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Santé publique

Marie-Pascale Minet : "La collectivité au secours de la santé"

Prendre soin de soi, c’est d’abord prendre conscience de "ce qui fait santé". Notre bien-être ne relève pas seulement de notre responsabilité, c’est une affaire collective. C’est en tout cas la conviction de Marie-Pascale Minet, permanente politique à la Fédération des maisons médicales. En Marche l’a rencontrée pour dresser un portrait de la santé communautaire.

Publié le: 23 février 2026

Mis à jour le: 24 février 2026

Par: Soraya Soussi

7 min

Des personnes de toutes origines et de tout âge présentés de dos en se tenant par les bras

Et si la santé ne se jouait pas seulement dans le cabinet du médecin, mais aussi dans un quartier, dans un logement social, avec ses voisins, des experts scientifiques, etc. ? Marie-Pascale Minet, ancienne infirmière en maison médicale, accompagne aujourd’hui les équipes de terrain et interpelle les pouvoirs publics autour de la promotion de la santé et de la santé communautaire. 

Pour elle, cette stratégie n’est pas un concept à la mode, mais une pratique bien ancrée, qui redonne du pouvoir d’agir sur leur santé aux citoyens et citoyennes.  

En Marche : Avant d’entrer dans le vif du sujet, que signifie "être en bonne santé" ? Et qu'est-ce que la promotion de la santé ? 

Marie-Pascale Minet : Pendant longtemps, on a défini la santé comme l’absence de maladie. Or, depuis plusieurs décennies, on sait que c’est bien plus que ça : c’est un état de bien-être physique, psychologique, social et environnemental. Concrètement, cela signifie qu’une personne qui vit dans un logement insalubre, qui subit l’isolement social ou qui peine à boucler ses fins de mois aura plus de risques d’être en mauvaise santé, même si elle se rend chez un médecin. 

Dès 1978, la Déclaration d’Alma-Ata insistait sur l’importance des soins de santé primaires, proches des lieux de vie. Donc tout ce qui permet à une population d’être en bonne santé, allant de la promotion de la santé à la prévention des maladies, à leur traitement, à la réadaptation et aux soins palliatifs. Puis, en 1986, la Charte d’Ottawa a affirmé que la santé est une ressource pour la vie quotidienne et qu’il faut donner aux populations les moyens d’agir sur leur bien-être. 

En clair : la santé ne dépend pas seulement de nos choix individuels. Elle dépend du quartier où l’on vit, de la qualité de l’air, de l’accès à des espaces verts, à une alimentation saine, à un réseau social, de l'accès aux services de soins de santé, etc. Et in fine des décisions politiques. 

La promotion de la santé se concentre sur les déterminants sociaux de la santé dans le but de réduire les inégalités sociales de santé.  

EM : La santé communautaire est un outil pour réduire les inégalités sociales de santé ?  

M-PM : Tout à fait. La promotion de la santé repose sur plusieurs leviers stratégiques dont fait partie la santé communautaire : des politiques publiques favorables, des environnements sains, le développement des compétences individuelles… et le renforcement de l’action communautaire.  

Ici, on ne part pas d’un diagnostic établi par un professionnel, mais d’un besoin exprimé par un groupe de personnes. Après l’identification de ce besoin commun, les professionnels peuvent alors guider ou accompagner les membres du groupe dans la mise en œuvre de diverses actions pour y répondre. Mais ce qui est primordial dans cette stratégie, c’est l’implication et le pouvoir d’agir des personnes concernées.  

Par exemple : dans un immeuble de logements sociaux, des voisins constatent la dégradation des murs et la présence d’humidité. Ils décident de se réunir. La maison médicale met un local à leur disposition. Les professionnels peuvent proposer des formations autour de la gestion des réunions, inviter les membres à contacter des experts scientifiques et des élus pour discuter du problème. Ensemble, les habitants vont suivre un processus pour atteindre un objectif. L’enjeu dépasse la rénovation du bâtiment. Ils apprennent à s’organiser, à prendre la parole, à négocier. Ils développent ce que l’on appelle leur pouvoir d’agir — l’empowerment 

EM : Pour quelle raison les maisons médicales ont-elles joué un rôle de pionnières dans le développement de ces pratiques ?  

M-PM : Dès les années 1970, certains médecins ont compris que s’ils voulaient véritablement soigner leurs patients, il fallait se rendre à leur domicile, comprendre leurs conditions de vie et écouter leurs difficultés. On ne peut pas traiter l’asthme d’un enfant sans se préoccuper de l’humidité du logement, par exemple. Tout comme on ne peut parler d’alimentation équilibrée à une famille sans s’assurer qu’elle a des revenus suffisants pour se la procurer. C’est dans cet esprit que les premières maisons médicales sont nées dans des quartiers populaires et ont accueilli entre leurs murs des équipes pluridisciplinaires (médecin, kiné, psychologue, etc.). 

Dans la maison médicale où je travaillais, le médecin jouait au foot avec les patients. Cela permettait de faire du sport, de maintenir des liens sociaux et de cultiver une relation de confiance avec l’équipe soignante. Un collègue kiné a appris à rouler à vélo à ses patientes. C'était une demande de leur part car elles souhaitaient avoir des moments de qualité avec leurs enfants. Comme personne ne pouvait leur apprendre, ce kiné a proposé d’organiser une activité vélo. D’autres sujets concernant leur santé sont discutés durant ces moments et c’est également précieux.  

EM : La santé communautaire mériterait qu'on y prête d'avantage attention dans le milieu médical et social. Pourquoi n’est-elle pas plus valorisée ?  

M-PM : Parce qu’elle demande du temps. Et que ses effets ne se mesurent pas toujours en statistiques immédiates, au grand regret des pouvoirs subsidiants ! Comment quantifier l’augmentation de l’estime de soi ? La création de nouveaux liens entre voisins ? La capacité d’un groupe à interpeler un élu ? Malgré cela, certaines administrations commencent à reconnaître la valeur de ces démarches et cherchent à mieux en mesurer les impacts pour les soutenir financièrement. 

Il y a aussi une question d’image : beaucoup de personnes voient encore la maison médicale comme un lieu où l’on vient chercher un traitement, pas comme un espace où l’on peut s’engager collectivement et trouver des appuis. 

La confiance mutuelle doit se construire progressivement autour de projets communs. Mais on est parfois confronté à la difficulté d’impliquer des personnes qui ne sont pas familiarisées à ce genre de démarche.  

Le financement encore faible de la promotion de la santé dans les structures ne permet pas d’employer suffisamment en temps plein. Ce qui complique la mise en place de projets communautaires sur le long terme.  

Mais la meilleure façon, à mon sens, de prouver que la santé communautaire a toute sa légitimé dans la prise en charge de la santé des populations c'est à travers les récits de vie que l'on entend au sein des structures, comme l'asbl Les Pissenlits, l'AIGS et la Croisée et toute une série d'autres projets menés par des citoyens. 

La santé communautaire, c’est avant tout une démocratie vivante, où les habitants, les professionnels et les pouvoirs publics construisent ensemble des conditions favorables à la santé. Cela demande du temps et de la patience, mais c’est un investissement durable pour des populations plus résilientes et mieux armées face aux défis de santé.