Droits du patient
Toutes les ordures ne sont pas bonnes à jeter : certains déchets font renaître nos sols. Gros plan sur le compost, cette poubelle biologique faiseuse de miracles à cultiver individuellement ou collectivement.
Publié le: 26 mars 2026
Par: Soraya Soussi
6 min
Photo : ©AdobeStock // "Le compost, c’est transformer ce que l’on croyait inutile en ressource." Valérie Vierset, asbl Worms
Dans un coin de la cuisine, au fond du jardin ou au pied d'un immeuble, le compost, ce tas brunâtre, parfois fumant, grouille de petits êtres qui s'activent à redonner vie aux sols. Tantôt intriguant, parfois repoussant, le compost questionne notre rapport aux déchets, aux vivants et à l'environnement. Pas besoin d'avoir un jardin pour s'y mettre : composteurs de quartier ou solutions adaptées aux appartements, les formules ne manquent pas pour récupérer un précieux compost destiné aux plantes d'intérieur, à la terrasse ou au potager collectif du quartier.
"Le compost, c’est transformer ce que l’on croyait inutile en ressource", lance Valérie Vierset, coordinatrice générale de l’asbl Worms, l'association de référence en matière de compost et mandatée par Bruxelles Environnement pour l’accompagnement des composteurs citoyens. Épluchures, marc de café, feuilles mortes ou tontes de pelouse deviennent, sous l’action des micro-organismes et de toute une faune méconnue, un véritable engrais capable de faire (re)naître la vie.
En plus de nourrir les sols, le compost améliore leur structure, augmente leur capacité à retenir l’eau et stimule la vie biologique. Contrairement à ce que l'on croit, un compost sain sent bon. "Il dégage une odeur de humus. Un compost bien équilibré doit sentir le sous-bois", insiste Valérie Vierset. Cette odeur est le signe que la décomposition — dite aérobie car elle a besoin d’oxygène pour s'effectuer — se déroule correctement.
Valérie Vierset, asbl Worms
Composter commence dans la cuisine.
La première règle à suivre, c'est le tri. Pour un compost à utiliser chez soi, certains aliments sont déconseillés, même si tout ce qui est organique se composte. À éviter : les aliments cuits, les viandes et poissons, des os, des arêtes, des produits laitiers et tout ce qui relève de graisses de cuisine comme les huiles de cuisson ou le beurre. Ces composants risquent de ralentir le processus, de laisser de mauvaises odeurs et d'attirer les nuisibles. (NB: Vous pouvez jeter ces aliments cuits dans les sacs oranges à Bruxelles (obligatoire depuis mai 2023) et verts en Wallonie (obligatoire depuis 2025) qui servent au compost industriel).
"Il suffit de donner un petit coup de bêche ou de pelle pour amener de l'air dans le compost". Le compost a besoin d’oxygène pour monter en température, parfois jusqu’à 70, 80 degrés, ce qui accélère la transformation et limite certains risques sanitaires, comme le développement de bactéries, par exemple.
Trop d’eau et de sucre provoque des odeurs acides et attire les moucherons. Trop peu d'humidité ralentit la décomposition. Le compost doit rester comparable à une éponge essorée.
Tout au long du processus, il s'agit de trouver un équilibre entre les matières. Les déchets humides ou "verts", comme les épluchures, riches en eau et en azote, doivent être compensés avec des matières sèches ou "brunes", riches en carbone, comme les feuilles mortes, le carton non imprimé ou les petits branchages. "Pour un volume de matière humide, on ajoute un volume de matière sèche", précise la coordinatrice de Worms.
Enfin, dernière règle ajoutée par l'équipe de Worms : il est conseillé de découper en petits morceaux les gros déchets organiques. "Si l'on a un gros ananas pourri ou une grosse épluchure de banane, mieux vaut la découper car cela risque de ralentir le processus de compostage."
Le compost peut paraître ardu à réaliser et inaccessible si l'on n'a pas d'espace extérieur. L'experte en compost se veut rassurante. Pour elle, pas besoin d'avoir des compétences en agronomie ou de disposer d'une grande zone verte pour se lancer dans le compostage.
