Soins de santé
Dans une relation parent-adolescent, garder un contact serein relève parfois du défi. Renforcer les compétences psychosociales (CPS) aide à maintenir le cap. Pour en parler de manière légère, rien de tel qu'un spectacle d'impro organisé par la MC.
Publié le: 20 février 2026
Par: Sandrine Cosentino
7 min
Photo: ©Alice Blackman - Les comédiens improvisent des scènes en s'appuyant sur les anecdotes du public
Un batteur entre en scène, trois comédiens le rejoignent : le spectacle peut commencer au Centre culturel de Berchem-Sainte-Agathe et Koekelberg. Mais ici, rien n’est écrit à l'avance. Pour aborder les compétences psychosociales (CPS) autrement, la MC a invité des acteurs à s’emparer du quotidien des parents et des adolescents. Avant le début de la représentation, le public — parents et jeunes — a glissé dans une boîte des situations vécues, des phrases entendues à la maison… Les comédiens piochent ces anecdotes et les transforment en scènes improvisées. "Tu as passé une bonne journée ma poulette ?" La réponse est brève et peu enthousiaste. Le père insiste. "On dirait que tu es de mauvaise humeur. Que s'est-il passé ? Raconte-moi !" La réplique est cinglante : "T'es bête, tu ne comprends rien !" Et l'ado file dans sa chambre. Cette première improvisation montre la posture d'équilibriste des parents : être présent sans être intrusif.
Pour "jouer" juste, les comédiens s'écoutent, accueillent les idées des autres et régulent leurs émotions : ils utilisent leurs CPS.
Les CPS aident à faire face aux défis du quotidien et à préserver son bien-être mental, en adoptant un comportement approprié et positif dans ses relations avec les autres, en fonction de sa propre culture et de son environnement.
Chaque personne dispose de trois types de ressources : cognitives, émotionnelles et sociales (voir encadré). Ces compétences se combinent pour aider chacun à agir de manière appropriée. "Imaginer les CPS comme un parapluie est assez parlant, souligne Marie-Pierre Thomas, psychologue et improvisatrice de Parenthèse improvisée. C'est une protection contre les comportements à risque, le décrochage scolaire, les addictions, le stress, l'anxiété…"
En constante évolution, les CPS renforcent les aptitudes à coopérer, à gérer le stress et à réguler ses émotions. Elles concernent tout le monde mais jouent un rôle clé dans le bien-être des jeunes.
Développer les CPS réduit de 29 % les comportements violents chez les adolescents, selon un rapport de Santé publique France. Mais ces outils psychosociaux ont besoin d'un environnement favorable.
Ils ne dépendent pas seulement de l'individu : ils se façonnent en fonction de la famille, l'école, le quartier, les conditions de vie, la culture… Les CPS émergent lorsque les besoins d'autonomie, de compétences et de proximité relationnelle sont nourris. "Si vous êtes dans une situation familiale et sociale très précaire et que vous devez assurer quotidiennement votre survie, les CPS ont peu la possibilité de s'exprimer", illustre la pédopsychiatre Sophie Maes, médecin du réseau bruxellois en santé mentale (Bru-Stars) pour les jeunes de 16 à 23 ans.
Ces conditions de soutien sont essentielles. Et lorsque cet appui fait défaut, certaines notions peuvent dériver vers des injonctions individuelles. La résilience par exemple — popularisé par le neuropsychiatre français Boris Cyrulnik — désigne la capacité à traverser une épreuve et à retrouver un équilibre, à condition de bénéficier de temps, d'aide et de sécurité pour se reconstruire. "C'est comme un élastique, illustre Sophie Maes. On tire dessus, il se déforme et revient à sa forme d'origine." Mais le concept a été récupéré pour exiger toujours plus de performance. On finit alors par croire que "si nous n’arrivons pas à nous remettre d’une difficulté, c’est notre faute. Alors qu'en tirant trop longtemps sur l'élastique, il ne va plus reprendre sa forme initiale et va se casser", ajoute-t-elle.
