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Prévention

Mémoire : entraîner son cerveau à tout âge

Le cerveau n’est pas un muscle, mais la mémoire, elle, s’entraîne — qu’il s’agisse d’apprendre une table de multiplication en inventant une histoire ou de lutter contre les effets du vieillissement.

Publié le: 25 mars 2026

Mis à jour le: 07 avril 2026

Par: Clotilde de Gastines

5 min

Des personnes jouent aux cartes

Photo: Photo: ©AdobeStock// Les jeux de société permettent de s’inscrire dans une dynamique d’apprentissage collective et enthousiasmante.

Le 9 monte l’échelle du plongeoir en forme de 7, en plongeant la tête la première dans le bassin, il se retourne pour devenir un 6, mais il s’est cogné et une bosse en forme de 3 lui pousse sur la tête. Par conséquent 9 multiplié par 7 est égal à 63. Bien loin des tables de multiplication récitées en chœur machinalement, qui peut en marquer certains, cette histoire imagée et ludique va mieux s’ancrer chez d'autres.

Nos systèmes mnésiques

Plusieurs régions cérébrales sont impliquées dans la création et la consolidation des souvenirs. L’hippocampe joue le rôle d’aiguilleur : il transmet les informations au cortex-préfrontal, siège de la mémoire de travail — autrement appelée "de court-terme". C’est le circuit habituel. En cas de choc ou d’événement traumatique, l’amygdale va faire disjoncter le circuit cérébral et la mémoire traumatique se stockera de manière anarchique dans l’hippocampe.

Les capacités de mémorisation se développent dès l’enfance, elles prennent des formes différentes pour constituer des réseaux de mémoires qui se superposent. La mémoire sémantique : les mots, les lieux, les gestes, les concepts, s’enrichit continuellement grâce à l’expérience, l’éducation et les interactions sociales. En parallèle, se développe la mémoire implicite. Encodée dans le cervelet, elle anime les gestes du quotidien de manière automatique : porter la cuillère à la bouche, enfiler son t-shirt, faire du vélo. Elle est particulièrement résistante, même en cas de déclin cognitif ou de démence.

Vers 7 ans apparaît la mémoire épisodique, qu’on peut qualifier de "biographique", soit la capacité à se souvenir d’événements personnels : un repas entre amis, un voyage, un examen. Elle évolue au cours de la vie, peut être influencée par les émotions et est particulièrement sensible à l’oubli ou à la déformation. 

Donner de l’"effet de profondeur"

Le cerveau retient mieux ce qu’il comprend. Chacun a sa méthode de prédilection pour encoder une information : par exemple, combiner verbal et visuel (cartes mentales, schémas, histoires). Et ces moyens mnémotechniques ont fait leurs preuves : la mémorisation fonctionne très bien quand elle se fait par association. Ainsi plus une information peut se raccrocher à des connaissances anciennes, plus la trace mnésique sera solide. Et deux traces combinées valent mieux qu’une pour rendre le souvenir plus résistant.

Utilisée depuis la Grèce antique, la technique du palais mental consiste à imaginer une série de mot aléatoire dans une pièce de sa maison : chat près de la cheminée, valise au grenier, chapeau à l’entrée. Revisiter l’espace intérieur permet de reconvoquer l’information plus facilement.

"La formation de la mémoire fonctionne selon un système rapide et plastique, mais pour conserver ces souvenirs, ils doivent être transmis à d'autres systèmes plus lents et plus durables ", explique Mickaël Laisney, neuroscientifique français dans le podcast Comment fonctionne votre mémoire diffusé par France Culture.

Et pour cela, rien de tel que l’implication personnelle. Nous retenons aussi mieux ce qui nous concerne. "Lorsque les mots font référence à soi, davantage de régions cérébrales s’activent, notamment le cortex préfrontal médian, lié à l’identité", précise le chercheur. On mémorise aussi plus aisément ce que l’on expérimente dans le réel, car l’engagement moteur renforce la trace.

L’utilisation fréquente de l’IA sape nos capacités cognitives

Avec la montée en puissance de l’utilisation de l’intelligence artificielle, certains n’imaginent plus écrire un email sans passer par ChatGPT ou CoPilot. En décembre dernier, une étude du MIT Media Lab, largement médiatisée, a suggéré que le recours à l’IA pouvait réduire l’activité cérébrale et les capacités de mémorisation active des utilisateurs. Les chercheurs évoquent le risque de contracter une "dette cognitive", si on prend trop l’habitude de déléguer son raisonnement et la structuration de sa pensée à la machine.  

Cependant, comme le soulignent d’autres experts interrogés dans le podcast : "Est-ce que l’IA nous rend idiots ?" du Guardian, cette baisse d’activité ne signifie pas une perte irréversible de mémoire. Elle traduit surtout une diminution de l’effort de traitement, et donc un encodage plus superficiel si l’utilisateur adopte une posture passive. En revanche, si l’utilisateur discute, critique, reformule ou restructure la production de l’IA, la consolidation mnésique a bien lieu.

Au cours de la journée notre cerveau mobilise plusieurs systèmes mnésiques simultanément. La mémoire du geste est la plus robuste et résiste longtemps, y compris en cas de démence.