Emploi
Replacer le "prendre soin" au cœur de notre démocratie : tel est l’appel lancé par Caruna. Un chantier immense, mais vital.
Publié le: 22 décembre 2025
Par: Elise Derroitte, Vice-présidente MC
2 min
Dans les moments de crise, nous mesurons à quel point nous dépendons les uns des autres. La pandémie l’a révélé : sans solidarité, sans soin, nos structures vacillent. Pourtant, notre société persiste à invisibiliser ces actes essentiels. Les investissements en santé deviennent la variable d’ajustement budgétaire, les associations qui suppléent les pouvoirs publics perdent leurs financements, et celles et ceux qui organisent le commun sont accusés d’abuser des moyens publics.
Ce récit dominant, centré sur la responsabilité individuelle, est une illusion. Les tâches du soin ne disparaissent pas parce qu’on les juge insignifiantes : elles se déplacent vers les plus vulnérables. Revaloriser le soin, c’est redonner une place démocratique à celles et ceux qui font tenir le monde : professionnelles de santé, aidants proches, parents, aides familiales, migrantes, puéricultrices… Ces personnes s’épuisent dans un travail lourd, non reconnu, et qui, quand il finit par rendre malade, vient alimenter les statistiques d’incapacité.
C’est pour changer ce paradigme que nous avons lancé Caruna. Ce projet participatif porte une ambition claire : reconnaître le soin comme une puissance politique capable de dépasser les logiques technocratiques et économiques. Car prendre soin, c’est assumer les liens qui nous lient, c’est préserver la vitalité démocratique.
Elise Derroitte
Depuis son lancement au printemps, Caruna, c’est plus de 35.000 visites sur le site, plus de 50 expertes et experts mobilisés, 6.000 contributions citoyennes, 112 rencontres du Tour de Belgique et près de 1.000 personnes réunies à Tour & Taxis pour repenser la place du "prendre soin" dans notre société : cette mobilisation inédite a permis l’adoption de 30 résolutions concrètes, ouvrant un nouveau chemin pour le soin en Belgique. Ces résolutions seront partagées avec les responsables politiques, la société civile et les citoyennes et citoyens. Caruna souhaite remettre les soins sous toutes leurs formes à l'ordre du jour : en tant qu'activité humaine fondamentale, réalité politique et économique et nécessité écologique.
Mais le chantier est immense et à contre-courant. Si le "prendre soin" devient le cœur d’un récit fort, il devra intégrer les systèmes de domination qui traversent notre société — patriarcat, racisme, validisme, classisme — et répondre aux défis écologiques qui menacent la vie elle-même.
Caruna n’est pas un événement ponctuel : c’est un mouvement. À nous de prolonger cet élan, d’interpeller les décideurs, de faire du soin un choix politique structurant. Parce que prendre soin n’est pas une charge : c’est la condition de notre vivre-ensemble.