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Inclusion

Grimper sans voir : quand la confiance mène au sommet

L’escalade adaptée ouvre aux personnes malvoyantes les portes d'une discipline à la fois stimulante et sûre. En Marche a rencontré ces sportifs à Nivelles et à Liège.

Publié le: 16 décembre 2025

Mis à jour le: 29 décembre 2025

Par: Sandrine Cosentino

3 min

Tristan, malvoyant et malentendant, progresse sur la paroi grâce à un dispositif audio adapté qui le relie à son coach resté en bas.

Photo: ©S.Cosentino / Tristan, malvoyant et malentendant, progresse sur la paroi grâce à un dispositif audio adapté qui le relie à son coach resté en bas.

Prises multicolores, tracés de voies qui s'entrecroisent dans une salle d'escalade aux murs imposants… Pas évident de s'y retrouver, quand on est malvoyant et que rien n'y est vraiment pensé pour vous.

Pourtant, à quatre mètres du sol, Selma se tient immobile, les bras tendus vers deux prises et le bassin proche de la paroi. La pointe de son pied droit repose fermement sur un petit rebord, tandis que sa jambe gauche est fléchie et appuyée sur un support légèrement en hauteur. Elle travaille son équilibre en écoutant, via un casque Bluetooth à conduction osseuse, les instructions de l'ergothérapeute restée en bas. "Ma déficience visuelle m'oblige à miser sur l'endurance et la force des bras car je grimpe plus lentement. Pour suivre le tracé d'une voie de couleur, j'ai besoin d'attendre les instructions de mon binôme."

Ma voix te guide sur la voie

Quelques salles en Belgique commencent à proposer des aménagements inclusifs pour les personnes malvoyantes et aveugles. Le Top Rock, à Liège, où nous avons rencontré Selma, dispose de deux casques connectés pour faciliter la communication entre grimpeur et assureur. Sans cette technologie, les voix se perdent au fur et à mesure de l'ascension.

Quand Tristan a débarqué à la salle Maniak de Nivelles, il y a 12 ans, rien n’était prévu pour l'accueillir. Son coach, David, a alors décidé de se former au handisport pour adapter l’entrainement. "Nous avons testé plusieurs formules avec des téléphones portables ou des talkies-walkies. Mais l'utilisation d'un casque Bluetooth, initialement conçu pour communiquer entre motards, a été une révolution pour le confort de l'apprentissage", se félicite Damien Dusart, responsable de l’école Maniak. Grâce à la Fondation Roi Baudouin, l’école dispose désormais de deux paires de casques dans trois salles Maniak, à Nivelles, Bruxelles et Braine l'Alleud. "Grimper, c'est sentir les prises. Ça aide de voir mais ce n'est pas indispensable", confirme Tristan qui teste aussi les compétitions.

Pas seulement de la grimpette

Maurice a toujours eu besoin de bouger et lorsque sa vue a brutalement baissé à ses 20 ans, il n'a pas renoncé à ses activités sportives. À Nivelles, il apprécie particulièrement l'ambiance détendue. "La pratique demande un équilibre entre force et stratégie, endurance et souplesse. Nous ne sommes pas dans la concurrence mais dans l'entraide", affectionne-t-il.

Guillaume Schwoehrer et Émilie Ody, tous deux ergothérapeutes pour l'asbl La Lumière de Liège, proposent un entrainement chaque semaine à la salle Top Rock. "L'escalade aide à mieux sentir son corps, à oser prendre des initiatives et à regagner confiance, assure Guillaume, lui-même grimpeur amateur. Cette activité régulière pousse également les participants à s'organiser pour accéder à la salle et à gagner en autonomie, c'est tout aussi important !".

Aménagements et sécurité

À Liège, en plus des casques connectés, une maquette 3D permet de repérer les voies au toucher. La salle peinte en noir et blanc améliore le contraste entre les murs et les prises. L'asbl La Lumière met aussi à disposition des baudriers tricolores pour distinguer plus facilement l'anneau central, les sangles enserrant la taille et celles utilisées pour le haut des cuisses. Et les ergothérapeutes insistent régulièrement sur la maitrise des noeuds pour la sécurité de tous.

Maurice, quant à lui, arbore fièrement à chaque entrainement à Nivelles une création personnelle : un t-shirt "low vision", qui permet aux personnes malvoyantes et aveugles d'être identifiées.

En s'aidant de la technologie et d'un peu d'inventivité pour dépasser les obstacles liés à leur handicap visuel (allant d'une diminution légère de la vue à une absence totale de vision), Selma, Maurice, Tristan et d'autres handi-sportifs ont enfin la possibilité de pratiquer une activité longtemps perçue comme inaccessible aux personnes malvoyantes.

Plus d'infos

Contactez le club Maniak : maniak.club

Contactez l'asbl La Lumière : lalumiere.be