Emploi
Le slowheat propose de réchauffer les corps plutôt que l’air ambiant en repensant notre rapport à la chaleur. Objectif : atteindre une sobriété énergétique bénéfique à la planète, au portefeuille et à la santé.
Publié le: 26 janvier 2026
Par: Soraya Soussi
7 min
Photo : ©AdobeStock //Face à la crise climatique, énergétique et au contexte économique peu favorable, le slowheat présente une alternative intéressante au chauffage classique.
15,6°C : c'est la température qu'il faisait chez Geoffrey Van Moeseke, président de l'asbl de la plateforme Slowheat lorsque nous avons échangé pour cet article. Durant trois hivers (2020-2023), lui, ses collègues chercheurs de l'UCLouvain et une trentaine de familles à Bruxelles ont expérimenté le quotidien chez eux en baissant le thermostat au maximum du "supportable". Objectif : diminuer leur consommation d'énergie pour des raisons écologiques et financières. Comment ? En se chauffant soi plutôt que les pièces de vie, au moyen de vêtements adaptés, de couvertures, de sources de chaleur proches du corps, en bougeant davantage dans le logement, etc. (voir encadré). Pari réussi : en moyenne, les participants ont gagné 3°C. Et sur un an, leur consommation d'énergie a baissé de 60 %. En bonus, l'équipe de recherche souligne les multiples bienfaits de vivre dans un environnement plus "frais" en termes de santé. Les universitaires vont même plus loin et présentent le slowheat comme un enjeu de santé publique.
Parce qu'une idée perdure dans l'inconscient collectif : le froid est mauvais pour la santé et rend malade. Geoffrey Van Moeseke nuance : "Si on est bien couvert et qu'on a suffisamment chaud, être dans un environnement légèrement froid est en fait très bon pour la santé !"
Sur les réseaux sociaux circulent des vidéos ou photos de bébés scandinaves faisant la sieste dans leur poussette, garées dehors sous la neige. Les populations des pays du Nord sont en effet convaincues que le froid renforce l'immunité. Plus modérément, des études médicales récentes (1) s'accordent pour reconnaitre l'exposition au froid léger comme tout aussi bénéfique pour la santé mais à d'autres niveaux. Par exemple, soumettre son corps à des variations de température en restant dans un environnement légèrement froid (15°, 16°C) peut produire une hausse du métabolisme et une activation de la graisse brune, qui produit de la chaleur et joue un rôle dans la régulation glucidique. Autrement dit, "varier les ambiances thermiques, sans inconfort devient un exercice physique pour notre corps", pointe Geofrrey Van Moeseke.
Par ailleurs, la sensation de froid s’atténue avec le temps. Après quelques semaines, vivre dans une pièce à 15 °C devient acceptable, à condition d'appliquer la méthode du slowheat, selon le chercheur. Finalement, cette technique réduit le stress thermique et redonne du confort psychologique : on ne subit plus le froid, on l'apprivoise.
AdobeStock: Soraya Soussi
Face à la crise climatique, énergétique et au contexte économique peu favorable, le slowheat présente une alternative intéressante au chauffage classique (mazout ou gaz). "La plupart d'entre nous chauffons beaucoup trop nos logements par rapport à nos besoins", constate le chercheur. Certaines pièces sont surchauffées (à plus de 20°C), même si elles ne sont pas occupées. Et ce, non seulement dans les habitations privées mais aussi dans les bureaux, les transports en commun, les commerces… On s'habitue donc à avoir toujours "trop chaud".
Pour le président de l’asbl Slowheat,"il faudrait repenser notre confort thermique en fonction de notre condition. Une personne âgée, malade ou un bébé aura besoin de plus de chaleur, par exemple". Ce n'est pas tant la température de la pièce qui compte mais la sensation de chaleur dans le corps. "Avoir chaud ou froid" est une notion subjective. Par exemple, dans une pièce à 16°C, on peut s’y sentir au chaud en y entrant après avoir été dehors par temps froid. Ou bien avoir très froid, si on y est resté plusieurs heures. L'alliesthésie thermique définit précisément ce phénomène : une même sensation de chaud ou de froid peut être ressentie comme agréable ou désagréable selon l’état du corps au moment où elle survient. Geoffrey Van Moeseke préconise donc de viser ce qu'on souhaite chauffer plutôt que d'obtenir une uniformité thermique dans toutes les pièces de l'habitation.
Cette nouvelle perspective permet de reconsidérer notre perception du froid ou de la chaleur. Elle ne dépend plus seulement de la température ambiante mais aussi et surtout de notre physiologie, de notre activité physique à l'intérieur, de ce que nous mangeons et buvons, de notre façon de nous habiller, et même de notre état de forme mentale. Une personne fatiguée aura plus facilement froid qu'un individu en pleine forme !
Si le slowheat comporte de nombreux avantages, force est de constater qu'il a aussi ses limites. Dans un logement humide, mal isolé ou mal ventilé, baisser la température peut favoriser l’apparition de moisissures, la propagation de spores, la prolifération d'acariens, et fragiliser la santé des personnes qui y sont allergiques. Moins chauffer un habitat avec des problèmes d'humidité peut également entrainer des risques respiratoires comme des bronchites ou provoquer de l'asthme. La rénovation et la ventilation restent donc prioritaires.
Une question légitime se pose : le slowheat est-il une méthode exclusivement destinée à un public privilégié ? Oui et non. Il est évidemment plus facile pour une famille vivant dans une maison bien isolée d'appliquer à la lettre les consignes.
Pour autant, il est possible d'adopter, à sa mesure, quelques principes du slowheat, même dans un bien qui nécessite d'être davantage chauffé. "Passez de 20 à 19 ou 18°C est déjà une réussite, précise Geoffrey Van Moeseke. Pour y arriver, on peut commencer par ajouter des couches sur soi, porter des vêtements thermiques accessibles financièrement, boire des boissons chaudes, plus bouger, etc." Le chercheur insiste également sur l'importance de connaitre son corps et sa tolérance au froid. "Il ne s’agit pas de descendre à 10°C : l’objectif est d'atteindre un équilibre, où le corps reste au chaud grâce aux vêtements et aux apports locaux, tandis que l’air ambiant est simplement plus frais."
À Bruxelles et en Wallonie, les politiques de rénovation et d'isolation des propriétés se durcissent d'année en année. En Wallonie, les nouveaux ou futurs propriétaires devront suivre un parcours de rénovation énergétique obligatoire, appelé PACE (Plan Air Climat Énergie), qui impose une amélioration progressive des performances énergétiques des logements en fonction de la date d’achat.
À Bruxelles, les primes "Renolution" poursuivent des objectifs similaires. Ce soutien à la rénovation ambitionne de diviser la consommation moyenne en énergie par trois dans les logements et d’atteindre la neutralité énergétique dans le secteur privé (commerces, bureaux, etc.) d’ici 2050. Des obligations de rénovation sont prévues à moyen terme, notamment lors de transactions immobilières, et le certificat PEB joue déjà un rôle central dans la valorisation des biens.
Toutefois, l’évolution du cadre réglementaire ainsi que la mise en œuvre des obligations et l’activation des mécanismes de soutien sont actuellement à l’arrêt en raison de l’absence de gouvernement bruxellois de plein exercice.
>> Pour plus d'infos sur les pratiques du slowheat, consulter le site de la plateforme slowheat.org