Soins de santé
À l’ULB, des ingénieurs travaillent à la conception d'EcoEndo, un appareil d’endoscopie écoresponsable. Une piste concrète pour réduire l’utilisation massive de matériel à usage unique à l’hôpital.
Publié le: 21 novembre 2025
Par: Valentine De Muylder
3 min
Photo : ©AdobeStock
Imaginez un tube flexible, équipé d’un côté d’une manette et de l’autre d’une caméra ou de petit matériel chirurgical, que l’on introduit dans le corps par les voies naturelles : nez, bouche, anus, urètre... L’idée peut faire grimacer. Pourtant, d’un point de vue scientifique, l’endoscope est une petite merveille qui permet non seulement de poser des diagnostics, mais aussi d’opérer sans incision jusque dans les plus petits recoins de nos organes digestifs, ou encore de nos poumons.
Le problème, c’est que certaines de ces opérations nécessitent un matériel parfaitement stérile. Or l’extrémité et le tube des endoscopes sont difficiles à désinfecter. Résultat, comme l’explique Alain Delchambre, professeur à l’école polytechnique de Bruxelles (ULB) : on utilise de plus en plus d’endoscopes jetables, qui sont produits en grande quantité et se transforment rapidement en déchets. "C’est une catastrophe, tant du point de vue environnemental qu’économique."
Mais cette surconsommation n’est pas une fatalité. Et l’équipe du service d’ingénierie biomédicale BEAMS entend bien démontrer qu’il est possible de concilier écologie et sécurité des patients. Charlotte Deroubaix et Simon Den Haene, deux jeunes ingénieurs, nous présentent ainsi le prototype d’endoscope écoresponsable du projet EcoEndo (voir photo), sur lequel ils travaillent depuis des années, sous la supervision d’Alain Delchambre.
L’astuce ? Contrairement aux endoscopes classiques, qui fonctionnent avec un système de câbles et ne peuvent être démontés, ce nouveau dispositif est actionné grâce à de l’air comprimé : en augmentant la pression de l’air dans certains canaux qui parcourent le tube, on obtient une flexion ou une rotation de son extrémité. Avec pour avantages une manipulation plus fine, mais surtout une conception plus durable. La manette de commande peut désormais être détachée du tube, ce qui permet de ne remplacer que ce dernier en cas de besoin. La partie électronique, elle, reste réutilisable.
Et ce n’est pas tout. Soutenu par le SPF Santé publique dans le cadre du programme d’économie circulaire Belgium Builds Back Circular, le projet est mené en collaboration avec le centre d’innovation technologique Sirris. Ce qui permet de penser dès le départ la manière dont l’outil pourra être industrialisé, en tenant compte des enjeux environnementaux.
Les ingénieurs collaborent aussi avec des médecins de l’Hôpital universitaire de Bruxelles (HUB). "Nous partons toujours des besoins des médecins pour développer de nouvelles technologies", commente Alain Delchambre, qui rappelle que la Belgique a une longue tradition d’innovation dans le domaine de l’endoscopie thérapeutique. La Fondation Michel Cremer, qui soutient également le projet, porte d’ailleurs le nom d’un pionnier mondial de la chirurgie par les voies naturelles.
Une fois les prototypes terminés, le dispositif EcoEndo devra encore passer plusieurs étapes. Mais d’ici quelques années, il pourrait franchir les portes des hôpitaux… et les frontières.
C’est la part des émissions de gaz à effets de serre de notre pays imputée aux soins de santé, selon le rapport "Opération Zéro" publié début 2025 par le Plan d’action national Environnement-Santé. Un peu plus de la moitié (55 %) des émissions actuelles du secteur est attribuable aux hôpitaux. Il s’agit en grande partie d’émissions indirectes liées notamment aux produits pharmaceutiques (31 %) et à l’appareillage médical (14 %). Pour éviter que ces émissions ne continuent d’augmenter, comme c’est le cas actuellement, le rapport préconise entre autres l’allongement de la durée de vie de l’équipement et la réduction du matériel à usage unique.