Médecine

La périménopause passée sous silence

Juste avant la ménopause, les femmes traversent déjà des changements hormonaux importants. Encore mal identifiée et peu diagnostiquée, la périménopause affecte pourtant la santé et le quotidien de nombreuses femmes. 

Publié le: 25 août 2026

Mis à jour le: 25 août 2026

Par: Soraya Soussi

7 min

Une femme de la quarantaine regarde son ordinateur l'air dépité

"Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait : impossible de m'endormir, malgré des journées intenses au travail. Ça a duré des mois. C'était l'enfer !", se souvient Cristina. À l’âge de 44 ans, ses cycles ont commencé à être irréguliers. Elle se sentait plus irritable. Elle pense alors directement à la ménopause. Mais son médecin, puis son gynécologue lui répondent que c'est trop tôt. Ses symptômes se multiplient et s'intensifient… durant 4 ans.  

Si la ménopause est encore taboue et mal connue des femmes et de certains professionnels de santé, la périménopause qui la précède l’est encore davantage, selon la Dr Sofia Khoudri, médecin spécialisée au sein de la Clinique de la ménopause du CHU Saint-Pierre. L'errance médicale autour de cette période n’est donc pas rare. Elle reste une zone grise. Résultat : les femmes endurent des symptômes parfois insupportables à vivre au quotidien, sans diagnostic et a fortiori sans accompagnement ou traitement adapté. 

Une tempête hormonale 

Contrairement à la ménopause — clairement actée au bout de 12 mois sans règles — la périménopause apparait entre 40 et 45 ans, parfois même plus tôt et s’étale sur plusieurs années. Jusqu’à huit dans certains cas ! Pendant cette phase transitoire, le corps des femmes se transforme et traverse un véritable bouleversement hormonal. "Les taux d’œstrogènes, de progestérone et de testostérone descendent progressivement. Mais ils peuvent aussi parfois remonter. Ces effets yoyo rendent les symptômes imprévisibles et difficiles à identifier", explique la Dr Sofia Khoudri.  

Les bouffées de chaleur ou sueurs nocturnes sont les manifestations les plus connues. La plupart des femmes connaissent des cycles irréguliers et des sautes d'humeur. Certaines prennent du poids très rapidement sans forcément avoir changé leur alimentation. D'autres passent par des inconforts liés à la vie intime : perte de libido, sécheresses vaginales ou douleurs lors des rapports, etc. Des signes moins courants peuvent également survenir : fatigue chronique, douleurs articulaires liées à une perte de qualité du collagène, perte de cheveux, formation de caillots de sang... De nombreuses femmes évoquent également un "brouillard mental" qui se traduit par des difficultés de concentration, à trouver ses mots et des trous de mémoire soudains. "Certaines femmes traversent cette tempête hormonale sans trop de mal. Ces changements dans le corps sont moins ressentis. D'autres vivent ces effets très difficilement", nuance la médecin.  

Un quotidien chamboulé 

Périménopause et ménopause sont un continuum dans la vie d’une femme. Impossible d’aborder l’une sans l’autre. Pour autant, il convient de distinguer chaque phase correspondant à ces bouleversements hormonaux : périménopause, ménopause, post-ménopause (bien que cette dernière ne soit pas évoquée dans cet article). Car ces périodes perturbent durablement et différemment des millions de femmes au cours de leur vie.  

 "C'est dans le milieu professionnel que cela a été le plus compliqué à gérer, se rappelle Cristina. Je ne parvenais plus à assurer certaines tâches, ni à me concentrer. Et à même pas 45 ans, on se pose de sérieuses questions quand cela arrive." Vivre la (péri)ménopause au travail est en effet un calvaire pour bon nombre de femmes. Une étude publiée en 2023 par l'Université de Gand et l'entreprise RH Securex relevait d’ailleurs que plus de la moitié des femmes ménopausées interrogées ressentaient une gêne dans l'exercice de leur fonction au travail. Et près d'un quart d'entre elles n'osaient pas l'avouer à leur employeur.  

