Soins de santé
Loin des romances façon "Amour, gloire et beauté", la réalité serait plutôt "Amour, argent et inégalités". La Ligue des familles et Financité proposent aux femmes des ateliers d'auto-défense pour mieux protéger leur avenir financier.
Publié le: 20 février 2026
Par: Sandrine Cosentino
6 min
Illustration: ©Boris Séméniako - Si parler d’argent est aussi compliqué, c’est parce qu’il ne se résume pas aux chiffres : il touche aussi à l'autonomie, la santé mentale et la sécurité.
Au quotidien, parler d'argent reste largement tabou, et en particulier, au début d'une histoire d'amour où tout semble merveilleux. La discussion vient sur le tapis quand un problème surgit, mais il est souvent trop tard. Alors, comment en discuter sereinement et à temps ? Comment garder un budget familial juste et équilibré ? Ces questions n'ont pas de réponses évidentes, surtout quand on est une femme.
Raphaëlle Petit pensait construire sa vie avec son compagnon : une maison, un projet de famille, un avenir commun. Mais à la séparation, il y a deux ans, tout s’est effondré… "J'ai dû quitter mon domicile alors que j'y avais investi toutes mes économies, raconte-t-elle. On grandit avec l’idée que le couple est la voie évidente à suivre et que parler d'argent briserait le côté romantique de l'amour. Alors, je ne me suis pas suffisamment protégée lors de l'achat de mon premier bien avec mon ex."
Elle participe depuis septembre dernier aux ateliers d’autodéfense financière organisés par Financité et la Ligue des familles. Une occasion de prendre conscience que de nombreuses femmes sont fragilisées parce qu’elles se mettent en retrait dans les décisions financières du couple.
Environ 40 % des couples ne parlent jamais de budget, révèle la journaliste Titiou Lecoq dans son livre "Le couple et l'argent : Pourquoi les hommes sont plus riches que les femmes". Pourtant, cette discussion reste indispensable, surtout avant de prendre des décisions importantes comme vivre ensemble, acheter un logement ou envisager l'arrivée d'un enfant.
Mieux gérer ses finances personnelles et de couple, c'est effectuer des choix éclairés, prévenir les situations de dépendance et se défendre en cas de coup dur, comme une séparation ou le décès du conjoint. "Dans nos ateliers, nous souhaitons donner des clés de réflexion sur l'éducation financière, insiste Mathilde Legrand, animatrice et chargée de projet en éducation permanente à la Ligue des familles. Mais notre objectif n'est pas de prodiguer des solutions toutes faites. Avec ma collègue de Financité, Anne Berger, nous proposons des pistes pour aider les femmes à trouver leur propre manière de gérer leur argent, tout au long de leur vie, et sortir d’un système qui les désavantage depuis des générations."
Si parler d’argent est aussi compliqué, c’est parce qu’il ne se résume pas aux chiffres : il touche aussi à l'autonomie, la santé mentale et la sécurité.
En moins de 20 ans, l'écart de patrimoine entre les hommes et les femmes a presque doublé, révèle une recherche de l'Institut national d'études démographiques en France : entre 1998 et 2015, il est passé de 9 % à 16 %, au désavantage des femmes.
Pour comprendre ces différences, il faut observer ce qui se joue au sein des familles. La vaste enquête des sociologues Céline Bessière et Sibylle Gollac, montrent comment certaines habitudes familiales, mais aussi des pratiques professionnelles du monde juridique, contribuent à favoriser les hommes dans la transmission et la gestion du patrimoine.
Les inégalités et le patriarcat continuent d’influencer notre manière de penser l’argent, souligne Mathilde Legrand. "Pour beaucoup de participantes, revendiquer une autonomie financière fait encore peur : elles craignent de bouleverser l’équilibre familial ou leur place dans le couple. Notre éducation et nos expériences de vie façonnent notre rapport à l’épargne et à la dépense."
Les fragilités économiques auxquelles les femmes sont exposées sont souvent prévisibles : maternité, séparations, charges familiales. Ces moments de vie peuvent entrainer stress, anxiété, sentiment d'isolement ou un moindre accès aux soins. La stabilité financière fait partie des déterminants de santé au même titre que le logement ou l’emploi.
Ces vulnérabilités s'inscrivent dans un système plus large. La précarité financière des femmes repose sur des mécanismes structurels : écarts de patrimoine, répartition inégale du travail domestique ou encore des règles juridiques qui les désavantagent dans certaines situations.
Participer aux ateliers de Financité et de la Ligue des familles leur donne un pouvoir d'agir sur leur situation. "Le groupe aide les participantes à s'impliquer, se réjouit Mathilde Legrand. Elles se soutiennent mutuellement." Raphaëlle Petit confirme : "J'ai réalisé que mes habitudes méritaient d'être questionnées, que je pouvais parler d'argent sans être jugée, que d'autres
femmes vivaient des situations similaires et qu'il y a des solutions. J'ai particulièrement apprécié la session sur l'argent en famille. Comment aborder cette question ? Comment poser un cadre rassurant pour tout le monde ? Et l'atelier sur l'épargne m'a apporté des repères. Maintenant, je me sens plus à l'aise pour discuter avec un banquier de ce que je veux faire de mes économies !"
De nouvelles sessions d'ateliers d'autodéfense financière pour les femmes seront organisées durant l'année 2026. Les participantes s'engagent à participer aux 9 ateliers, une fois par mois.
liguedesfamilles.be • [email protected]
financite.be • [email protected]
Acheter un bien à deux est un engagement important. Et si l’idée d’un nouveau projet de vie est enthousiasmante, mieux vaut se poser quelques questions clés… avant de signer.
Pas de tabou entre nous ?
Êtes-vous prêts à parler d'argent en toute transparence ? L’un de vous pourrait-il s’enrichir davantage que l’autre au fil du temps, selon la manière dont le bien est financé ? Si oui, comment équilibrer cela ?
Prêts à acheter ensemble ?
Vous projetez-vous sur le moyen terme avec votre partenaire ? Avez-vous des visions compatibles concernant le type de bien, sa localisation, l'équilibre entre vie privée et professionnelle, le désir ou non d'enfants ?
Quel statut juridique ?
Le régime juridique du couple (mariés, cohabitation légale ou de fait) influence la façon dont le bien sera partagé en cas de séparation ou de décès. Des informations claires sont disponibles sur notaire.be et une première discussion avec un notaire est gratuite.
Qui apporte quoi ?
Apport personnel, héritage, don d’un parent… Que faut-il mentionner dans l’acte ? Et en cas de séparation, comment cet investissement serat- il reconnu ou récupéré ?
Comment financer l'achat ?
Prêt commun ou individuel, durée, coût, modalité... Êtes-vous d’accord sur la manière de rembourser ?
En cas de séparation ou de décès, on fait quoi ?
Ces situations ne sont pas agréables à envisager, mais elles doivent être pensées à l’avance. Le régime juridique du couple détermine les droits et protections de chacun. D'autres dispositions peuvent être prévues dans l'acte. Anticiper permet de se protéger… et de protéger l’autre.