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Politiques sociales

"Notre objectif : être des moteurs en matière de solidarité"

Directeur général de la MC depuis 2019, après 12 années passées à la tête de la MC Namur-Brabant wallon, Alexandre Verhamme a marqué la maison par son engagement. Aujourd’hui, il passe le témoin à Georges Gilkinet. Un retour aux sources pour cet ex-ministre, qui a fait ses premiers pas au sein d’Ocarina, l’organisation de jeunesse partenaire de la MC. Regards croisés sur les combats menés… et ceux qui restent à gagner.

Publié le: 10 décembre 2025

Mis à jour le: 29 décembre 2025

Par: Propos recueillis par Joelle Delvaux et Sandrine Warsztacki

7 min

Alexandre Verhamme et Georges Gilikinet

Photo: Alexandre Verhamme (à gauche) et Georges Gilikinet (à droite)

En Marche : Georges Gilkinet, avant de prendre officiellement vos fonctions, vous vous êtes immergé plusieurs mois dans la vie de la MC. Quel constat en tirez-vous ?

Georges Gilkinet : On résume souvent les mutualités aux remboursements et indemnités, mais c’est évidemment bien plus que ça. À la MC, j'ai retrouvé tout un mouvement, un écosystème dynamique. Quand on dit "Avec vous pour la vie", ce n’est pas juste un slogan. La MC accompagne le membre dans les moments clés de sa vie, de sa naissance jusqu’aux périodes plus compliquées comme la maladie ou la dépendance, en passant par ses premiers pas dans la vie active.  

La MC, ce sont des conseillers en agence ou au téléphone, des experts en remboursement de soins, en revenus de remplacement, mais aussi des professionnels de la santé, des chercheurs, des animateurs… Quand on le vit de l’intérieur, on réalise l’incroyable diversité des rôles. Et, dans un système aujourd’hui sous pression, j'ai été frappé par la capacité des équipes à s’adapter. Parfois à transformer des contraintes en opportunités. Toujours avec le même objectif : servir au mieux les membres, garantir l’accès aux soins et innover pour rester des moteurs en matière de solidarité.

Alexandre Verhamme : Garantir l’accès aux soins, c’est notre mission première. Mais accompagner nos membres, c’est aussi prendre soin de leur santé dans toutes ses dimensions.  Quand Ocarina forme des jeunes à l'animation, quand Altéo propose des loisirs aux personnes en situation de handicap, quand Énéo lutte contre la solitude des seniors, nous œuvrons ensemble pour la santé et le bien-être. La MC a soutenu la création de plannings familiaux, d'entreprises de travail adapté, de services d'aide et de soins à domicile... Et nous continuons d’investir dans ces services et d’innover pour répondre aux défis de la société actuelle. Par exemple, nous mettons en place un service basé sur l’intelligence artificielle qui renforce la télévigilance et favorise le maintien à domicile des aînés. Face à la montée du burn-out parental, nous proposons des activités de soutien à la parentalité et la monoparentalité

En Marche : Comment la MC répond-elle au besoin des affiliés d'être guidés et conseillés lorsque la maladie ou les difficultés financières frappent ? Bien souvent, ils se sentent désemparés et ne savent pas à quelle porte frapper. 

Alexandre Verhamme :  Grâce à la digitalisation de certaines procédures (les attestations de soins électroniques par exemple) et à l'informatisation, nous gagnons en temps et en efficacité. Mais ces économies, nous les réinvestissons dans le service aux affiliés pour aider ceux qui ont besoin d'être conseillés et épaulés. Le digital est essentiel, mais il ne remplace pas la relation humaine. Même les plus connectés, lorsqu’ils traversent une période difficile, ont besoin d’être écoutés et reçus par une personne qui leur dit : "Asseyez-vous. On va regarder tout ça ensemble".

Les membres ne savent pas toujours ce qui relève de l'assurance obligatoire, complémentaire ou facultative. Et c'est normal qu'ils ne s'en préoccupent pas. Ce qu’ils souhaitent, c’est être conseillé par une personne capable de transformer leur situation en solution : un remboursement, une indemnisation, des conseils utiles... Comme nous ne travaillons pas dans une logique marchande, nous pouvons mettre davantage d’énergie pour aider ceux et celles qui en ont vraiment besoin. Chez nous, les VIP, ce sont les plus fragilisés !