Dans les jardins et plus particulièrement à la campagne, on installe un bac, un silo ou un simple tas en contact avec la terre. En milieu urbain, mieux vaut privilégier des composteurs fermés et protégés. Par exemple, en appartement sans balcon ni jardin, il est possible de pratiquer le vermicompostage. L'idée est d’adopter une colonie de vers spécifiques (eisenia fetidia) qui transforment les déchets en un compost très fin et en un liquide noir fertilisant appelé percolat. "Le vermicompostage demande de l'attention. Les vers ont beau être moins mignons qu'un chat ou un chien, ils n'en sont pas moins des êtres vivants dont il faut s'occuper", prévient Valérie Vierset.
Certaines réticences autour du compost persistent malgré tout. Notamment, la peur des nuisibles comme les rats, surtout en ville. Ces rongeurs sont pourtant chez eux aussi, rappelle Valérie Vierset. "Le rat est déjà présent en milieu urbain. Nous devons apprendre à vivre à ses côtés. Ce n'est pas le compost qui le crée". Mais un compost mal géré peut, certes, l’attirer. D’où l’importance d’éviter viande et restes d’assiette en zone dense, de protéger l’installation et de respecter les règles d’équilibre. "Un compost que l'on remue régulièrement ne permettra pas aux rats de s'y installer."
Outre les bénéfices en termes de réduction des déchets, le compost limite les transports et les coûts liés à l’incinération, enrichit les sols et réduit l'achat d'engrais industriels. Mais il produit aussi un effet plus inattendu : il rapproche les gens ! Que l'on soit à la campagne ou en ville, les composts de quartier ou collectifs ont connu un véritable essor ces dernières années.
Autour d'eux, des voisins qui ne se parlaient pas échangent lors des permanences ou des événements festifs de quartier. On discute du retournement du tas, on compare ses récoltes. "Un compost collectif demande un engagement sur le long terme. Quand les personnes sont investies, elles se rapprochent aussi socialement. Les discussions dépassent alors le sujet du compost", observe la coordinatrice.
Le lien avec la santé est moins visible mais bien réel. Les experts en agronomie rappellent qu’un sol riche en matière organique favorise une meilleure disponibilité des nutriments pour les plantes et limite le recours aux intrants chimiques (engrais de synthèse, pesticides, herbicides, etc.). Et un sol vivant contribue à une alimentation de meilleure qualité (source).
Les spécialistes en santé environnementale soulignent aussi les bénéfices du contact avec la nature. Jardiner, manipuler du compost, observer les cycles biologiques renforce le bien-être psychologique et le sentiment d’agir concrètement pour son environnement.
Composter, c’est accepter que la matière ne disparaisse pas mais se transforme. C’est regarder ses déchets autrement et comprendre qu’ils sont la première étape d’un nouveau cycle. Dans un monde saturé de solutions technologiques, ce geste modeste rappelle que la nature sait déjà recycler ce que nous produisons. À condition de lui laisser un peu d’espace… et un peu de temps.
Pour en savoir plus sur le compost ou démarrer un projet de compost collectif, rendez-vous sur wormsasbl.org pour Bruxelles et sur copidec.be pour la Wallonie.
Dans une maison avec jardin
En six à neuf mois, vous obtenez un compost sombre et friable, prêt à nourrir le sol.
En appartement
Deux solutions : adopter un lombricomposteur — de petits vers transforment vos déchets en percolat — ou rejoindre un compost collectif de quartier. Le premier, demande un peu d’attention, le second est l'occasion de rencontrer ses voisins.
En collectif
Il faut un petit groupe motivé, un terrain et un référent formé. À Bruxelles, l’accompagnement est assuré par Worms pour Bruxelles Environnement, avec l’appui de guides composteurs bénévoles. En Wallonie, les intercommunales jouent ce rôle. La technique compte, mais la dynamique et l'engagement sur le long terme est importante aussi.