Orthodontie de l’enfant : guide pratique pour les parents
Dents de travers, mâchoires mal positionnées, espace entre les incisives… Quand faut-il demander conseil à un spécialiste ? En Marche répond à ces questions avec Antoine Feye, dentiste spécialiste en orthodontie.
Publié le: 20 mars 2026
Par: Sandrine Cosentino
4 min
Photo: ©AdobeStock - Les corrections orthodontiques ne servent pas seulement à redresser les dents. Elles accompagnent aussi la croissance des mâchoires et préviennent des problèmes de mastication ou d'élocution.
Certains indices visibles au quotidien peuvent indiquer un besoin de correction :
- La respiration buccale : Si un enfant garde souvent la bouche ouverte (par exemple devant la télévision) au lieu de respirer par
le nez, c’est un signe majeur de dysfonctionnement. Cette façon de respirer entraîne une position basse de la langue, un palais
trop étroit, des troubles du sommeil (transpiration nocturne, agitation), une mauvaise croissance des mâchoires et, à terme, une mauvaise occlusion (emboitement) des dents du haut et du bas lors de la fermeture des mâchoires. - Les troubles du sommeil : Un enfant qui ronfle, transpire beaucoup de la tête la nuit ou fait des cauchemars fréquents peut souffrir d’apnées du sommeil liées à une mauvaise position des mâchoires ou de la langue.
- Le profil du visage : Un menton lui semble "inexistant" (mâchoire inférieure trop courte) ou, au contraire, un menton qui avance de manière proéminente.
- L'alignement dentaire : Des dents du bas qui disparaissent totalement derrière celles du haut lors de la fermeture de la bouche ou un décalage important entre les dents supérieures et inférieures.
Dès 3 ans, un dentiste peut donner un premier avis, notamment si l'enfant suce son pouce, utilise toujours une tétine ou respire par la bouche. Toutefois, le premier bilan orthodontique complet se fait généralement vers 6 ans. À cet âge, l'orthodontiste peut repérer des problèmes de croissance des mâchoires avant même que toutes les dents définitives ne soient sorties.
Les dents de lait servent de guides aux dents définitives et maintiennent l'espace nécessaire dans la mâchoire. Perdre une dent de lait prématurément (à cause d'une carie, par exemple) peut créer des complications orthodontiques futures (voir article "La santé à pleines dents").
La langue est le moteur de la croissance de la mâchoire supérieure. Si elle est mal positionnée (en bas de la bouche au lieu d'être contre le palais), la mâchoire ne se développe pas correctement. C'est pourquoi l'orthodontiste prescrit souvent de la rééducation fonctionnelle. Il s'agit d'exercices personnalisés, souvent réalisés avec un logopède ou un kinésithérapeute, pour réapprendre à l'enfant à bien respirer par le nez et à bien positionner sa langue. Sans cette rééducation, les dents risquent de reprendre leur mauvaise position après les soins.
Il faut idéalement supprimer la succion du puce ou de la tétine vers 3 ans, au plus tard avant 6 ans. Cette habitude peut créer une béance (absence de contacts entre les incisives lorsque les mâchoires sont fermées), déformer les dents et empêcher la langue d’adopter sa position naturelle dans le palais.
Ce phénomène, qui impressionne souvent les parents, peut arriver au niveau des incisives inférieures. Si la dent définitive sort alors que la dent de lait est encore en place, il ne faut pas paniquer. L'intervention est généralement simple : le dentiste extrait la dent de lait gênante, et la pression naturelle de la langue suffit bien souvent à repousser la dent définitive dans l’alignement correct.
Passé le pic de croissance, certaines anomalies – comme un décalage important des mâchoires ou une mâchoire supérieure trop peu développée - ne peuvent plus être corrigées sans recourir d'abord à la chirurgie.Quelles sont les conséquences à long terme de problèmes orthodontiques ?
Les problèmes orthodontiques peuvent entraîner des tensions au niveau des articulations temporo-mandibulaires, des maux de tête ou des tensions musculaires (même si le stress peut être un autre facteur important) et une pression excessive sur certaines dents. Ces problèmes aggravent les troubles de mastication et peuvent accentuer les tensions articulaires.
Les problèmes orthodontiques peuvent entraîner des tensions au niveau des articulations temporo-mandibulaires, des maux de tête ou des tensions musculaires (même si le stress peut être un autre facteur important) et une pression excessive sur certaines dents. Ces problèmes aggravent les troubles de mastication et peuvent accentuer les tensions articulaires.
Oui. Nos habitudes alimentaires jouent un rôle dans cette adaptation : avec une alimentation de plus en plus transformée et "molle", les muscles masticatoires sont moins sollicités, ce qui freine le développement naturel des mâchoires. De plus, la mise en communauté précoce des enfants (crèches) favorise les infections respiratoires à répétition. Un nez souvent bouché force l'enfant à respirer par la bouche, ce qui empêche la langue de jouer son rôle de "moteur" pour élargir le palais.
Il est important de discuter avec lui de la réalité des traitements. Les réseaux sociaux véhiculent des canons esthétiques souvent inaccessibles, voire anatomiquement impossibles, car chaque dentition a une forme unique. De plus, certaines images sont modifiées par des filtres. L'orthodontie a avant tout pour fonction de rétablir une fonction saine (mastication, respiration). Le "beau sourire" en est la conséquence naturelle, mais il doit rester propre à la morphologie de l'enfant.