Retour dans la salle et à l'improvisation. Installée au volant d'une voiture imaginaire, une adolescente apprend à conduire aux côtés de sa mère, totalement stressée. "T'inquiète, je gère", lui lance-t-elle. Mais après avoir renversé un piéton, la police arrête la jeune fille. Sa mère prend alors sa défense : "Elle a fait une erreur, ça arrive !" Le trait est volontairement exagéré.
Comme le rappelle le poète irlandais Samuel Beckett : "[…] Échoue encore. Échoue mieux." Les adolescents apprennent énormément en se trompant et ont du mal à évaluer les conséquences de leurs actes. Cela peut inquiéter les parents, mais en aidant le jeune à apprendre de ses expériences, il sort peu à peu de son cocon d'enfant.
Acquérir des compétences pour mieux coopérer au quotidien n’a rien de nouveau. Dans la Grèce antique, les Athéniens mobilisaient déjà la poésie et la dialectique pour renforcer les liens sociaux. Les cultiver dès l’enfance aide aujourd’hui à former des jeunes autonomes, davantage préparés à poser des choix éclairés.
À travers les époques, on retrouve la même constante : nous improvisons tous notre vie. Alors, autant utiliser les bons outils.
En utilisant nos compétences psychosociales, on développe trois types de ressources.
Soutenir les compétences psychosociales (CPS) d'un adolescent demande aux parents d'adopter une posture d'équilibriste,
entre protection et encouragement à l'indépendance.
1. Adopter une posture éducative soutenante
Les CPS grandissent dans un climat qui nourrit trois besoins essentiels : autonomie, compétences et proximité relationnelle. pour cela, les parents peuvent se rendre disponibles pour échanger sans jugement, accueillir les émotions — agréables comme difficiles —, poser un cadre clair et sécurisant, et encourager l’expérimentation, même lorsqu’elle passe par des erreurs.
2. Comprendre les transformations cérébrales et émotionnelles
Chez les jeunes, les régions émotionnelles fonctionnent à plein régime alors que les zones de contrôle (lobe frontal) ne sont matures qu’à 25 ans. Cela explique pourquoi les adolescents sont parfois "des émotions sur pattes". Le savoir permet de mieux relativiser l’impulsivité ou les réactions vives.
3. Respecter le paradoxe de l’adolescence
L’adolescent doit "quitter le nid", s’individualiser, se détacher de ses parents… tout en ayant encore besoin de leur validation et de leur encouragement. Les adultes peuvent relâcher certaines exigences, rester une base sûre, reconnaître les efforts du jeune, rappeler qu’ils restent disponibles.
4. Favoriser les interactions avec les pairs
Les adolescents se confient plus naturellement à leurs amis qu’à leur famille, et c’est normal : leurs pairs deviennent leurs principaux co‑régulateurs émotionnels. Les parents peuvent soutenir ce processus en facilitant les amitiés fiables, en accueillant les amis à la maison, en valorisant la vie sociale du jeune.
5. Être un modèle vivant des CPS
Les adolescents apprennent d’abord par imitation. Ils observent la façon dont leurs proches gèrent leur stress, demandent de l’aide, expriment un désaccord.
Utiliser les "messages-Je" : "Je suis inquiet quand…" plutôt que "Tu fais n’importe quoi" montre l’exemple d’une communication constructive.
6. Offrir un environnement serein
Une CPS ne peut se manifester que dans un contexte adapté. Les adultes peuvent donc réduire les sources de stress inutiles, ajuster leurs attentes et éviter les injonctions du type "sois fort" ou "passe à autre chose".
7. Créer une culture familiale de l’écoute et du respect
Prendre le temps d’un vrai échange, laisser l’adolescent réfléchir à ses propres solutions, accepter de se remettre en question… autant d'attitude qui renforce un climat propice aux CPS et diminuent les tensions et les malentendus.
8. Encourager l'aide externe
Encourager l’aide extérieure — psychologue, groupe d’échange, théâtre d’impro, programme structuré — permet au jeune de découvrir d’autres façons de comprendre ses émotions et de se relier aux autres. Ces espaces complémentaires enrichissent ce que les parents transmettent déjà au quotidien.