Pédaler, chacun à son rythme
Tous en selle ! L'asbl Cheveux au vent propose des promenades gratuites sur des vélos adaptés pour redonner de la mobilité à des personnes n'ayant plus les capacités de rouler seules. Reportage.
Publié le: 15 juillet 2026
Par: Sandrine Cosentino
6 min
Photo: ©Alison Depienne - Avec l’asbl Cheveux au vent, les personnes à mobilité réduite retrouvent les sensations du vélo grâce à des modèles adaptés.
José aperçoit un engin étrange à 3 roues, conduit par Hervé, équipé d'une banquette avant pour un ou deux passagers. Il hésite. Malgré les encouragements des bénévoles, il refuse de s'y asseoir et retourne se réfugier dans la camionnette.
Nous sommes un mercredi après-midi ensoleillé, à Arlon. L'équipe de Cheveux au vent organise des promenades sur des vélos adaptés pour des personnes fragilisées par l'âge, le handicap ou la maladie. Les bénévoles accueillent aujourd'hui trois résidents
et un éducateur de Point d'eau, un service résidentiel pour adultes en situation de handicap.
Après un temps de négociation avec l'éducateur, José consent finalement à s'installer sur ce vélo aux allures de rickshaw, en tenant fermement la main de Donatien. À quelques mètres de là, Caroline est installée sur le Véloplus, un modèle adapté pour transporter une personne en chaise roulante à l'avant. Elle ne s'exprime pas verbalement mais attend patiemment la suite des évènements.
En face de Caroline, un duo se forme. Florence, bénévole depuis des années, et Jonathan s'installent côte à côte sur un genre de cuistax repensé pour pédaler chacun à son propre rythme. Elle aux commandes, lui en copilote.
Adapté à toutes les situations
Selon le modèle choisi, les participants se laissent porter — sur un rickshaw — ou pédalent eux-mêmes, sur un cuistax adapté ou un vélo avec un copilote semi-couché. Les pédaliers indépendants permettent à chacun de doser ses efforts. De quoi satisfaire aussi bien les copilotes sportifs que les amateurs d'une activité plus douce.
"Je ne voulais pas juste conduire des passagers, je souhaitais également qu'en fonction de leurs aptitudes, les copilotes puissent prendre une part active dans le déplacement", révèle Xavier, cycliste passionné et co-fondateur de l'association en 2021.
Dons de soi
"J'aime accompagner les groupes. En voyant la joie sur leur visage, je suis heureuse à mon tour, assure Karin, bénévole pédalant également aux côtés des adultes de Point d'eau. Nous recevons autant de bonheur que nous en donnons."
Hervé a rejoint l'association récemment en tant que pilote. Cycliste amateur, il a croisé les chasubles oranges de Cheveux au vent dans la région. Peu familier du monde du handicap, il y découvre depuis une richesse d'échanges inattendue.
L'association compte une cinquantaine de bénévoles et propose environ 200 sorties par mois. Gratuites pour les participants, ces rencontres reposent entièrement sur l'engagement de volontaires et les dons, qui financent le fonctionnement et l'achat du matériel. La Fondation MC, qui soutient des projets citoyens et innovants, a d'ailleurs profité de cette sortie à Arlon pour remettre à l'équipe son premier chèque de 5.000 €.
En savoir plus sur d'autres initiatives du même genre
À vélo sans âge Belgique
photo: ©Alison Depienne - Florence, bénévole depuis des années pour Cheveux au vent, et Jonathan, résident de l’asbl Point d’eau, forment un duo sur un cuistax repensé pour pédaler chacun à son propre rythme.
Une bouffée d'oxygène
Pendant la promenade, un sentiment de bien-être s'installe peu à peu. José, d'abord réticent à participer, a lâché les mains de son éducateur et applaudit avec enthousiasme.
À l'avant du peloton, Caroline savoure elle aussi cette bouffée d'oxygène sur l'itinéraire ombragé du Ravel. Elle éclate de rire à chaque secousse de la route cabossée.
La bécane du duo Jonathan-Florence file maintenant à vive allure. Ce n'était pas gagné car en début de parcours, Jonathan pédalait à l'envers... Grâce à la patience de Florence, il est détendu et actionne la sonnette avec enthousiasme.
