Médecine

L'argent a bel et bien une odeur !

À l'aide de chiens policiers, une chercheuse de l'ULiège a démontré que les billets en euros possèdent une odeur bien à eux. Derrière le parfum discret de l’argent se cache un enjeu de santé : le développement de "nez électroniques" capables de détecter des maladies.

Publié le: 26 mars 2026

Mis à jour le: 03 avril 2026

Par: Julien Marteleur

3 min

un chien renifle un colis

Photo: ©AdobeStock// Qui a dit que l'argent n'avait pas d'odeur ? Certainement pas les chiens policiers spécialement entraînés à la détection des billets !

"Pecunia non olet" : l'argent n'a pas d'odeur. Cette célèbre locution, on la doit à l'empereur romain Vespasien pour justifier la mise en place d'une taxe sur… l'urine, utilisée par les teinturiers de l'époque pour dégraisser la laine. Mais si l'adage se révélait faux ? Pour le savoir, la chercheuse Lou Borgers (ULiège) a mis à l'épreuve des chiens policiers, spécialisés notamment dans la détection de billets de banque. "Les maîtres-chiens suspectaient que l'argent avait bien une odeur mais personne au monde n'avait pris la peine de le prouver jusqu'à présent", souligne le Pr François Verheggen, directeur du Laboratoire d’écologie chimique et comportementale de Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège) et co-directeur de la recherche.

Cocktail d’indices

La chercheuse a d'abord analysé les billets de toutes les coupures, de 5 à 200 euros. "Ils ont été placés pendant une à deux heures dans une bouteille en verre fermée, le temps que leurs odeurs imprègnent l’air. Ensuite, on a prélevé cet air à l’aide d'aspirateurs à odeur, qui capturent les molécules sur un petit filtre. Ce filtre a ensuite été analysé par chromatographie gazeuse, une technique permettant de séparer tous les composants présents dans l'air", détaille le Pr Verheggen. Résultat : chaque billet émet entre 50 et 100 molécules différentes. Lou Borgers a aussi étudié séparément les éléments qui composent un billet. Elle a montré que l’odeur provient surtout du papier et de certaines encres. C’est cette signature olfactive que les chiens policiers apprennent à reconnaître.

La seconde étape de l’étude consistait à vérifier la capacité des chiens à identifier cette signature. Une vingtaine de duos chien/maître ont participé à des tests dans lesquels un seul pot — parmi une douzaine ­­— contenait un billet. Les chiens devaient  les renifler et poser la truffe sur le "bon" récipient. Les résultats sont remarquables : seulement deux ou trois erreurs sur des centaines d’essais ! "Nous avons réalisé des tests avec des cocktails artificiels d’odeurs. Même lorsque certaines molécules sont remplacées, l’animal les identifie toujours au parfum du billet. Cela explique pourquoi le chien reste efficace : il ne s’appuie pas sur une molécule, mais sur un cocktail d’indices", avance le Pr Verheggen. 

Une médecine qui a du chien 

Cette logique du cocktail olfactif, clé de la détection canine, est utilisée dans un autre domaine en plein essor : les nez électroniques. Ces petits appareils, encore en cours de perfectionnement, reposent sur le même principe que le flair des chiens. Ils analysent des mélanges complexes de molécules dans l’air et tentent d’en reconnaître la signature spécifique. Aujourd’hui, les chercheurs souhaitent les utiliser pour détecter des maladies par l’haleine. Le corps humain émet en effet des centaines de composés volatils, dont certains changent en présence de certaines pathologies.

À terme, comprendre comment les chiens détectent l’argent pourrait aider à développer des nez électroniques suffisamment sensibles pour reconnaître le cancer du poumon dans le souffle, une infection virale dans l’air expiré, ou encore des désordres métaboliques par simple analyse d’haleine.

Dans un monde où l’on rêve de diagnostics rapides, non invasifs et accessibles, l’étude de Lou Borgers pourrait ouvrir une fenêtre sur la santé du futur, où l’humain saura enfin imiter — voire surpasser — le flair incomparable du meilleur ami de l'homme...