Soins de santé
Chaque jour, des professionnels d’Aide & Soins à Domicile (ASD) côtoient, accompagnent et soulagent des parents, conjoints ou enfants d'un proche qui n’a pas ou plus les capacités de s’en sortir seul. Témoignages.
Publié le: 10 avril 2026
Par: Joëlle Delvaux
7 min
Photo: ©Joëlle Delvaux//Christophe, entouré de sa mère et de Melissa et Mélanie.
La vie de Marina et de son fils Christophe a basculé il y a 15 ans lorsque ce dernier, alors âgé de 33 ans, s'est retrouvé paralysé à la suite d'un accident. Après 18 mois d'hospitalisation, il a fallu adapter la maison et réorganiser le quotidien avec des services d'aide et de soins. Durant toutes ces années, Marina n'a jamais cessé de travailler. Aujourd'hui pensionnée, elle excelle dans l'organisation du planning, un œil rivé sur le calendrier parsemé de notes. "Il m'a fallu du temps pour comprendre comment fonctionnaient ces services et qui faisait quoi exactement. Mais sans les infirmières, les aides familiales, les aides ménagères sociales et les gardes à domicile, je ne sais pas comment je m'en sortirais. Tout fonctionne à la perfection. J'ai entièrement confiance en les personnes qui prennent soin de Christophe. Ces aides me permettent de conserver avant tout mon rôle de maman." L'été passé, Marina a ainsi pu prendre dix jours de vacances en toute sérénité. De temps à autre, elle fait appel à l'ASD de Namur pour une garde la nuit ou le weekend pour une sortie cinéma, une soirée entre amis, une compétition de pétanque… À l'arrière de la maison, Marina a fait aménager un pavillon pour son fils. Chacun dispose ainsi d'un espace et de moments pour soi. Son "atelier", comme l'appelle Christophe qui y passe ses après-midis à bricoler, écouter de la musique, lire ou bavarder après une promenade avec Mélanie ou Mélissa, les gardes à domicile qui, à tour de rôle, lui tiennent régulièrement compagnie.
Comme la mère de Christophe, nombreux sont les aidants à pouvoir compter sur des professionnels pour accompagner un proche en perte d'autonomie. "Mais beaucoup n’y pensent pas ou ne savent pas à qui s'adresser, regrette Anaïse Ferraz-Gomes, coordinatrice des aides et soins à l'ASD Bruxelles. Il ne faut pas hésiter à nous contacter, sans attendre d'être complètement épuisé ou dépassé par la situation. Nous ne sommes pas là pour juger mais pour réfléchir et trouver les solutions qui conviennent au mieux à la famille." "Un premier contact n'engage à rien, complète Anne-Sylvie Ruaux, coordinatrice à l'ASD en province de Luxembourg. On peut organiser une rencontre juste pour informer sur les aides possibles et expliquer les différents services, qu'ils soient organisés ou non par l'ASD". Sa collègue Géraldine Roloux enchaîne : "Certaines familles n’ont besoin que d’un coup de pouce pour mettre en place l'un ou l'autre service d'aide." En revanche, des situations plus complexes peuvent donner lieu à un suivi régulier (gratuit) pour réévaluer les besoins, ajuster des services, clarifier les rôles… "On rassemble alors les intervenants autour du patient : famille, médecin traitant, infirmières, aides familiales… On structure qui fait quoi mais on ne gère pas l'organisation des services sur le terrain."
Anaïse Ferraz-Gomes
Malgré tout, accepter une aide extérieure peut rester une étape difficile pour certaines familles, constatent les travailleuses des ASD. Les aidants peuvent être envahis de sentiments ambivalents ou pris dans des conflits de loyauté. Parfois, la personne aidée joue sur la corde sensible de l'abandon, voire use de chantage affectif. "Il arrive que des aidants nous demandent de convaincre leur proche d'accepter de l'aide car eux-mêmes n'osent pas clairement exprimer qu'ils ne peuvent pas tout assumer. C'est souvent le cas d'enfants qui vivent loin de chez leurs parents âgés, raconte Anaïse Ferraz-Gomes. Être pris à partie dans des désaccords familiaux n'est jamais facile. On essaie de favoriser le dialogue et la bienveillance." "Quoi qu'il en soit, on ne peut rien imposer à la personne qui a besoin d’aide, sauf si elle est sous administration de biens, précise Géraldine Roloux. Parfois, il faut que la situation se dégrade ou qu’un médecin conditionne le retour à domicile à la mise en place d’une aide pour que les gens acceptent." Passer par un premier service d'aide à domicile permet souvent de débloquer la situation.
