Familles

Livre témoignage : "Il faut choisir ses bonheurs"

Quelques jours après le décès de sa sœur, Godelieve Ugeux découvre ses écrits qui révèlent vingt années de violences psychologiques et sexuelles infligées par son mari dans le huis-clos familial. De ce choc naît un récit qui illustre une réalité méconnue alors que la Journée internationale pour l'élimination la violence à l'égard des femmes, le 25 novembre, entend sensibiliser à toutes les formes de violences. 

Publié le: 21 octobre 2026

Mis à jour le: 03 novembre 2026

Par: Joëlle Delvaux

4 min

L'autrice du livre est en train d'écrire son récit.

Photo : André Rulmont// L'autrice livre un récit bouleversant sur les violences psychologiques et sexuelles que sa soeur a subies dans son couple, et décrites dans son journal.

Le jour des funérailles de sa sœur, Godelieve Ugeux se souvient d'une enveloppe avec des feuilles manuscrites que celle-ci lui avait confiée plusieurs années auparavant, en lui disant à demi-mots que cela pourrait peut-être servir un jour. Godelieve l'avait alors rangée dans sa bibliothèque puis oubliée…
En ouvrant cette enveloppe, elle ne se doutait pas du terrible secret que sa sœur avait gardé au creux de son existence. Durant vingt ans, cette mère de famille bourgeoise avait subi dans le silence et la honte, violences psychologiques, harcèlement, humiliations et agressions sexuelles au sein de son couple.
"La lecture des premières pages m'a glacé le sang, confie l'autrice. Je trouvais mon beau-frère arrogant, brutal et grossier mais je n'aurais jamais imaginé l’enfer qu’il faisait endurer à ma sœur. Dire que je ne me suis doutée de rien… et qu'elle ne m'a rien dit." 

Bouleversée par cette révélation, Godelieve Ugeux a cherché à comprendre : comment une femme cultivée, reconnue dans sa profession, a-t-elle pu rester aussi longtemps sous l'emprise d'un conjoint tyrannique, méprisant, obsédé sexuel et alcoolique ? Pourquoi n'en a-t-elle jamais parlé à ses proches ?

L'autrice a longtemps hésité à dévoiler cette histoire familiale et à reproduire une partie des écrits déchirants de sa sœur. "Dans un monde marqué par les fakes news, par la difficulté à croire ou à être cru — ce dont des femmes souffrent énormément – il m'est apparu nécessaire de transmettre son témoignage, confie-t-elle. Une "offrande de vérité vécue", comme elle dit en paraphrasant le philosophe Jacques Derrida. Par pudeur et par respect pour les enfants de sa sœur, elle a toutefois fait le choix d’un récit librement inspiré de faits réels. 

Deux récits qui se répondent

Le livre commence lorsque Clémentine, 75 ans, est hospitalisée en urgence pour de fortes douleurs abdominales. Informée de la gravité de la situation, Godelieve décide de l'accompagner jusqu'au bout “pour la faire sourire et l'épauler". Pendant trente-trois jours, elle consigne dans son journal les visites à l'hôpital, les échanges familiaux, les espoirs, inquiétudes et interrogations suscitées par une prise en charge médicale qui ne permettra jamais de poser un diagnostic clair.

À ce premier carnet répond celui de sa sœur aînée. Les deux voix féminines s'entremêlent : l'une raconte les derniers jours d'une vie, l'autre dévoile des décennies de souffrances dissimulées. Cette construction, portée par une écriture fluide, donne au récit un rythme, une force particulière. 

Au-delà des violences conjugales, l'autrice nous emmène sur une multitude de chemins de réflexion. Elle interroge les mécanismes de l'emprise, les ressorts de la société patriarcale, la transmission de la violence au sein des familles. Elle explore aussi le sens de l'existence, le vieillissement, la solitude, les richesses de la sororité et la place du soin dans nos sociétés. Elle convoque écrivains et penseurs pour mettre des mots sur ses impressions et expériences. 

Éveiller les consciences

En publiant ce récit, l'autrice espère contribuer à faire évoluer les mentalités. Aujourd'hui, lors de rencontres organisées notamment avec des groupes de l'Action catholique rurale des femmes (ACRF), elle échange autour des questions qui traversent son livre. “On ne peut avancer que dans une communauté à égalité de respect les uns à l’égard des autres", affirme-t-elle.

Il faut choisir ses bonheurs 

Publié en 2026 aux éditions Atramenta.net, l'ouvrage de Godelieve Ugeux se commande en librairie (15 €) ou auprès de l'autrice par mail à [email protected] (frais de port : 4 €)