Votre opinion nous inspire ! Répondez à notre questionnaire "enmarche.be" en un clic.

Médecine

Santé : pourquoi les fake news nous trompent-elles ?

Les fausses informations sur la santé se sont multipliées depuis la pandémie de Covid-19. Flagrantes ou insidieuses, elles peuvent tous nous piéger. Parfois malgré nous.

Publié le: 27 mars 2026

Mis à jour le: 29 mars 2026

Par: Florence Marot

7 min

Un homme vérifie une information sur son téléphone

Photo: ©AdobeStock//Les fake news en santé exploitent nos inquiétudes et vulnérabilités au sujet de la douleur, la maladie, le vieillissement... 

Une cure détox censée purifier l’organisme, du curcuma pour prévenir la démence, un jeûne pour guérir le cancer… Les fausses informations en santé prolifèrent sur les réseaux sociaux. TikTok, Facebook, X, Instagram, YouTube : aucune plateforme n’y échappe. Ces dernières années, la santé est devenue l’un des principaux thèmes de désinformation en ligne, selon une étude réalisée par l’organisation de fact-checking Science Feedback. Comment expliquer ce phénomène ? Et surtout, pourquoi risque-t-on de tomber dans le panneau ?

Quand l’abondance crée la confusion

Les fausses informations en santé n’ont rien de nouveau. De la peste à la grippe espagnole, en passant par le VIH ou le Covid-19, chaque crise sanitaire a charrié son lot de rumeurs et de théories alternatives. Ces récits prospèrent dans des périodes d’incertitude car ils apportent des réponses simples à des situations complexes. 

Avec les réseaux sociaux, ils circulent encore plus vite. La pandémie de Covid-19 a marqué un tournant à cet égard : jamais auparavant les rumeurs ne s’étaient diffusées aussi rapidement, brouillant les pistes entre informations fiables et contenus trompeurs. Pour qualifier cette surabondance d’informations, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a créé le terme "infodémie". "Aujourd’hui, les réseaux sociaux nous donnent un accès permanent à des informations courtes, simples et attractives, souvent plus percutantes que les messages plus nuancés d’experts", souligne Stephan Van den Broucke, professeur en psychologie de la santé publique à l’UCLouvain. Dans ce flux continu, les intox en santé "peuvent apparaître sans que nous les recherchions activement".

Des vertus exagérées de certains super-aliments aux dangers supposés des vaccins à ARN messager, en passant par des promesses infondées de traitements "naturels" contre le cancer, les fake news en santé brassent large. Pour y être exposé, il suffit d’avoir déjà cliqué sur une publication douteuse. Les algorithmes — qui déterminent ce que nous voyons sur les réseaux sociaux — nous proposent alors des contenus similaires. Souvent, ils mettent en avant ceux qui provoquent les émotions les plus fortes : angoisse, colère, indignation, surprise... Ces publications suscitent davantage de réactions (likes, commentaires, partages), ce qui augmente encore leur visibilité. Peu importe qu'elles soient fausses sur le plan scientifique !

Piégés par notre cerveau

Comment expliquer qu’on puisse tomber dans le piège ? Les algorithmes n’expliquent pas tout. Des recherches en psychologie montrent que nous pouvons tous être tentés d’y croire. En cause : nos biais cognitifs. Par exemple, la répétition de certains contenus les rend plus familiers et donc plus crédibles à nos yeux, malgré l’absence de preuves scientifiques. C’est ce que les chercheurs appellent "l’illusion de vérité". 

Dans une situation perçue comme anxiogène, notre cerveau préfère aussi une explication simple et concrète à une analyse nuancée. Les fake news en santé jouent sur ce terrain : elles exploitent nos inquiétudes et vulnérabilités au sujet de la douleur, la maladie, le vieillissement... Vous souffrez de problèmes digestifs ou cardiaques ? Elles proposent des réponses immédiates et rassurantes : un aliment "miracle" pour nettoyer vos artères, un complément alimentaire, voire une "astuce naturelle" que "l’industrie pharmaceutique vous cache". 

Si l’on nourrit déjà une certaine méfiance à l’égard des instances sanitaires, ce type de discours a plus de chance de fonctionner. En cause, un autre ressort psychologique bien connu : le biais de confirmation. "Nous avons tous tendance à accorder davantage de crédit aux informations qui confortent nos croyances, qu’elles soient fondées ou non", rappelle Stephan Van den Broucke. En d’autres termes, notre cerveau fait le tri et ne garde que ce qui confirme nos convictions. D’autres facteurs interviennent encore, comme le sentiment de découvrir une "vérité cachée". Pendant la pandémie, des publications ont ainsi affirmé que la vitamine D pouvait guérir le Covid-19, ce qui n’est pas prouvé scientifiquement (sans compter les risques en cas de surdosage). Beaucoup de gens ont partagé la rumeur de bonne foi, pensant alerter leurs proches. 

L’effet de notoriété

Si certaines intox s’éteignent d’elles-mêmes, d’autres, en revanche, peuvent imprégner durablement le débat public. C’est notamment le cas lorsqu’elles sont reprises par des célébrités, des responsables politiques ou même des scientifiques. Leur notoriété agit comme un amplificateur et leur donne une crédibilité apparente. Même lorsque ces personnalités s’expriment sur des sujets qui dépassent leur champ de compétence. Il arrive ainsi que des chercheurs prennent position sur des thèmes qu’ils ne maîtrisent pas, contribuant à diffuser des informations erronées. De même, des responsables politiques peuvent relayer des informations approximatives à des fins idéologiques ou électoralistes. 

Aux États-Unis, la résurgence de la rougeole offre un exemple frappant. L’actuel ministre de la Santé, Robert F. Kennedy Jr., entretient le doute depuis des années sur un lien présumé entre autisme et vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole). Pourtant, de très nombreuses études menées à travers le monde, portant sur des millions d’enfants, ont formellement réfuté cette hypothèse. En dépit du consensus scientifique, ce discours continue d’alimenter la défiance envers la vaccination. L’an dernier, les États-Unis ont enregistré leur plus forte épidémie de rougeole depuis trente ans...

Renforcer l’éducation au doute

Qu’elles soient relayées de bonne foi ou délibérément, les informations erronées en santé sont dangereuses : elles peuvent pousser certains patients à retarder ou interrompre un traitement, affaiblir les politiques de santé publique et alimenter la méfiance envers la science et les institutions sanitaires. 

Renforcer l’éducation au doute et à l’esprit critique est essentiel pour y faire face, plaident de nombreux experts. Pour Stephan Van den Broucke, "cela passe par le développement des compétences numériques et de la littératie en santé", c’est-à-dire la capacité de comprendre les informations médicales et la manière dont elles sont produites et diffusées en ligne. "Cette responsabilité ne peut toutefois pas reposer uniquement sur les individus. L’effort doit être collectif et impliquer les systèmes éducatifs et de santé, les plateformes numériques et les autorités publiques", conclut-il.