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Prévention

Neuf conseils pour déjouer les fake news en santé

Pas toujours simple de démêler le vrai du faux sur les réseaux sociaux. Quelques bons réflexes permettent de limiter les erreurs. 

Publié le: 27 mars 2026

Mis à jour le: 25 mars 2026

Par: Florence Marot

6 min

Une femme se concentre devant son ordinateur

Photo : ©AdobeStock //Beaucoup de fake news reposent sur des études scientifiques sorties de leur contexte, mal interprétées ou de faible qualité.

    Si l’on peut croire à une fake news, ce n’est pas par manque d’intelligence. Cela s’explique plutôt par nos émotions, certains mécanismes psychologiques et la logique des algorithmes, qui ensemble influencent la manière dont nous percevons l’information. Comprendre comment les réseaux sociaux sélectionnent les contenus que nous voyons, et reconnaître nos propres biais cognitifs constitue déjà un premier rempart contre la désinformation.  

    Lorsqu’un contenu vous paraît suspect, vérifiez d’où il vient : la source est-elle identifiable ? S’agit-il d’un média sérieux, d’une institution officielle, d’un professionnel de santé qualifié ? Si l’information provient d’un influenceur ou vous a été partagée par un proche, cite-t-il ses sources ? Si oui, prenez quelques minutes pour faire des recherches en ligne et en évaluer la crédibilité. Si l’origine est floue, imprécise ou inexistante, méfiez-vous. 

    La forme du message peut aussi donner des indices. Une publication truffée de fautes d’orthographe ou de points d’exclamation, une vidéo au ton alarmiste ou vantant des promesses extraordinaires doivent vous alerter. Traitement "révolutionnaire", solution "naturelle", "révélation" présumée… Ces formulations cherchent à susciter une réaction émotionnelle, au détriment de votre raisonnement. Souvent, l’objectif est simple : générer des clics et engranger des ventes ou des revenus publicitaires.  

    Dans le domaine de la santé, il est crucial de s’interroger sur la légitimité de la personne qui s’exprime : est-elle réellement spécialiste du sujet ? "Pendant la pandémie, certains chercheurs ou professionnels de santé ont commenté des sujets qu’ils n’avaient jamais étudiés, un peu comme si un sociologue ou un chirurgien se présentaient comme experts en vaccination", illustre Nicolas Dauby, infectiologue au CHU Saint-Pierre, connu pour son engagement contre les fake news. Or, l’expertise scientifique se vérifie : on peut consulter la liste des publications d’un chercheur via des sites web comme Google Scholar ou ResearchGate pour voir s’il travaille réellement sur le sujet dont il parle. 

    Certaines fake news émanent de personnes qui se présentent comme scientifiques et comptent des centaines de milliers d’abonnés. "Méfiez-vous lorsque ces profils adoptent des positions 'à contre-courant, prévient Nicolas Dauby. Derrière leur prise de position, il y a souvent une recherche de notoriété ou un intérêt commercial : un livre à promouvoir, des vidéos monétisées sur YouTube, des produits ou des traitements alternatifs à vendre. Certains en font leur business."  

    Beaucoup de fake news reposent sur des études scientifiques sorties de leur contexte, mal interprétées ou de faible qualité. Ne vous arrêtez jamais au titre ou au résumé partagé en ligne. "Regardez dans quelle revue l’étude a été publiée, vérifiez si elle a été évaluée par des pairs et si elle est relayée par des sources fiables", conseille Nicolas Dauby. 

    Les grandes revues scientifiques internationales, comme Nature, The Lancet ou The New England Journal of Medicine, appliquent un système de relecture par les pairs :des experts indépendants, spécialistes du domaine étudié, analysent la méthodologie et les résultats avant publication. Ce processus ne garantit pas l’infaillibilité, mais il renforce la solidité des résultats. À l’inverse, une étude publiée en pré-publication (préprint) n’a pas encore été relue.  

    Pendant la pandémie de Covid-19, les plateformes de préprints (comme medRxiv, dédiée à la recherche médicale) ont permis d’accélérer le partage des résultats scientifiques. Cependant, certaines études, non encore relues, ont été relayées dans les médias et sur les réseaux sociaux, alors qu’elles pouvaient contenir des biais, des erreurs ou des conclusions provisoires. 

    Autre point essentiel : une étude isolée ne prouve rien en tant que telle. Pour obtenir des résultats scientifiquement robustes, il faut qu’une série d’études rigoureuses confirme les mêmes conclusions. Lorsque de nombreuses recherches convergent et qu’une large majorité de spécialistes s’accordent, on parle de consensus scientifique. Par exemple, il existe aujourd’hui un consensus solide selon lequel le VIH est à l’origine du sida, même si cela reste parfois contesté dans certains groupes religieux ou conspirationnistes. 

    Attention également à ne pas confondre association et corrélation. Ce n’est pas parce qu’une étude observe un lien entre deux phénomènes que l’un provoque l’autre. Ainsi, une étude peut montrer que les personnes qui prennent des vitamines vivent plus longtemps sans que les vitamines en soient la cause : ces personnes ont peut-être simplement un mode de vie plus sain. Établir une relation de cause à effet nécessite de nombreuses recherches sur le long terme.  

    Une règle d’or, en santé comme ailleurs : croisez vos sources. Vérifiez si plusieurs médias sérieux, institutions de santé reconnues ou organismes scientifiques confirment ce que vous avez lu. Si une information circule uniquement sur les réseaux sociaux ou sur des blogs peu crédibles, c’est probablement qu’elle est fausse ou qu’il ne s’agit pour l’instant que d’une hypothèse sans consensus scientifique. 

    Enfin, pour tout ce qui concerne votre santé, mieux vaut toujours consulter un professionnel de santé qui pourra vous conseiller en fonction de votre situation individuelle. "En particulier, méfiez-vous aussi des traitements coûteux vantés comme des solutions rapides, conclut Nicolas Dauby. Avant d’investir, ou commencer quoi que ce soit, demandez toujours l’avis d’un ou deux professionnels de santé."