Soins de santé
Ménopause, diabète, handicap, isolement. Aux Pissenlits, aucun sujet de santé n’est tabou, et l’engagement citoyen tourne à plein régime.
Publié le: 23 février 2026
Par: Clotilde de Gastines
4 min
Photo: ©Les Pissenlits Asbl // Une fois par mois, les usagers cuisinent des recettes bonnes pour la santé, l’environnement et à petit prix.
Dans le quartier bruxellois de Cureghem, Les Pissenlits déploient depuis trente ans des démarches communautaires. Au premier étage d’un immeuble années 30, l’association partage ses locaux avec la maison médicale du Triangle. En ce glacial jeudi de février, une vingtaine de personnes cuisinent ensemble, une soupe aux chicons et un quorn végétarien. Certains s’activent à la vaisselle, d’autres tricotent, peignent ou bouquinent dans le coin salon.
"Le pissenlit pousse partout. Même entre deux dalles de trottoir mal agencées, il trouvera sa place et il essaime", décrit Frédérique Déjou, cheville ouvrière de l’association dont la fleur-bouquet orne le logo. Le lieu fonctionne un peu comme une joyeuse auberge espagnole pour faciliter les rencontres et le partage. Le cadre est bienveillant et la participation non contraignante : sans engagement, ni inscription préalable.
"Notre rôle est d’accueillir et de valoriser les personnes et leur vécu. On n’est pas là pour transmettre des savoirs, explique Noémie Hubin, responsable de projet. Les participants s’impliquent parce que le projet est issu de leur demande et que ce sont eux qui prennent les décisions."
Frédérique Déjou
"L’engagement dans la santé communautaire, on sait quand ça commence, on ne sait pas quand ça finit", s’amuse Loubna qui fréquente les Pissenlits depuis 18 ans. Au départ, elle participait à des réunions sur la parentalité – "très soutenantes quand on a 4 enfants", puis a rejoint un groupe de discussion intergénérationnel sur la santé des femmes. Dans ce cercle, les participantes – dont certaines sont sourdes et malentendantes, et d’autres analphabètes - discutent des règles et de la ménopause. "Au bout de 4 ans, on s’est mis au défi d’écrire un livre collectif sur ces sujets encore relativement tabous. Je voulais absolument qu’il soit fini avant d’être moi-même ménopausée et on a réussi. C’est une grande fierté, un peu comme si j’avais eu un petit dernier !"
Auto-édité par l’association, le "Journal intime d’un groupe de femmes" est paru en 2023, il sert de support aux étudiants en santé publique et aux professionnels du social-santé pour comprendre les ressorts de la démarche communautaire.
Depuis 2024, Loubna intervient comme "personne-relais" auprès des professionnels bruxellois de divers secteurs (santé mentale, travail du sexe, drogues/assuétudes). "Les Pissenlits nous disent : 'les pros ont la théorie, les usagers ont leurs vécus'. On sent que notre parole compte. On se sent légitime", dit la quinquagénaire. Dans le salon, la discussion tourne sur les douleurs liées aux coliques néphrétiques, Loubna doit filer, elle salue l’assemblée et repart en vélo électrique.
Jean Méli, usager des Pissenlits
Voir la page de l'asbl Les Pissenlits.be
Un groupe mixte d’une quinzaine de personnes travaille aussi sur le diabète. Les rendez-vous permettent avant tout de se soutenir entre pairs et d’informer sur la maladie. Chaque mois, un atelier de cuisine a lieu en présence d’une diététicienne. "Quand on a le diabète, l’alimentation est un pilier important pour gérer les apports en glucose, mais on tombe vite dans la routine", regrette Jean Méli. Aux Pissenlits, il apprend à varier les recettes et à maintenir une certaine "discipline" grâce à ces moments de convivialité partagés autour d’un repas équilibré issu des cuisines du monde entier. Ce médecin de santé publique pensionné participe aux activités depuis 12 ans : "Nous agissons comme malades-experts, pour que la prise en charge de tous les patients diabétiques s’améliore et pour que les inégalités sociales de santé diminuent", se félicite-t-il. Dans le foyer, les lumières s’éteignent, mais le lieu reste pour beaucoup un phare dans le quartier.