La (péri)ménopause s’immisce dans toutes les sphères de la vie. "J'oubliais souvent mes clés, je ne retenais plus les activités de la semaine prévues dans l'agenda… cela créait évidemment des conflits dans mon couple et avec mes enfants", confie Véronique, âgée de 53 ans. "On n'est pas préparées à vivre tout ça. À 40 ans, on ne pense pas à la ménopause."   

"Plus d’une femme sur trois connaît peu la ménopause et ses mécanismes. Et plus d’une sur quatre reçoit peu d’informations sur le sujet, souligne Dorothée Mardaga, chargée de projets au Service de prévention et de promotion de la santé à la MC. Tous ces bouleversements ne sont pas sans conséquences sur la santé mentale. Ce qui n'est pas forcément pris en compte quand on parle de ménopause ou de périménopause". 

Outre les dégâts sur le quotidien, les représentations sociétales de cette période affectent psychologiquement les femmes. La ménopause reste associée à l’avancée de l'âge et à la fin de la fertilité. "Ça parait 'bête' car j'ai deux merveilleux enfants mais j'ai eu une baisse de moral quand j'ai compris que je ne pourrai plus jamais avoir d'enfants", partage Cristina. Dans l'imaginaire collectif, les représentations autour de la vieillesse sont perçues négativement, ce qui peut entrainer une mésestime de soi.  

Par ailleurs, ces symptômes sont trop souvent attribués à tort au stress ou à une surcharge mentale déplore Dr Sofia Khoudri. Ce qui retarde d’autant plus le diagnostic. En visibilisant les premiers symptômes au cours de la périménopause, il est possible de prévenir des effets – parfois plus dévastateurs - de la ménopause, selon la médecin.  

Tout n'est pas perdu ! 

"Il n’y a pas de prise de sang qui va dire 'c’est la périménopause'", précise la Dr Sofia Khoudri. Le diagnostic repose donc sur l’écoute et l’analyse des symptômes, avec une approche individualisée insiste-t-elle. S’il n’existe aucun test simple permettant de diagnostiquer la périménopause avec certitude, des solutions pour sa prise en charge existent. 

La première étape reste l’hygiène de vie : activité physique régulière, bonne hydratation, alimentation équilibrée, sommeil et arrêt du tabac, si possible. Ces leviers limitent les effets des fluctuations hormonales et préviennent les complications.  

Mais ces recommandations oublient parfois les réalités sociales — charge mentale, les conditions de travail, la précarité… — qui compliquent leur mise en pratique.  

Et même avec une hygiène de vie irréprochable, certaines femmes ne parviennent pas à se débarrasser de ces symptômes incommodants. "Dans ces cas-là, un traitement hormonal peut être envisagé", ajoute la médecin. Prescrit de manière ciblée, il peut permettre de compenser les carences hormonales et de soulager significativement les symptômes, en particulier les bouffées de chaleur ou les troubles du sommeil. Néanmoins, ils nécessitent un suivi médical adapté et une évaluation personnalisée des bénéfices et des risques. 

Briser les tabous 

Ces dernières années, des voix se sont élevées, notamment celles de célébrités comme Cameron Diaz, Michelle Obama, Salma Hayek, pour sensibiliser le public et briser les tabous autour de la (péri)ménopause. Sur les réseaux sociaux, les témoignages se multiplient : les femmes partagent leur expérience, s’encouragent mutuellement à accepter cette étape de vie, échangent des conseils...  

Du côté des médecins, les mentalités évoluent également : "De plus en plus de médecins se forment et sont sensibilisés à la santé des femmes, grâce notamment à une visibilité accrue de celle-ci. Les questions de périménopause sont par conséquent mieux considérées", confirme Dr Sofia Khoudri. Après tout, les femmes sont ménopausées durant près d’un tiers de leur vie. Si on ajoute la périménopause, cela représente même la moitié de leur vie pour plus de la moitié de la population mondiale !