Tisser de nouveaux liens
Cheveux au vent propose aussi des sorties dans les maisons de repos. Les résidents et résidentes attendent souvent leur visite avec impatience. À la Résidence de la Knippchen d'Arlon, les visages des octogénaires s'éclairent lorsqu'on évoque l'association. "J'avais un sentiment de liberté en pédalant", sourit Arlette. "Je me sentais en confiance", ajoute Chantal. "J'étais ravie de passer dans la rue de mon enfance, se souvient Marie-Louise. Le quartier a beaucoup changé !"
Au-delà des coups de pédales, ces sorties sont aussi l’occasion de partager des souvenirs émouvants. Aujourd'hui très impliquée dans l'organisation comme volontaire, Karin évoque son premier contact avec Cheveux au vent, il y a trois ans. Elle souhaitait offrir à son père, alors en fin de vie, une promenade ressourçante. Installée aux commandes d'un rickshaw, elle a savouré ce moment de joie partagée avec ses parents. "Ce souvenir heureux est une des dernières images que je garde de mon papa", confie-t-elle.
Remettre les pieds sur les pédales
Dans la famille d'Antoine aussi, cette initiative représente bien plus qu'une escapade. En 2022, à 15 ans, Antoine commence à perdre l'équilibre. Spasmes, tremblements, perte progressive de mobilité dans les jambes et les bras : les symptômes s'accumulent. Le diagnostic tombe l'année suivante : une maladie métabolique affecte sa motricité.
Lorsqu'il entre en dernière année de secondaire, Antoine refuse d'être dispensé de l'examen final de sport, un triathlon. Avec son amie Célestine, il choisit de relever ce défi sur un tandem Strada adapté à son handicap.
Devant, en position semi-couché, Antoine retrouve des sensations qu'il pensait avoir perdues, sans avoir à gérer l'équilibre, les bordures et la conduite. "Ce n'est pas simplement du transport, je suis actif, confie-t-il. Cela me permet de me vider la tête et de
me sentir comme les autres."
Depuis, Antoine a retrouvé le Strada pour participer au Beau vélo de Ravel aux côtés de son papa. La maladie lui a pris son équilibre mais pas sa détermination.
Retour à Arlon où l'après-midi touche à sa fin. C'est le moment de ranger les vélos dans le garage. Une jeune femme interpelle une bénévole. "Est-ce possible d'organiser une sortie avec une personne malvoyante ?", s'enquiert-elle. Évidemment ! À peine une sortie terminée qu'une autre se profile déjà. Cela promet à Cheveux au vent encore bien des tours de roue.
Une aide financière de la Fondation MC, mais pas seulement
La Fondation MC est une fondation d'utilité publique reconnue par le SPF Justice depuis 2021. Sa mission : accompagner des projets citoyens et associatifs pour améliorer la santé et le bien-être, via un soutien financier et de la visibilité.
La Fondation MC finance des initiatives autour de plusieurs enjeux de société : perte d’autonomie, santé mentale, lien social, environnement ou encore accès aux soins.
Créée par la MC mais indépendante dans son fonctionnement, la Fondation MC finance des projets qui améliorent la santé et le bien-être. Elle n'exerce pas les missions d’assureur social de la MC mais vient en complément de son rôle d'acteur social. Elle est alimentée par des dons privés et ne reçoit pas de financement provenant des cotisations des affiliés ni de subsides publics. Elle travaille avec la Fondation Roi Baudouin pour la gestion de ses projets.
La Fondation MC a déjà soutenu financièrement plusieurs projets, dont l'asbl Cheveux au vent.
Elle a aidé l'Univers de RAPH' : un réseau d'accompagnement des parents de personnes en situation de handicap. La plateforme My-RAPH' répertorie les services existants en Wallonie et à Bruxelles pour que les familles y trouvent facilement l'information.
Également bénéficiaire d'un financement, Anthélie - Au fil du jour est un habitat inclusif et solidaire destiné aux adultes en grande fragilité psychique. Il propose des logements de qualité, pensés pour favoriser l'autonomie et l'insertion des habitants.
En Belgique, tout don à partir de 40 € donne droit à une réduction d'impôt de 30 % du montant versé.