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Loin des idées reçues, la curiosité ne diminue pas avec l'âge, démontre une équipe internationale de psychologues. Et en stimulant notre cerveau, elle nous aide à garder un esprit vif.
Publié le: 15 avril 2026
Par: Sandrine Cosentino
6 min
Photo: ©AdobeStock - "En vieillissant, nous ne voulons pas cesser d'apprendre, nous sommes simplement plus sélectifs quant à ce que nous souhaitons approfondir." Alan Castel, psychologue
Savez-vous combien pèse le cerveau d'un humain adulte ? Et celui du cachalot ? Le cerveau est fascinant et la curiosité aussi. Elle nous pousse à chercher… sans nécessairement souhaiter une réponse immédiate. Car la satisfaction éprouvée par les esprits curieux, comme le montre les neurosciences, s’éprouve autant dans l’attente que dans la révélation. Alors, pour ne pas gâcher le plaisir, revenons sur ces questions un peu plus tard dans l'article...
Véritable superpouvoir, cette envie d'explorer constitue une motivation intrinsèque à développer ses connaissances, sans objectif de récompense extérieure. Les enfants naissent naturellement curieux. Cela leur permet de découvrir le monde qui les entoure pour grandir. Les interactions sociales stimulantes cultivent ce besoin de s'instruire.
La curiosité fait progresser la science et la société. Elle peut aussi favoriser un meilleur vieillissement en maintenant l'esprit alerte. Elle nous motive à explorer et développer notre mémoire. Mais, selon la littérature en psychologie, le niveau général de curiosité d'une personne a souvent tendance à diminuer en avançant en âge. Un constat qui a étonné Alan Castel, psychologue à l'université de Californie à Los Angeles et auteur principal d’une étude récente sur l’évolution de la curiosité tout au long de la vie d'adulte. Lors de ses recherches, certains participants âgés se montraient au contraire particulièrement engagés, notamment lorsqu’il s’agissait de mémoire. Pour mieux comprendre ce paradoxe, les chercheurs ont analysé plus en détail les mécanismes de la curiosité.
Pour commencer, il n’existe pas une, mais des curiosités. Les auteurs de l’étude en distinguent deux formes : la curiosité de trait et la curiosité d'état. La première est innée, elle relève d'un trait de personnalité. Les personnes qui en sont dotées cherchent constamment à se former sur des sujets diversifiés, se posent continuellement des questions (pourquoi et comment), testent de nouvelles méthodes de travail, explorent des domaines inconnus.
La deuxième se manifeste sur des aspects précis ou des loisirs spécifiques. Elle est contextuelle et ciblée. Ainsi certaines personnes, peu curieuses de manière générale, peuvent éprouver une soif intense de connaissances sur des thèmes particuliers : s’intéresser passionnément à l’histoire locale, se plonger dans le jardinage, apprendre une nouvelle langue pour voyager, consulter pendant des heures des revues d’astronomie.
Ces deux formes de curiosité ne sont pas exclusives : chaque individu présente, à des degrés variables, à la fois une disposition naturelle à s’intéresser à de nombreux sujets et un intérêt plus ciblé pour certains domaines. Et ce goût pour la découverte évolue tout au long de la vie.
Après avoir analysé les réactions de plus de 1.200 personnes âgées de 20 à 84 ans, les résultats de l'équipe d'Alan Castel montrent que si la curiosité de trait diminue avec l'âge, la curiosité déclenchée par des stimuli spécifiques augmente. Elle peut même se développer jusqu'à un âge avancé. "En vieillissant, nous ne voulons pas cesser d'apprendre, nous sommes simplement plus sélectifs quant à ce que nous souhaitons approfondir", précisait Alan Castel lors de la présentation de l’étude.
Ces résultats s'expliquent de deux manières. Un jeune aura besoin de découvrir et de rencontrer d'autres personnes pour construire ses relations sociales et ses connaissances pour sa vie future en utilisant sa curiosité de trait. Quand on avance en âge en revanche, on a tendance à moins se projeter dans le futur et à se concentrer sur des occupations qui nous intéressent plus spécifiquement, en augmentant sa curiosité d'état. Cette dernière est donc plus développée chez les personnes âgées que chez les jeunes.
Pierre Missotten, docteur en psychologie et cofondateur avec le professeur Stéphane Adam de LyAge — une société liégeoise spécialisée dans la formation et l’accompagnement des acteurs du vieillissement — s'intéresse beaucoup à ces questions. "Une personne âgée va naturellement sélectionner ses loisirs car ses ressources ne lui permettent plus de tout faire. Mais pas n'importe comment, assure-t-il. Elle choisit ce qui a du sens pour elle et génère des émotions positives."
Les résultats de l'étude d'Alan Castel n'étonnent pas le docteur en psychologie. "Il est important de cultiver ses centres d'intérêt en gardant un goût pour la découverte. Cela permet de garder une bonne qualité de vie", atteste Pierre Missotten. Et il insiste : "Ce n'est pas parce qu'on est senior qu'on n'apprend plus. On s'instruit à tous âges." Et grâce à cela, nous entraînons notre mémoire.
L'étude montre en effet que l'envie de découvrir peut conduire à un vieillissement plus réussi, éviter le déclin cognitif et garder l’esprit vif. Il est donc important de reconnaître et d'encourager les domaines qui intéressent spécifiquement les personnes âgées, en gardant à l’esprit que chaque personne âgée est différente. "Il faut aussi aller à l'encontre de l'image qu'une personne âgée ne sert à rien ou n'a plus rien à transmettre, rappelle le psychologue Pierre Missotten. Un individu a accumulé de nombreuses compétences et expériences tout au long de sa vie. Quand il continue à entretenir son appétit de connaissance, il va apprécier les partager ou échanger avec d'autres. Il n'y a pas d'âge pour être curieux !"
Et maintenant, il est temps de revenir aux questions posées en début d'article : le cerveau humain adulte pèse 1,4 kg, tandis que celui du cachalot environ 9 kg. Mais pourquoi avoir attendu avant de donner une réponse ? La curiosité avant toute chose est une source de plaisir. Plus que l’information en soi, c’est l’attente de cette information qui libère en nous de la dopamine (l'hormone qui active le circuit de la motivation et de la récompense) et nous rend proactifs. Mais lorsque la curiosité est satisfaite, ce circuit bénéfique s'arrête. Jusqu’à la prochaine question... Car si le cerveau humain est plus petit que celui du cachalot, qui a le plus gros cerveau proportionnellement à sa masse ? Et la taille de nos méninges a-t-elle un lien avec l'intelligence ? Ah, les esprits curieux ne sont jamais rassasiés !
Plusieurs facteurs peuvent limiter le déclin cognitif et préserver la santé de son cerveau le plus longtemps possible.
La réserve cognitive est la capacité du cerveau à faire face aux dommages causés par la maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée. Elle joue un rôle clé dans la prévention des troubles cognitifs.
Pour entretenir son cerveau, deux consignes clés : restez curieux et actifs. Quelques conseils de la Fondation Recherche Alzheimer :