadelle à Liège et membre du comité scientifique du Fares (Fonds des affections respiratoires). Ces modifications sont toutefois réversibles et, à ce jour, aucun lien n’a pu être établi entre l’usage de la cigarette électronique et l’hypertension, les coronaropathies ou les accidents vasculaires. Le rapport de l’Anses évoque aussi un risque augmenté de bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO) et d’inflammations pulmonaires. "Mais il reste cependant très difficile d’établir un lien de causalité entre l’usage de la cigarette électronique et la survenue d’une BPCO puisque 98 % des vapoteurs sont d’anciens fumeurs", nuance Adrien Meunier. Par ailleurs, les durées d’exposition aux émissions de cigarette électronique rapportées dans les études analysées sont inférieures à cinq ans, alors que la BPCO apparaît généralement au-delà d’une décennie minimum d’exposition tabagique : la maladie pourrait donc être davantage liée aux antécédents de tabagisme qu’au vapotage.
Enfin, le rapport fait état de possibles modifications biologiques "compatibles avec les premières étapes de la cancérogenèse", mais ne conclut pas pour autant à un effet cancérogène de la cigarette électronique. "Le développement d’un cancer est un processus souvent long, progressif, et multifactoriel, rappelle Adrien Meunier. Or les données actuelles obtenues chez l’humain sont issues d’études menées sur des durées d’exposition limitées."
"En conclusion, poursuit le tabacologue, les effets du tabac fumé sont graves, avérés et documentés, puisqu’il favorise de manière certaine certains cancers et la BPCO, tandis que les études disponibles montrent qu’il est possible – mais pas sûr du tout – que le vapotage entraîne des effets sur le cœur et la respiration. Dans tous les cas, ses effets seraient bien moins graves que ceux entraînés par le tabac."
Parce que le vapotage est un comportement relativement récent (les premières cigarettes sont apparues il y a 15 ans), l'évaluation du risque sanitaire demeure en réalité très difficile. Le principe de précaution doit s'appliquer pour les femmes enceintes et pour les non-fumeurs, en particulier les ados.
En effet, selon l’Anses, un tiers des vapoteurs de 13 à 17 ans n’ont jamais fumé et ont directement commencé la vape, signe d’une banalisation notamment portée par l’attrait des multiples arômes (fraise, chewing-gum, menthe...). Pourtant, on le sait : la dépendance à la nicotine s’installe dès 3 à 6 mois d’usage quotidien. En Belgique, le ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke a ainsi récemment proposé l’interdiction des arômes dans les cigarettes électroniques, à l’exception de l’arôme de tabac. Aux Pays-Bas, une telle mesure a permis de réduire significativement le vapotage chez les jeunes. En revanche, comme le conclut le rapport de l’Anses, la cigarette électronique reste utile dans l’arrêt tabagique, sous certaines conditions. "L’idéal est de se faire accompagner par un professionnel en utilisant à la fois les patchs, les comprimés et éventuellement la cigarette électronique quand l’envie de fumer est trop forte. Et de l’utiliser le moins longtemps possible, du moins quand le risque de rechute s’éloigne", conclut Adrien Meunier.