En Marche : À l’issue d’un long processus de réflexion mené avec les représentants des affiliés, la MC a profondément revu son offre d'avantages en 2025. Quelles valeurs et priorités ont guidé ces choix ?

Alexandre Verhamme :  La première question que l'on se pose est simple : cet avantage change-t-il vraiment la donne pour l’accès à la santé ? Comme notre Hospi solidaire, incluse dans les avantages MC pour tous les affiliés. Mais on ne s’arrête pas là. Nous osons des avantages qui bousculent les habitudes parce qu’ils répondent à des enjeux de société. Prenons le remboursement des protections hygiéniques. Ce n'est pas acceptable que des femmes doivent économiser sur ces produits essentiels. Ou encore l’avantage vélo :  avec ce coup de pouce financier, nous voulons encourager nos membres à adopter un mode de déplacement qui fait du bien à leur santé, mais aussi à la santé collective. Plus de vélos, c’est aussi moins de pollution, de bruit, d'embouteillages.

Nos avantages, ce ne sont pas juste un outil marketing pour se démarquer des autres mutualités. Bien sûr, nous souhaitons que notre assurance complémentaire soit attractive, mais c’est bien plus que cela. C'est un levier pour combler des besoins que l’assurance obligatoire ne couvre pas. Et qui sait, peut-être qu’un jour, le vélo sera remboursé par la sécu ? Là, on pourra se dire qu’on a gagné !

Georges Gilkinet : Être membre de la MC, c’est faire partie d'un mouvement solidaire. Chacun contribue à rendre les soins et services accessibles à toutes et tous. Nos enfants, parents et grands-parents en bénéficient aussi. Plus nous serons nombreux, plus nous pourrons créer des dispositifs puissants et défendre la solidarité, y compris sur le plan politique. Ensemble, nous avons du poids !

En Marche : Une solidarité pourtant de plus en plus mise à mal...

Georges Gilkinet : La solidarité n’est pas un coût, c’est un investissement collectif. Moins nous sommes solidaires, plus cela coûte cher en dépenses publiques, en perte de cohésion, en tensions sociales, parfois en violences. À l’inverse, renforcer la solidarité, c’est bâtir une société plus égalitaire et plus juste où chacun se sent bien.

Les mutualités garantissent un système de soins accessibles et inventent de nouvelles formes de solidarité. Elles animent la société et proposent des innovations sociales qui répondent aux besoins actuels. Nos actions ne profitent pas seulement à nos membres. Elles bénéficient à l’ensemble des citoyens.

En tant que cogestionnaires du système de santé, nous veillons à ce qu’il reste généreux mais aussi juste et efficient. Une bonne gestion implique de corriger les dysfonctionnements. Ce modèle de cogestion est efficace, bien plus qu’un système purement étatique qui est peu souple et coûte plus cher ou qu’un système privé marchand, à l'américaine, qui exclut les plus fragiles. Les mutualités prennent leurs responsabilités et jouent pleinement leur rôle d'assureur social et universel, sous un contrôle public strict. 

Alexandre Verhamme : Intégrer la santé dans toutes les politiques est aussi un enjeu capital. La main sur le cœur, tout le monde admet qu'il faut agir de façon préventive pour éviter la maladie, améliorer la santé publique. Mais dans les faits, on voit plusieurs de nos représentants politiques réduire ce qui la rend possible. Ils fragilisent l’associatif, précarisent les allocataires sociaux, diminuent les aides à la rénovation du logement, augmentent ou diminuent les taxes sans aucune logique de santé publique : hausse sur les activités sportives mais diminution sur les boissons sucrées.

La politique de santé ne dépend pas seulement du ou des ministres de la Santé. Elle devrait être le fil conducteur dans l'éducation, l'enseignement, la fiscalité, l'aménagement du territoire, le logement, l'environnement, la culture... Nos gouvernants doivent raisonner sur le long terme. C’est évident : couper dans les dispositifs solidaires et de prévention, c’est créer du chaos et des coûts supplémentaires. Et quelle est la réponse au chaos ? Davantage de  mesures sécuritaires, de répressions… Investir dans une société démocratique plus juste,  égalitaire et saine, c’est la seule façon de sortir de ce cercle vicieux. Même économiquement, c’est le choix le plus rationnel.