Des services de répit à domicile existent aussi pour offrir une bouffée d’oxygène aux aidants de personnes en situation de handicap ou souffrant de la maladie d’Alzheimer. En l'absence du parent ou du conjoint, un éducateur prend le relais dans les actes de la vie quotidienne. Il accompagne aussi la personne dans des activités de loisirs : promenades, jeux, piscine, visites, bricolages...
Mère d'un adolescent porteur de la trisomie 21 associée à des troubles autistiques, Carmela recourt depuis 10 ans à la Garde répit, un service de l'ASD Hainaut oriental. Séparée du père de Luther, elle travaille dans un centre culturel avec des horaires atypiques. "Au début, j'avais du mal à confier Luther à des inconnus. Je me sentais coupable, alors que c'était uniquement pour pouvoir continuer à exercer mon métier. Mais très vite, j'ai vu à ses sourires que tout se passait bien. Luther a créé de vraies relations avec ses éducatrices. Elles vont le chercher à la sortie de l'école certains jours, l'emmènent parfois chez la logopède ou font des activités avec lui." Des routines se sont installées en semaine et Carmela communique bien à l'avance ses demandes pour des prestations de soirée et de weekend. "Le service essaie toujours de me dépanner en cas de changement de dernière minute. L'attention portée aux parents est d'une grande qualité."
"Il y a mille et une raisons de faire appel à un service de répit", lance Nancy Furnémont, responsable de la Garde répit à laquelle fait appel Carmela. Cela peut servir simplement à des activités où l'on a besoin d'être seul et tranquille : aller chez le coiffeur, faire des courses... Dans les familles avec un enfant handicapé, le répit permet aux parents de sortir, de s'accorder des loisirs, de faire des sorties avec les autres enfants de la fratrie, de répondre à des invitations… Si les parents le souhaitent, l'éducatrice peut accompagner la famille lors de fêtes par exemple, ce qui permet à tous de partager de bons moments.
"Les aidants ont pris conscience de l'importance de prendre soin de leur santé mentale. Ceux qui frappent aux portes des services de répit osent plus facilement exprimer leur besoin de souffler, remarque Nancy Furnémont. Lorsqu'ils voient que leur enfant ou conjoint profite autant qu'eux des moments de répit, voire y aspire, cela les libère du sentiment de culpabilité qui subsisterait."
Au fil du temps, des liens de confiance se tissent avec les familles. "On leur apporte des conseils, du soutien ; on les aide à se remettre en route quand ils sont désemparés. Ne plus être seuls à devoir tout assumer, c'est tellement important...", conclut-elle.
Nancy Furnémont
Les ASD proposent une large gamme de services pour construire le bien-être à domicile.
• Service de coordination des soins et de l’aide
La coordinatrice évalue les besoins d’aides et de soins à domicile, centralise les informations et organise les services nécessaires à la prise en charge.
• Aide familiale
L'aide familiale aide dans les actes du quotidien : lever et coucher, toilette non médicale, courses, repas, démarches administratives, déplacements… Elle stimule l'autonomie, veille au bien-être et assure le lien avec l'entourage et les autres prestataires à domicile.
• Aide ménagère sociale
L'aide ménagère sociale est une aide pour réaliser l’entretien du logement tout en assurant une présence rassurante, un soutien moral et une écoute bienveillante.
• Garde à domicile
La garde à domicile assure une présence de jour et/ou de nuit pour s’occuper de la personne tout en veillant à sa sécurité et son confort.
• Soins infirmiers
L’équipe soignante composée d’Infirmiers, d’infirmières et d’aides-soignantes réalise les soins à domicile : injections, toilette médicale, soins de plaie, préparation des médicaments, soins palliatifs, hospitalisation à domicile…
• Garde répit
Les ASD du Brabant wallon et du Hainaut oriental disposent d'un service de répit destiné aux familles confrontées au handicap ou à la maladie d'Alzheimer. La garde répit assure l’aide aux actes quotidiens, l’assistance sanitaire et l'accompagnement à certaines activités.
Besoin d'aide à domicile pour vous ou un proche en Wallonie ou à Bruxelles ? Rendez-vous sur aideetsoinsadomicile.be ou appelez le 02 735 24 24.
Les affiliés à la MC en ordre de cotisations reçoivent jusqu’à 300 € par an sur les factures d’aide familiale, d’aide ménagère sociale ou de garde à domicile (répit compris). Les services doivent être prestés par Aide & Soins à Domicile ou un autre service d’aide à la vie journalière reconnu ou agréé par un pouvoir public ou une administration.
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