Éditos

Quand les inégalités sociales deviennent des inégalités de santé

Les inégalités sociales de santé ne sont pas de simples différences de santé entre individus. Ce sont des écarts systématiques de santé entre groupes sociaux, à la fois évitables et injustes. 

Publié le: 24 août 2026

Mis à jour le: 24 août 2026

Par: Elise Derroitte

3 min

un docteur ausculte une patiente

Photo: Ce que le stéthoscope ne dit pas : l'espérance de vie dépend aussi du quartier d'où l'on vient... (c) AdobeStock

En Belgique, la pauvreté reste un puissant déterminant de santé. La dernière analyse du service d’études de la MC, menée par Clara Noirhomme, le confirme : plus les revenus sont faibles, plus le risque d'être malade est élevé. Les personnes en situation de précarité renoncent aussi davantage à certains soins ou les reportent, et les dépenses de santé pèsent plus lourdement sur leur budget. 

Cette nouvelle analyse rappelle une réalité bien connue en santé publique, mais souvent sous-estimée : les inégalités ne concernent pas uniquement la population vivant dans l'extrême pauvreté. Elles traversent toute la société. À chaque échelon de l'échelle sociale, la santé se dégrade, les besoins augmentent et les obstacles aux soins se multiplient.

Les chiffres sont éloquents : dans les quartiers les plus précaires, le taux de mortalité est 51 % plus élevé que dans les quartiers les plus favorisés et le diabète y est deux fois plus fréquent. Ces écarts ne sont pas le fruit du hasard. Ils reflètent l'effet cumulé des conditions de vie, de logement, d'emploi, d'environnement et d'accès aux soins tout au long du parcours de vie.  

Face à ces réalités, il serait tentant de considérer que notre sécurité sociale joue déjà un rôle important de protection. Pourtant, des obstacles importants subsistent : certaines personnes ne bénéficient pas des droits auxquels elles pourraient prétendre, d'autres restent confrontées à des dépenses de santé difficiles à assumer malgré l'existence de mécanismes de protection. L’aide arrive souvent lorsque les difficultés sont déjà bien installées. Démarches administratives, avance des frais ou manque d’information constituent autant d’obstacles qui éloignent du soutien celles et ceux qui en auraient le plus besoin.  

Au fond, la question posée par cette étude est simple : quelle société voulons-nous construire ? Une société où l'espérance de vie, le risque de maladie et l'accès aux soins continuent à dépendre du niveau de revenus ? Ou une société qui considère que la santé est un droit effectif pour chacun et chacune ? 

Les inégalités sociales de santé ne sont pas une fatalité. Elles résultent de choix collectifs et peuvent donc être réduites par d'autres choix collectifs : mieux protéger les plus vulnérables, faciliter l'accès aux droits, agir plus tôt et lever les obstacles qui empêchent encore trop de citoyens de se soigner.  

La solidarité reste l'une des plus grandes forces de notre modèle social. Mais pour tenir sa promesse, elle doit être jugée sur ses résultats, non sur ses intentions. Quand celles et ceux qui ont le plus besoin de soins sont aussi ceux qui y accèdent le moins facilement, il ne s'agit pas seulement d'un problème de santé. Il s'agit d'une question de justice sociale.