Soins de santé
Le séjour à l'hôpital et la rééducation après des brûlures graves sont particulièrement éprouvants pour les enfants. Les volontaires de l’association Pinocchio s'efforcent de rendre ce processus de guérison plus supportable.
Publié le: 24 novembre 2025
Par: Sandrine Cosentino
7 min
Photo: Aux thermes de Spa, Denis, kiné, aide Gabriel a retrouver de la mobilité dans sa main gauche à la suite d'une grave brûlure. ©Asbl Pinocchio
"Lors d'une fête de village organisée en mai 2024, un ami a allumé un brasero pour réchauffer les participants. Il ne s'est pas rendu compte qu'il y avait du pétrole à l'intérieur. D’un coup, j’ai vu du feu et une personne en flammes… Au début, je ne savais pas qui c’était. Puis j’ai compris que c’était mon fils de 5 ans", témoigne Pierre, le papa de Gabriel. Les blessures sont graves : brûlures au 3e degré sur les mains, l'abdomen et les cuisses, aux 1er et 2e degrés sur le visage. Pendant plusieurs jours, sa vie est en danger mais les médecins le sauvent. Après l'urgence, commence le long chemin vers la rééducation. "Notre vie est bouleversée depuis un an et demi, confie Pierre. Le frère de Gabriel, Sacha, 10 ans à l'époque, a été très impacté d'assister à cet accident. Et les traitements quotidiens de Gabriel nécessitent une planification rigoureuse."
Derrière chaque histoire comme celle de Gabriel, les besoins en accompagnement sont immenses. Pour y répondre, le personnel soignant de l’hôpital militaire crée l’asbl Pinocchio en 1997. À l'époque, rien n'était prévu pour accueillir des enfants dans cette unité de soins. L'association a aménagé une salle de jeux, acquis des jouets, des livres et des ordinateurs. Depuis, l’association a élargi son champ d’action et collabore aujourd'hui avec les six Centres de Brûlés en Belgique.
Hôpital militaire Reine Astrid à Bruxelles • 02 443 21 75
CHU du Sart-Tilman à Liège • 04 323 11 25
Grand hôpital de Charleroi à Gilly • 060 11 10 10
UZ Leuven • 016 33 22 11
ZAS Cadix à Anvers • 03 217 75 96
UZ Gent • 09 332 34 90
De nombreux incidents surviennent à cause d'accidents domestiques : liquide bouillant renversé (eau, café, huile…), contact avec un objet chaud (fer à repasser, chauffage…) ou en feu (casserole, poêle, barbecue…), inflammation de produits chimiques ou incendie. "Les plus touchés sont les enfants de 1 à 4 ans, rappelle Claude Parmentier, présidente de l'asbl Pinocchio et infirmière retraitée du Centre de Brûlés de Neder-Over-Heembeek. Ils représentent plus de la moitié des patients hospitalisés dans les centres spécialisés."
Les chances de survie dépendent de la surface corporelle brûlée, de la zone touchée, de la profondeur de la brûlure, de l'âge et de l'état de santé du blessé. Les brûlures ne sont pas toutes identiques. Celles du 1er et du 2e degré superficiel guérissent généralement sans laisser de cicatrice. En revanche, une brûlure au 2e degré profond endommage les vaisseaux sanguins et les terminaisons nerveuses. La cicatrisation entraîne souvent une marque visible. Quant aux brûlures au 3e degré, elles détruisent toutes les couches de la peau. Une greffe est alors indispensable et les cicatrices sont permanentes. Dans les cas les plus graves, l’amputation peut s’avérer nécessaire.
"La peau assure une protection contre les infections et régule la température et l'équilibre du liquide corporel, précise Claude Parmentier. Lorsqu'elle est touchée, c'est le fonctionnement de l'ensemble du corps qui est affecté." Après la phase aigüe de la brûlure, les cicatrices accaparent toute l'attention des soignants et des patients. "Il est très important que la peau soit en extension lors de la pose des pansements, insiste l'infirmière à la retraite. La peau prendra le chemin le plus court pour cicatriser donc si la main est pliée, elle perdra toute sa mobilité." Pierre en sait quelque chose : "Nous avons oublié une fois les attelles de Gabriel à l'école. Il n'a pas pu les porter pendant un weekend. Sa main gauche s'est recroquevillée et le kiné a mis une semaine pour la récupérer."
Près d'un an et demi après l'accident, Gabriel se rend encore tous les jours chez le kinésithérapeute. Une organisation millimétrée pour Pierre et Maurane, la maman de Gabriel, entre le travail et les autres enfants à s'occuper. Mais la rééducation ne se limite pas aux exercices : elle implique un suivi rigoureux pour éviter les séquelles invalidantes. Les vêtements compressifs ont pour fonction de réduire les démangeaisons et contrôler la formation du tissu cicatriciel. L’objectif est d’empêcher l’apparition de cicatrices épaisses, rouges et fermes dues à une production trop importante de ce tissu. "Gabriel porte un pantalon, un t-shirt et des gants compressifs 23h sur 24. Nous avons deux tenues complètes à 800 € chacune et nous devons les renouveler tous les trois mois."
Toujours dans l'idée d'assouplir la peau, l'asbl Pinocchio organise des cures thermales à Spa durant la période de cicatrisation, qui s’étend généralement sur deux ans après l’accident. "Deux semaines par an sont réservées aux plus jeunes accompagnés d'un parent. À partir de 7-8 ans, les enfants participent, sans la présence d'un proche, à un séjour estival", détaille Claude Parmentier. Chaque groupe est encadré par des soignants spécialisés dans le suivi des grands brûlés et des bénévoles de l’association. "Gabriel et moi avons profité deux fois de cette expérience. Sur place, il recevait des soins comme des bains carbogazeux et des massages sous rideau de pluie… J’ai constaté une amélioration de ses cicatrices. Mais le plus marquant, c’est l’impact psychologique : au début, il refusait de montrer ses lésions. À la fin de la semaine, il allait à la piscine sans se cacher. Rencontrer d’autres enfants confrontés aux mêmes défis lui a redonné confiance."
En septembre dernier, Gabriel a fait sa rentrée en 1re primaire à Arlon. Pour ses parents, comme pour tant d'autres familles, l'épreuve est de tenir sur le long terme : assurer un suivi médical et psychologique constant. Un accident grave bouleverse bien plus qu’un enfant, il impacte toute la famille — un aspect souvent négligé. "Aujourd'hui, Gabriel va mieux. Il rit, il joue au foot… Parfois, des adversaires se moquent de ses gants de contention colorés. Il ne répond pas et marque des buts. Pour l’instant, il gère bien, mais l’adolescence sera une nouvelle étape." Car après la brûlure, commence un autre combat : celui de la reconstruction, jour après jour.
Une catastrophe peut survenir en un instant. Les accidents domestiques sont les plus fréquents et parfois la malchance frappe… Pourtant, il est possible de rendre la maison plus sûre.
La qualité du logement joue aussi un rôle majeur dans la sécurité. L'asbl Pinocchio alerte sur les dangers du mal-logement. C'est un enjeu de société qui touche des milliers de familles. Plus il y a d’habitants dans un logement exigu, plus les risques d’accidents sont élevés. Les causes sont multiples : raccordements défectueux au gaz et à l’électricité, cheminées mal entretenues, absence de robinets thermostatiques et de détecteurs de fumée, mauvaise estimation du danger.
L’eau bouillante monte à 100°C, l’huile de friture à 200°C, un fer rougi à 800°C et une flamme à 1.200°C. La peau commence à brûler dès 52°C. Au contact d'un objet brûlant, elle peut donc monter localement à une température bien plus élevée que 100°C. Et même si le contact avec l’objet chaud est rompu, la chaleur emmagasinée par la peau reste présente et continue
à endommager les cellules. C’est pourquoi il faut la refroidir pour éviter que la brûlure ne s’aggrave.